Il est parti. Après 40 ans de vie politique, dont 12 passées à la tête de l'Etat français, Jacques Chirac a pris sa retraite. Hier, il a remis les clés du palais présidentiel à son successeur, Nicolas Sarkozy. L'ancien chef de l'Etat français va désormais habiter dans un appartement parisien prêté par la famille de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Dans son dernier discours en tant que président, prononcé mardi soir, Jacques Chirac s'est dit «fier» de son action à la tête de l'Etat. Un avis loin d'être partagé par tous les Français. Jacques Chirac quitte en effet le pouvoir avec une cote de popularité tout juste au-dessus de 50%, un score qui est loin de constituer une performance pour un président sortant qui avait décidé de ne pas briguer un nouveau mandat. Tout au long de son règne, sa politique, pourtant prudente sur les plans économique et social, a été régulièrement sanctionnée dans les urnes. Les Français ne lui ont jamais réellement laissé l'occasion de mettre en oeuvre sa politique. Elu pour la première fois en 1995, il a été contraint deux ans plus tard, en 1997, à une cohabitation forcée avec les socialistes, après une dissolution ratée de l'Assemblée nationale. Les Français lui faisaient notamment payer son entêtement à vouloir conserver son Premier ministre de l'époque, Alain Juppé, qui battait des records d'impopularité. Après cinq ans d'une cohabitation froide avec Lionel Jospin, il est réélu en 2002, avec un score historique de 82% face au leader d'extrême droite Jean-Marie Le Pen qui avait provoqué la surprise en arrivant au second tour. Sous son règne, l'extrême droite a connu une forte progression. Mais Jacques Chirac n'a pas su interpréter le message envoyé par les électeurs qui venaient de sanctionner une gauche qui avait délaissé ses valeurs. Au lieu de constituer un gouvernement d'union nationale, il a préféré nommer un inconnu, Jean-Pierre Raffarin, comme Premier ministre. Très vite, le nouvel exécutif bat des records d'impopularité, entraînant le chef de l'Etat dans sa chute. Mais là encore, comme en 1997, Jacques Chirac s'entête et refuse de se séparer de son Premier ministre. Incapable de profiter de la situation, la gauche, malgré une double victoire aux élections européennes et régionales, laisse le champ libre à Nicolas Sarkozy. Le ministre de l'Intérieur, de plus en plus populaire grâce à son discours musclé sur l'immigration, se prépare à succéder à Jacques Chirac. Dès 2004, il prend la tête de l'UMP, pourtant fondé par le président sortant. Ce dernier encourage ses principaux lieutenants, Dominique de Villepin et Michèle Alliot-Marie, à contrer Nicolas Sarkozy. En vain: la machine sarkozyste est irrésistible. Les derniers mois qui ont précédé la présidentielle de 2007 ont été marqués par un affrontement dur entre les deux hommes. Isolé, lâché par son propre camp, Jacques Chirac finit par céder et accepter que son pire ennemi en politique puisse lui succéder à l'Elysée. En matière de politique internationale, Jacques Chirac s'est illustré sur trois dossiers: le refus de la guerre en Irak, son soutien à la cause palestinienne et son combat contre la pauvreté. Avec l'Algérie, il n'a pas eu le courage d'aller jusqu'au bout de son ambition de bâtir une relation privilégiée avec notre pays. Pour ne pas froisser l'électorat de droite, il a refusé de faire un geste de repentance comme le souhaitait Alger, provoquant ainsi l'échec du Traité d'amitié. Sa proximité avec le Roi du Maroc a également constitué un obstacle majeur empêchant une relation de confiance avec l'Algérie. Hier, Jacques Chirac a quitté la vie politique sur un piètre bilan: aucun grand chantier qui porte son nom, aucune initiative d'envergure susceptible de marquer durablement son passage à la tête de l'Etat français... Il restera certes dans l'histoire comme le seul homme politique occidental à s'être opposé fermement à la guerre en Irak. Mais c'est sans doute peu pour faire de lui un grand président.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : L'un De Nos Correspondants A Paris: Rabah Yanis
Source : www.lequotidien-oran.com