Le 5 Juillet 1962, l'Algérie fête le premier anniversaire de son indépendance. L'aboutissement d'un combat de plus de sept longues années où il a fallu tenir les maquis coûte que coûte, internationaliser la cause algérienne par la voie d'une diplomatie rayonnante et éclatante relayée par des voix d'artistes. Ils en donneront un écho retentissant. Certains d'entre eux se distingueront. Mustapha Kateb, Farid Ali, Aïssa Messaoudi, Ahmed Wahbi...La liste est très longue. La formidable esthétique qui a entouré la parade exécutée, hier, par l'Armée nationale ne peut être appréciée sans avoir une pensée à ces artistes qui ont mis leur talent au service de la révolution.Ya Dzaïr
Prélude pour l'indépendance. Ces voix annonçaient le 5 Juillet. Ne pas les évoquer, aujourd'hui, reviendrait à amputer le recouvrement de l'indépendance du pays d'un pan de ceux qui ont contribué à lui faire atteindre cet objectif suprême. C'est au sein de la troupe du FLN créée en 1957 par le regretté, Mustapha Kateb, exceptionnel homme de théâtre, comédien et premier directeur du TNA (Théâtre national algérien), qu'ils se retrouveront. «La troupe, après avoir atteint 52 membres entre femmes et hommes, s'est scindée en chanteurs et comédiens de théâtre», déclarera le comédien et scénariste Abdelhamid Rabia lors d'une conférence qui s'est tenue en avril dernier à Alger. Mohamed Boudia, Sid Ali Kouiret, Mustapha Toumi, Mohamed Bouzidi, Taha El Aâmiri, Mustapha Sahnoun, Rokia, Wafia Belarbi...en font partie.
Ils se produiront en Tunisie, en Yougoslavie et en Chine, notamment. Basée à Tunis la troupe artistique du Front de Libération nationale sera le point de ralliement de nombreux musiciens dont l'incontournable figure de la chanson oranaise Ahmed Wahby qui chantera Ya Dzaïr, Ô Algérie, un hymne nationaliste enregistré en Yougoslavie. Youcef Abdjaoui rejoint également la capitale tunisienne, après avoir enregistré un premier disque à Alger en 1958. La musique occupera une place prépondérante durant les années de braise de la guerre de Libération nationale même si peu de traces ont été laissées. Le seul enregistrement de la troupe du FLN, a été gravé en Yougoslavie. «C'est un coffret de 33 tours et de 45 tours enregistrés entre 1959 et 1960, sous la direction du dramaturge Mustapha Kateb, où l'entend notamment une chanson d'Ahmed Wahby avec un choeur d'enfants tunisiens et algériens. Il chante: ''Tu peux parler De Gaulle, tu peux aboyer, il est écrit que le peuple algérien ne déposera pas les armes.''», indiquera l'historienne Naïma Yahi, suite à des recherches dans les archives de la Bibliothèque nationale de France. La chanson tiendra une place essentielle dans la résistance à la colonisation française. Elle s'érigera en rempart contre l'assimilation culturelle française et fera partie de ces «armes» qui serviront à affirmer l'identité algérienne à travers des messages codés. La voie sera tracée pour la chanson qui rythmera le quotidien des Algériens.
A Yemma
Celle interprétée par Farid Ali est un monument. Originaire de la région de Tizi Ouzou en grande Kabylie, il incarne ce militantisme culturel. Il émigre en France où il forge son nationalisme et se met à la musique. Accusé d'avoir fomenté un attentat contre un responsable de la radio française, l'Ortf, il est expulsé et retourne en Algérie. Arrêté en 1956, dans sa région natale, à Bounouh, il connaît la prison et la torture. À sa libération, il s'engage dans la troupe artistique du FLN et compose en une nuit A yemma azizen svar u rettru: Mère chérie, ne pleure pas, je te vengerai». Une oeuvre culte qui deviendra l'hymne des moudjahidine et des familles algériennes.
À ce concert de voix précieuses viendra s'ajouter celle de Aïssa Messaoudi. Emblématique journaliste de la révolution, il dirigera Sawt Al Djazaïr, la voix de l'Algérie à partir de Radio Tunis. «La voix de Aïssa Messaoudi représentait à elle seule une wilaya des wilayas de la révolution», dira de lui le défunt président Houari Boumediene.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mohamed TOUATI
Source : www.lexpressiondz.com