Les vétérinaires nous ont appris que leur salaire moyen est de 14 000 DA. Voilà un métier universitaire directement lié à la santé publique puisqu?il concerne le suivi et le contrôle de la chaîne alimentaire qui a été réduit à l?état de clochardisation. Ces cadres honorables sont payés un peu plus que le SMIG, vingt fois moins que leurs confrères du nord de la Méditerranée, où ils bénéficient de la plus grande des considérations, en ces temps de vaches folles, de grippe aviaire et autres calamités touchant le monde animal. Pour briser le mur du silence, les vétérinaires ont été contraints de recourir à une grève : celle-ci est bien hasardeuse, car le gouvernement ne se distingue pas particulièrement par l?écoute et le dialogue social. Ces dernières années, aucun mécontentement social n?a trouvé une issue heureuse. A l?issue de mois, voire d?années de lutte, les médecins et les enseignants n?ont arraché que des miettes et leur niveau social reste toujours précaire. Les autorités privilégient toujours deux armes infaillibles, l?usure et la répression pour briser les corporations en colère, de surcroît celles qui ont le malheur de s?affilier à un syndicat indépendant ou qui disposent de leurs propres représentants. La réalité d?aujourd?hui est que seule l?UGTA a droit de cité. Liée organiquement au pouvoir, la centrale syndicale n?aime pas entrer en confrontation avec lui. Aussi laisse-t-elle perdurer dans le monde du travail un statu quo désastreux au plan social, plus particulièrement dans la Fonction publique. C?est pourtant là où se trouvent les métiers chargés d?assurer une mission de service public. En laissant la Fonction publique livrée à elle-même, les autorités prennent le risque de s?attaquer aux fondements même de la collectivité nationale. Cette logique de l?Etat qui clochardise ses propres fonctionnaires - et qui en même temps se fait hara-kiri - peut paraître incompréhensible. En réalité, elle s?ancre dans un mal plus profond : la marginalisation, voire le mépris des élites intellectuelles. Durant les années 1970 et 80, c?est dans les ghettos de banlieue que les cadres étaient parqués. Bachdjarah, près d?Alger, en a vu défiler des milliers. Le pire réside dans les chasses aux cadres : récurrentes, sous l?alibi de la lutte contre la corruption, elles servent à dédouaner les politiciens de leurs errements. Les raisons du mépris des lettrés par les politiciens sont à chercher aussi bien dans l?histoire et la sociologie que dans la politique. Notre propos n?est pas d?entrer dans les détails, mais de relever que l?une des causes essentielles du sous-développement de l?Algérie réside dans cette donne. C?est une évidence de dire que c?est par l?intelligence des hommes, dans le savoir et la science que les grandes nations se sont constituées.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ali Bahmane
Source : www.elwatan.com