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Club-des-Pins



Samedi, la plage de Club-des-Pins était ouverte aux... Algériens. On a beau dire que c'est la moindre des choses, personne ne pouvait l'imaginer il n'y a pas si longtemps. On a beau dire. Même si les injustices, les brimades et les exclusions subies par les Algériens de longues années durant sont nombreuses, les unes aussi insupportables que les autres, cette histoire de Club-des-Pins restera parmi celles qui les auront le plus marqués, le plus touchés dans leur dignité. Le citoyen algérien a pourtant été privé de plein de choses et exclu de plein d'espaces. Il a été dépossédé des plaisirs les plus simples, exclus des espaces de détente théoriquement accessibles à tous et parfois privé de l'essentiel vital. Mais Club-des-Pins est une autre... histoire. Il l'a vécue comme une insupportable douleur, un traumatisme dont il ne peut pas revenir et une injustice qui n'allait pas finir. Une double douleur, un double traumatisme, une double injustice. Voilà un pan d'Algérie qui aurait pu rester beau, ordinaire et accessible à tous. Une plage de sable fin et autrefois une infrastructure hôtelière comme il y en a aux quatre coins du pays. Puis un jour, on a décidé d'en faire un espace « offshore » sur la côte-ouest d'Alger. Un bunker pour nomenklatura du pouvoir et quelques clients triés sur le volet, avec sélection tournante. C'est l'accaparement avide et plouc, avec son corollaire, l'exclusion de l'autre. De l'Algérien de seconde zone, le sous-citoyen auquel il ne faut pas se mêler, qu'il faut tenir à distance respectable. Samedi, Club-des-Pins était ouvert et dès les premières heures de la matinée, il n'y avait plus aucune place, ni pour garer un véhicule ni pour placer un parasol. Ils ne devaient pas être nombreux ceux qui s'y sont rendus simplement, comme on va dans une autre plage. Samedi, on s'y est rendu pour satisfaire sa curiosité ou pour savourer sa revanche. On parle de scènes de liesse et d'intrusions du côté des villas... justes pour voir « comment c'est fait » ! Eh oui, les résidents sont devenus depuis longtemps des objets de curiosité, des OVNI qu'on ne voit pas vivre, qu'on ne voit pas marcher, qu'on ne voit pas respirer. Ils étaient là comme les envahisseurs de la célèbre série. Ils sont toujours là d'ailleurs. Apparemment pas pour longtemps mais on ne sait jamais ! Samedi, Club-des-Pins était ouvert, Sidi Fredj, la Madrague et Zéralda aussi. Débunkerisé, sans ses douleurs, ses traumatismes et ses exclusions, redevenu de dimension humaine, Club-des-Pins est finalement une plage comme les autres. Sauf que samedi, ceux qui y allaient à la nage pour narguer le monde à partir de la Madrague ou de Sidi Fredj, y sont allés par la grande porte, en voiture, en moto ou à pied. Et à chaque fois qu'un Algérien ordinaire foulera ce sable, il prendra une autre revanche, en rembobinant ses douleurs.S. L.
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