Alger - Revue de Presse

Ce que la cause des Sahraouis a perdu en Algérie



Lorsqu'on met de côté la tradition de soutien « médiatique », les éditoriaux aux positions invariables sur cette question, les constantes de la diplomatie externe algérienne et les évidences d'une cause juste qui concerne un peuple en exil, la cause sahraouie perd énormément de sa « visibilité » dans la société algérienne. Les médias et les spécialistes marocains ont presque raison de répéter que les Algériens y sont indifférents et que l'opinion publique y répond aujourd'hui presque par la grimace face aux largesses du soutien officiel qui va de l'alimentaire à la diplomatie. Confondu avec les évidences de la politique étrangère nationale, le soutien algérien à la « cause sahraouie » n'a pas connu l'usure dans les actes, ni dans les raisons, mais dans l'opinion algérienne qui en a été exclue par un usage maladroit de la communication officielle au point où les Algériens se sont détournés de ce dossier qu'ils ne comprennent plus clairement. Car si c'est une tradition de soutenir les décolonisations de par une histoire propre, la politique algérienne vis-à-vis de ce dossier a été si bien folkolorisée et si bien « monopolisée » qu'elle a perdu le contact de « la rue » et ne se limite plus qu'à la logique des constantes non discutables.  Les générations d'Algériens qui sont nés après les épisodes « Magala » et la Marche Verte ne connaissent plus du Maroc que ses contrebandiers et sa frontière fermée et ne savent plus du drame des Sahraouis que ce que répètent les médias nationaux et les diplomates algériens. La cause de la RASD leur est devenue inintelligible et le soutien algérien une énigme peu explicable par la légalité internationale que l'Algérie défend. Ce que les Algériens retiennent de ce drame, ce sont les couloirs d'aide alimentaire, le système « d'assistances » accordées aux exilés de cette république en instance, le souvenir des écoliers sahraouis dans leurs écoles et la vague géographie de Tindouf.  Et si aujourd'hui ce drame peut occuper la scène internationale avec les négociations ouvertes à New York, il est aussi une cause « morte » faute d'une meilleure prise en charge de la communication chez les Sahraouis et en Algérie, faute d'une meilleure explication de ce soutien et de ses enjeux régionaux et migratoires, faute d'une meilleure association de la population algérienne à ce dossier qui risque d'être totalement desservi par sa mise sous monopole d'Etat à l'exclusion de la société civile, des courants forts d'opinion, des élites et des médias qui doivent trouver meilleures images que celle des quelques tentes de réfugiés en attente de quelques paquets de lait et de semoule et de quelques manifestations culturelles sans grands effets d'appel.  En la matière, les Marocains ont fait mieux pour expliquer la « marocanité » supposée de ce territoire au point où les Marocains vivent ce conflit comme une amputation organisée de leur territoire, là où les Algériens regardent cette tragédie comme une affaire qui ne les concerne plus directement. Car dans cette affaire, la génération du chroniqueur peut comprendre que l'on soutienne un peuple qui veut être libre sur ses terres mais ne comprend plus pourquoi l'Algérie le veut tant et si fort au point de sacrifier le projet de l'union maghrébine pour un peuple voisin, en exil, qui lui est devenu invisible, étranger, secondaire face à ses misères propres et ses priorités de survie et que la raison morale de la décolonisation ou les mythes insuffisants du besoin d'une issue sur le Pacifique, d'un affaiblissement territorial du voisin ou de quelques mines de richesses naturelles suffisent à peine à rendre compréhensible. La cause des Sahraouis s'en porterait peut-être mieux si au lieu de compter sur l'Algérie seule, elle pouvait compter sur le soutien du reste des Algériens, avec une meilleure explication et une meilleure position que celle de la pancarte « réservée aux officiels » et à la diplomatie extra-muros.
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