Alger - A la une

Ces citoyens qui préfèrent la balade au vote



Flâneurs solitaires, familles à la recherche d'un moment de détente, sportifs, jeunes, femmes, enfants, la Promenade des Sablettes d'Alger, qui longe la mer sur plus de 4 km, connaît une importante affluence des Algérois, ce dimanche 1er Novembre, qui célèbre, chaque année, le déclenchement de la Révolution en 1954.En plus d'évoquer chez le commun des Algériens le combat libérateur contre le colonialisme, le 1er novembre coïncide cette année avec le référendum sur la nouvelle Constitution devant consacrer l'avènement de la "Nouvelle Algérie", que le président Abdelmadjid Tebboune, transféré en Allemagne le 27 octobre pour des soins, appelle de ses v?ux.
"Je vous avoue que le choix de cette date pour l'organisation d'un référendum sur la nouvelle Constitution me laisse perplexe", estime Malek, un quadragénaire qui fréquente souvent la Promenade des Sablettes. "Non. Je ne donnerai pas ma voix à cette Constitution", ajoute-t-il, en expliquant qu'il s'agit d'une "pure récupération" politique d'une date qui "doit rester sacrée", précise-t-il.
Sur le contenu de la Constitution, Malek n'est pas moins critique : "C'est une énième révision constitutionnelle qui, de toute façon, ne sera pas respectée, même par ses propres défenseurs." Employé d'une entreprise publique, notre interlocuteur ne cache pas sa déception de voir les dirigeants "résister aux appels du changement, 58 ans, se désole-t-il, après le recouvrement de l'indépendance".
"C'est un pays qui mérite mieux... beaucoup mieux", lâche-t-il avant de s'excuser et de reprendre sa marche. Pour Leïla, accompagnée de son mari Chemseddine, le référendum revêt, au contraire, un enjeu crucial. Et si le jeune couple compte bien accomplir son devoir civique en fin de journée, il affirme, toutefois, que c'est le bulletin "non" qui sera glissé dans l'urne.
"Les Algériens doivent rejeter en masse cette nouvelle Constitution et ainsi envahir les centres de vote pour rejeter ce texte qui touche aux fondements de notre société", justifie Leïla. De quels fondements s'agit-il ' "Avez-vous lu l'article qui consacre la neutralité de l'école '", interroge-t-elle, en guise de réponse.
Elle explique : "Que restera-t-il de l'école de nos enfants, déjà sinistrée, si en plus, on consacre le principe de la neutralité scolaire qui limitera, voire interdira, l'enseignement du Coran. Nous sommes quand même des musulmans", affirme-t-elle en colère.
Son mari qui espère également que le "non" l'emporte à l'annonce des résultats, décèle un autre "danger" dans les articles de la nouvelle Constitution. Pour Chemseddine, l'article consacrant l'intervention de l'armée hors des frontières algériennes est une "véritable menace pour le pays".
"Notre armée deviendra une entreprise de mercenariat au service des puissances occidentales. Il faut barrer la route à cette Constitution", explique-t-il. À midi, le soleil inonde toute la Promenade des Sablettes.
Le ciel déploie tout son bleu et de plus en plus de jeunes affluent vers ces nouveaux lieux de détente particulièrement prisés par les Algérois.
Maya est étudiante en psychologie à l'université de Bouzaréah.
Si le référendum l'indiffère, elle garde, en revanche, intacte son aspiration à un lendemain meilleur. "Je n'ai jamais voté. Non pas que je ne le veuille pas, mais ce qu'on propose aux Algériens n'est pas à hauteur de leurs aspirations", dit-elle.
"Je suis une hirakiste. Le Hirak est notre voie de salut ", ajoute-t-elle, maudissant, au passage, la pandémie de Covid-19 qui "a mis entre parenthèses le mouvement populaire historique du 22 Février 2019". Maya ne désespère pas pour autant.
"Le Hirak vaincra", promet-elle. Nous quittons la Promenade des Sablettes pour prendre le pouls ailleurs. Nous profitons de la fluidité de la circulation pour traverser tout Alger d'Est en Ouest. Sidi Fredj. 14h. Le port de plaisance est bondé de monde.
Depuis sa restauration, il ne désemplit pas, nous affirme un vendeur de fruits secs qui tient une échoppe à l'entrée du port. Plusieurs commerces ont récemment rouvert sur place. Sous les célèbres arcades du port, restaurants, pizzerias, crémeries reçoivent les clients.
Aziz à la retraite et sa fille employée dans une banque attendent d'être servis. Autorisation prise, nous prenons un peu de leur temps. "Avez-vous voté '" La question provoque d'abord un rire. "Une fois je crois, du temps du président Boumediene", répond le père.
"Jamais", affirme sa fille, qui ajoute que "le vote n'a plus aucune crédibilité en Algérie. C'est malheureux de le dire, mais c'est le cas". "Je crois bien que c'est la plupart des Algériens qui se sont désintéressés de la politique.
Chaque nouveau président, à l'exception du défunt Boudiaf, apporte une Constitution avec lui. Forcément, cela a fini par lasser les Algériens et la loi fondamentale a fini, elle aussi, par perdre sa sacralité et sa crédibilité", affirme Aziz, ancien cadre dans le secteur de l'industrie.

Karim BENAMAR
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