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Célébration de la fête de l'indépendance



Célébration de la fête de l'indépendance
L'Algérie fête aujourd'hui ses 55 ans d'indépendance. Plus d'un demi-siècle après cette folle journée où les Algériens de tous âges sont sortis célébrer la victoire rudement arrachée à l'occupant, la charge émotionnelle que dégageait la symbolique du «5 Juillet» paraît s'étioler, se dissiper au profit d'une amertume difficile à dissimuler.Abla Cherif - Alger (Le Soir) - Mardi, 4 juillet. Sur les ondes de la radio algéroise El-Bahdja, les animateurs invitent les témoins (encore vivants) du 5 Juillet 1962 à partager avec les auditeurs les airs de fête qui régnaient ce jour-là . La première intervenante, une vieille dame établie à La Casbah fait le récit suivant : «J'étais très jeune à l'époque. Avec ma mère et des voisins, nous nous sommes rendus à la prison de Serkadji pour accueillir les prisonniers enfin libres. J'étais là lorsque nos amis hommes et femmes hurlaient leur joie de retrouver enfin un père, un fils ou un frère emprisonné pour ses activités en faveur de l'indépendance. Ma mère se tenait près de moi, elle pleurait à chaudes larmes. Son fils (mon frère) avait été guillotiné quelques jours plus tèt. Oui ma fille (àl'animatrice), on lui a coupé la tête”? Tout Bab-Jdid était en liesse, la foule était immense, en délire”?»Son témoignage plonge dans un long silence un homme d'un certain âge qui écoutait le récit à bord d'un taxi qui le transportait. «Son frère est un chahid, qu'il repose en paix au paradis, mais les autres, tous les autres, qu'ont-ils fait du 5 Juillet '» L'allusion est claire, le reproche direct. «A partir de ce jour, le pays a été pris en otage par un groupe qui ne veut plus lâcher le pouvoir», commente ce dernier lorsqu'il lui est demandé de clarifier sa pensée. L'émotion le gagne, il refuse d'aller plus loin. Il y a trois mois, son frère, ancien condamné à mort par l'administration française, décédait d'une longue maladie. «Je suis d'une famille de chahids, au fond de moi, un feu brûle.» Il n'en faut pas beaucoup pour arracher, par contre, le sentiment de ces citoyens rencontrés hier place du 1er Mai.«Le 5 Juillet, c'est la fête de l'Indépendance bien sûr, mais pas la mienne, moi je serais indépendant lorsque j'aurais un véritable travail et un logement», lâche un jeune employé comme vendeur par un buraliste.Une femme qui achève ses achats le reprend : «Tu n'as pas honte, nous on veut la paix, c'est tout, regarde ce qui se passe autour de nous, tous les pays qui ont cherché à comprendre sont plongés dans le chaos. On n'a pas besoin de luxe, laissez-nous vivre en paix, c'est tout ce que nous demandons.» Sentiments contradictoires, parfois ambivalents. Sentiments balançant entre la fierté tirée d'une date à jamais gravée dans la mémoire collective et l'amertume de voir le pays bloqué dans une situation complexe qui freine son évolution dans le sens souhaité. L'opprobre ayant frappé certains noms encore en vie liés à la Révolution, les amalgames nés de la mauvaise retranscription de cette épopée glorieuse et surtout l'indigeste façon dont a été transmise cette histoire aux générations post-indépendance n'ont malheureusement fait qu'aggraver cette complexité. Que signifie donc le 5 Juillet ' Une indépendance chèrement arrachée à l'occupant pour les uns.Des images, celles de drapeaux flambants neufs accrochés dans toutes les villes d'Algérie, des lumières, parfois seulement des feux d'artifice dans le ciel d'Alger et la retransmission de vieux films sur la Révolution. Les fières parades militaires dans l'avenue ALN noire de monde ' Une histoire ancienne dont peu se souviennent. Les emblèmes nationaux flottant aux fenêtres des immeubles ' Un geste mis de côté, oublié en dépit du tapage orchestré par les médias publics qui tentent de raviver la flamme patriotique”?
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