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«Chaque Palestinien porte une histoire»



«Chaque Palestinien porte une histoire»
Roubaï Al Madhoun est le premier Palestinien à avoir décroché en avril 2016 le Booker Prize du meilleur roman arabe pour son livre Destinées : concerto de l'Holocauste et de la Nakkba.Jeudi, une estrade lui a été réservée à la salle Silla (pavillon central) au 21e Salon international du livre d'Alger (SILA) qui se poursuit jusqu'au 5 novembre au Palais des expositions des Pins Maritimes, à l'est de la capitale. Roubaï Al Madhoun, qui est installé à Londres, a commencé l'écriture en 1977 avec le recueil de nouvelles L'idiot de Khan Younes, puis a enchaîné avec deux romans, en 2001 et en 2009, Taam al foraq (Le goût de la séparation) et Sayida min Tel-Aviv (Une dame de Tel-Aviv).Pendant la période d'arrêt entre 1977 et 2001, Roubaï Al Madhoun s'est mis à l'écriture journalistique. «Et j'avoue que j'ai pris goût à l'écriture dans la presse.De plus, j'étais obligé de me déplacer d'un pays à autre. Après Beyrouth, je suis parti à Moscou avant de revenir à la capitale libanaise, pour reprendre le chemin ensuite vers Chypre où j'ai vécu seize ans. La vie à Beyrouth regorgeait d'histoires et était le lieu de militantisme. Lorsque j'ai écrit mon premier recueil de nouvelles, j'étais membre du FDLP (Front démocratique de la libération de la Palestine). A l'époque, la plupart des organisations palestiniennes étaient établies au Liban.C'était pour mois une source d'inspiration dans mes écrits. Mais, une fois sorti de Beyrouth, j'ai été perturbé. J'ai connu une année de traversée du désert à Moscou», a avoué Roubaï Al Madhoun lors d'un débat modéré par le romancier et universitaire Mohamed Sari.L'auteur palestinien a reconnu avoir eu des difficultés pour reprendre l'écriture de nouvelles. «Je n'ai pas trouvé d'idées nouvelles. A mon avis, les écrivains devraient s'abstenir de publier des romans s'ils n'ont rien de nouveau à raconter. Pas la peine de cumuler des livres qui ne seront lus par personne. J'ai écrit après L'idiot de Khan Younes, trois nouvelles que je n'ai pas publiées, car je n'étais pas convaincu», a-t-il dit. Il a reconnu que la nature même de sa vie, faite de déplacements incessants, a imposé l'écriture du premier roman autobiographique Le goût de la séparation.«Je suis né à Asqalan en 1945. Ma famille a été obligée de partir alors que je n'avais que trois ans. J'ai vécu à Khan Younes pendant seize ans, puis le Caire, Alexandrie, Damas, Aman, Baghdad. Retour à Damas puis à Beyrouth. Après Chypre, je suis parti à Londres en tant qu'exilé. Israël a occupé Ghaza alors que je n'avais que onze ans. A cet âge, j'ai assisté à une véritable boucherie que j'ai mentionnée dans le livre. J'ai été témoin de la guerre de 1967 avant d'être impliqué dans la guerre de Septembre noir en 1970, j'étais un combattant parmi les milices. Je portais une arme que je n'ai jamais utilisée. Je n'avais aucun courage pendant cette guerre. Je ne peux pas tuer. J'ai caché mon fusil, mais j'ai vécu la guerre complètement», a confié l'écrivain.Il a révélé avoir été détenu deux fois en Egypte et en Syrie dans les années 1970. «Une quinzaine d'hommes armés ont débarqué dans l'appartement où j'habitais en Syrie, ont tué mon ami et l'ont jeté du cinquième étage. J'ai échappé par miracle. Après, j'étais obligé de partir ailleurs, toujours sur les routes. Je n'ai jamais eu de passeport. Je portais un document égyptien qui me permettait de voyager.Ce n'est qu'en Grande-Bretagne que j'ai pu avoir un vrai passeport. Je suis passé également par plusieurs métiers. Tout cela devait être porté dans un roman. Chaque Palestinien porte une histoire. Et chaque Palestinien a une expérience de vie qui ne ressemble pas à une autre», a estimé Roubaï Al Madhoun. Le goût de la séparation ressemble donc à une saga sur la famille de l'écrivain, sa propre vie et celle de l'Histoire contemporaine de la Palestine.En 2004, Roubaï Al Madhoun a mis fin sa carrière de journaliste politique préférant l'écriture dans les pages culturelles et la révision des textes littéraires. «J'ai compris que je ne pouvais rien apporter à mon lecteur», a-t-il dit. Le roman Destinées : concerto de l'Holocauste et de la Nakkba a donc relancé sa carrière littéraire.
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