
Il reste moins d'un mois pour boucler le cycle annuel de célébration du cinquantenaire de Sonatrach, puisqu'elle a été créée le 31 décembre 1963 par le décret n°63-491. Initialement, Sonatrach ne devait prendre en charge que les activités de transport et de commercialisation des hydrocarbures. Ses missions avaient été par la suite élargies à la recherche et à la transformation des hydrocarbures en 1966 (décret n°66-296 du 22 septembre 1966) lui conférant la latitude d'opérer sur l'ensemble de la chaîne des hydrocarbures. C'est ce qu'elle a fait depuis un demi-siècle. Elle a, ce faisant, franchi des étapes délicates jalonnées de succès mais aussi de périodes de vives tensions. Pour ces dernières, on peut citer, pêle-mêle, la gestion complexe d'une croissance accélérée, des crises aiguës dans ses relations avec des partenaires étrangers plus expérimentés, une appropriation incomplète des technologies, des renversements répétés du marché des hydrocarbures, des pressions politiques internes souvent contradictoires et enfin les derniers actes de corruption dont elle a été victime.Rappel de quelques succès, de quelques échecs et d'autres faits majeurs sélectionnés.On commencera par la nationalisation, le 24 février 1971, des intérêts français dans la production du pétrole brut, à hauteur de 51%, et celle, totale, des réserves gazières ainsi que de tous les moyens de transport des hydrocarbures. Cette situation a imposé une prise en charge immédiate des installations par de jeunes équipes encore inexpérimentées de Sonatrach. Ensuite la guerre des prix de 1986 conduite par l'Arabie Saoudite contre les intérêts vitaux des autres pays exportateurs, dont l'Algérie. Ce qui a eu pour conséquence une chute brutale et durable des cours pétroliers, accompagnée d'un désinvestissement massif dans les activités de recherche et de production dont Sonatrach ne se relèvera ? et le pays aussi ? qu'après plus d'une décennie. On ne peut pas non plus occulter un facteur structurel interne de vulnérabilité. Il s'agit du fait que Sonatrach a été tout le temps, du fait de son statut, otage et enjeu des luttes politiques internes entre les équipes sortantes et les équipes rentrantes en charge du pays en général et du secteur de l'énergie en particulier (de 1979 à 1999 notamment). L'histoire tranchera ou pas ; mais cela n'a pas empêché Sonatrach de faire de l'Algérie le premier pays découvreur d'hydrocarbures en 1998, du fait notamment des ajustements intelligents opérés par la loi sur les hydrocarbures de 1986 révisée en 1991. Pour continuer sur le bilan, on peut ajouter les résultats très mitigés pour ne pas dire insuffisants dans l'aval en matière de pétrochimie et de raffinage. Toutes ces péripéties lui ont cependant permis de développer une capacité significative de résilience. Mais est-ce que cela sera suffisant pour que Sonatrach puisse relever les quatre nouveaux défis très difficiles qui l'attendent 'Le premier défi, le plus difficile, est celui de la reconstitution et de l'élargissement des réserves d'hydrocarbures. à cet égard, le recul enregistré dans la production et l'exportation des hydrocarbures en 2013 est un signal d'alarme qu'il faudra prendre très au sérieux. Pour des raisons diverses, notamment à cause de la faible attractivité de l'avant-dernière version de la loi sur les hydrocarbures, Sonatrach a beaucoup de retard à rattraper. Il s'agit singulièrement d'élargir les réserves en gaz naturel, dont la consommation explose au niveau national. Par les méthodes classiques de production mais aussi, le moment venu, par les nouvelles méthodes non conventionnelles d'accès aux hydrocarbures. Le deuxième défi porte sur la disponibilité et la qualité de ses ressources humaines. Aussi, la formation, la qualification et la fidélisation de ses agents devra être sa priorité managériale. Ce problème crucial se pose d'ailleurs pour tous les groupes pétroliers internationaux et nationaux. Il y a paradoxalement, en ces temps de crise et de montée du chômage, un lourd déficit en spécialistes et techniciens dans la branche internationale des hydrocarbures.D'où une forte compétition internationale en la matière. Le troisième déficit porte sur la gouvernance du groupe dans tous ses aspects. D'abord sur la transparence et l'efficacité des processus managériaux de prise de décisions en matière d'investissements et d'exploitation et ses corollaires relatifs à l'audit interne. Sans en exclure pour autant la séparation des pouvoirs, les délégations de pouvoirs et la protection des gestionnaires. Nonobstant les aspects délictuels et criminels, c'est ce qui ressort comme enseignement des affaires de corruption qu'a connues Sonatrach et qui ternissent son image. Paradoxalement cela implique, à l'inverse, que les pouvoirs publics revoient certains dispositifs réglementaires qui brident la réactivité de Sonatrach dans ses relations aussi bien avec ses partenaires qu'avec ses différents fournisseurs et clients internationaux. Un quatrième défi est venu s'ajouter à cette liste depuis l'attaque terroriste du site gazier d'In Amenas : celui de la sécurisation des sites pétroliers en amont et en aval mais aussi le long des réseaux de transport. Je ne parle pas de la partie qui relève des missions régaliennes de l'Etat. L'intervention efficace de l'ANP sur le site de Tiguentourine témoigne d'un professionnalisme, reconnu ici et ailleurs, dans la prise en charge. Je parle de la sécurité industrielle au sens large, y compris des dispositifs anti-intrusion dans le périmètre d'exploitation qui leur est dévolu. Mais la vraie question est de savoir si ces nouveaux défis pourront être relevés par les dirigeants actuels et à venir de Sonatrach, à l'instar de ce qu'on fait leurs aînés. Ils le devront pourtant.Pourquoi ' Car il s'agit d'un passage obligé pour réaliser le développement économique et social du pays. En d'autres termes, il n'y a pas de plan B. L'histoire nous enseigne que prendre ses désirs pour des réalités mène toujours à l'impasse. Surtout en économie. La sortie de la dépendance des hydrocarbures passera inévitablement par le renforcement de Sonatrach. Aujourd'hui et demain.M. M.mustaphamekideche@ymail.comNomAdresse email
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mustapha MEKIDECHE
Source : www.liberte-algerie.com