Alger - Revue de Presse

Ces bambins qui échappent à toute autorité



Alors que le climat était à la fête et que toutes les conditions d’un après-midi de détente étaient mises à la disposition des enfants de Baraki, une poignée d’entre eux ont, sans aucune raison, répondu par la violence.“L’enfant d’aujourd’hui est l’avenir de demain”, tel était le slogan attribué à la célébration de la Journée mondiale de l’enfance qui s’est déroulée, dimanche dernier, au centre culturel Moufdi-Zakaria, dans la commune de Baraki, à la périphérie est d’Alger. Une fête organisée par la cellule de prévention de la délinquance juvénile d’Alger de la Gendarmerie nationale en collaboration avec les Scouts musulmans algériens, ainsi que la direction de l’école primaire Ahmed-Ben-Attou. Un grand nombre d’enfants ont répondu présents car l’information avait rapidement fait le tour des écoles primaires de la commune si bien qu’à 14 heures, l’amphithéâtre, d’une capacité d’environ 600 places, affichait déjà complet. En somme, tous les ingrédients d’un après-midi de pur divertissement pour ces enfants, dont l’âge est compris entre 5 et 12 ans, étaient réunis. Outre le spectacle, de nombreux messages leur ont été transmis à travers des activités ludiques, telles que la lecture des droits de l’enfant, une exposition de peinture, un concours de dessin et un autre concours de culture générale, tous les deux récompensés par des remises de prix. Les enfants ont continué à affluer, prenant place là où ils pouvaient, mais ils n’étaient pas nombreux à être accompagnés d’adultes. Et tandis que la majorité d’entre eux, particulièrement les fillettes, étaient assis et profitaient du spectacle, des groupuscules de garçons devenaient intenables et ce, malgré la présence des forces de l’ordre (police et gendarmerie) et des éducateurs du centre culturel, ainsi que des enseignants de l’école Ahmed-Ben-Attou. Le succès de cette animation a attiré plus d’enfants qu’on ne l’imaginait, les organisateurs et la salle n’arrivait plus à les contenir tous. Complètement désintéressés des activités en cours et surexcités par leur journée, les enfants, échappant à tout contrôle, n’en ont fait qu’à leur tête. Par groupes de dix, ils se sont faufilés partout, y compris dans les coulisses, défiant ainsi tous les adultes qui, face à leur insolence, n’avaient d’autre alternative que de hausser le ton, ce qui a quelque peu altéré le climat de joie. Alors que la fête battait son plein avec le passage des clowns sur scène, la situation a vite dégénéré et des dégâts matériels ont commencé à être constatés. Profitant de la cohue générale, les “chérubins” ont cassé des carreaux, brûlé des chaises à l’aide de briquets, dérangé les équipes de télévision présentes pour couvrir l’événement ou encore de se lancer dans des excès d’applaudissements et de “ohohohoho”, comme s’ils étaient dans un stadium. Ayant dépassé les bornes, certains ont été chassés à l’extérieur.
Du coup, ils s’en sont pris aux véhicules parqués aux alentours avant de se re-mêler à la foule pour réintégrer la salle et reprendre la casse. Face au caractère ingérable de cette situation, le directeur du centre s’en est pris aux organisateurs, les tenant  pour responsables de la destruction du matériel. Il a même suggéré l’annulation de la fête, ce qui n’aurait eu pour effet que d’exacerber encore le surplus d’énergie destructrice dont disposaient déjà ces enfants. Questionnée sur le choix du lieu, Mme Zohra Boukaoula, psychologue auprès de la cellule de prévention de la délinquance juvénile d’Alger de la Gendarmerie nationale, s’est expliquée :
“Les enfants de Baraki ont besoin de plus d’attention et d’importance, nous leur avons donné aujourd’hui l’occasion de s’exprimer et de parler de leurs droits.” Certes, il est plus que nécessaire d’informer l’enfant de ses droits, mais cela va de pair avec l’attribution de ses devoirs et limites. Ces enfants de Baraki, vu leur âge, n’ont pas directement vécu la décennie noire et ne sont pas plus traumatisés que d’autres.
L’attention devrait plutôt se diriger vers les parents qui, de toute évidence, ont failli à leur mission d’éducation. Outre les dégâts matériels qu’ils ont causés, il y a eu, de plus, de graves écarts de langage, des mots qui ne devraient pas sortir de la bouche d’un enfant.
D’ailleurs, parmi les spectacles qui n’ont pas intéressé “les casseurs”, il y avait une représentation de danse accomplie par 14 enfants victimes de la tragédie de Ben Talha. D’où leur viennent ces comportements si ce n’est de la rue ? À croire que c’est l’unique façon qu’ils ont de s’exprimer… Que sera l’avenir de demain pour ces enfants d’aujourd’hui ? Si les autorités, ainsi que la société civile ne prennent pas en charge sérieusement cet “enfant d’aujourd’hui”, demain, l’avenir risque d’être incertain.
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