L'équipe nationale des U17 de football n'ira pas au Maroc disputer la phase finale de la CAN de sa catégorie. Elle vient d'en être empêchée par son homologue du Botswana qui l'a éliminée, à Alger, à l'issue du match qui les a opposées au stade de Bologhine.
Refrain très connu que celui qui consiste à parler des équipes nationales de football des jeunes catégories dès lors qu'elles sont engagées dans une compétition internationale.
Leur parcours est, le plus souvent, très bref, en tout cas pas assez long pour leur permettre d'atteindre le stade de la phase finale. Dimanche soir, juste après l'élimination des Verts, Toufik Korichi, membre de la Direction technique du football national, s'est exprimé à la télévision nationale. «Une équipe nationale, a-t-il déclaré, n'est que l'émanation de ce qui se fait au niveau des clubs.
Si une sélection de jeunes se fait éliminer c'est parce que les joueurs sélectionnés n'ont pas assez travaillé au niveau de leurs clubs respectifs. Il n'y pas de secret en sport : si vous formez assez de joueurs de qualité, vous obtenez une bonne équipe nationale.» Korichi n'a fait que répéter ce qui se sait, à savoir que le football algérien souffre d'un manque de réelle politique de formation. Il a absolument raison de parler des clubs mais ceux-ci ont-ils la latitude de s'impliquer dans le vaste chantier de la formation que l'on veut instaurer dans ce sport ' On en doute.
Où sont les terrains vagues '
Il y a bien longtemps que le football algérien a perdu sa principale école de formation, à savoir le football de la rue. Tout ce que nos villes et cités comptaient en espaces où on pratiquait librement le football a pratiquement disparu. Les terrains vagues, sur lesquels des centaines, voire des milliers, de jeunes s'adonnaient à leur sport favori, ont été envahis par le béton par le biais des projets de construction.
Pour pallier la «destruction» de telles parcelles, le législateur a tenté de se rattraper en imposant dans la loi 04-10 sur le sport l'aménagement, dans chaque cité nouvellement construite, de terrains de sport. Nous nous sommes, récemment, déplacés dans la ville de Bab Ezzouar, située à l'entrée de la capitale. Nous sommes allés dans l'une des cités qui ont poussé comme des champignons dans cette immense agglomération. Quand nous avons demandé où se trouvaient les terrains de sport, on nous a montré une grande place entièrement fleurie. «Les gosses jouaient là au football, nous a dit un des habitants de la cité.
On a décidé d'en faire un espace pour l'environnement. Vous avez vu comme c'est beau avec toutes ces fleurs. «Oui c'était beau mais les gosses-footballeurs ils étaient où '» «Il y a un terrain situé du côté de Bordj El Kiffan. C'est là-bas qu'ils vont jouer,» nous a révélé le même habitant. Merci pour eux et tant pis pour le sport. Et ces jeunes de Bab Ezzouar ont de la chance d'avoir un terrain dans une cité voisine. Dans de nombreuses autres cités, il faut parfois effectuer de nombreux kilomètres pour trouver un espace où pratiquer le football de rue.
Toufik Korichi a parlé des clubs et de leur ratage en matière de formation. Il n'y a rien de nouveau à cela. Il y a bien longtemps que l'on sait que nos clubs ne savent pas faire de la formation dans le football. La raison principale tient au fait que ceux qui encadrent ces jeunes n'ont pas la compétence pour le faire.
Dans l'écrasante majorité des cas, les responsables techniques des jeunes catégories des clubs sont d'anciens joueurs, du club en question de préférence.
Ces derniers disposent, certes, d'un diplôme pour entraîner mais cela reste insuffisant et ce n'est pas parce qu'ils ont de l'expérience en tant que joueurs qu'ils peuvent croire qu'ils seront de bons coaches. Former les formateurs c'est par ce stade que doit débuter la politique de formation dans le football. En 2000, quand la Fédération algérienne de football était présidée par Feu Omar Kezzal, celle-ci avait pu obtenir de la Fifa l'envoi d'un de ses experts dans le domaine de la formation, à savoir le Français Jean-Michel Benezet, lui-même membre de la direction technique du football français. Sous sa direction, on avait commencé à lancer un chantier consistant à former des entraîneurs pour les jeunes catégories. Kezzal parti, le projet a été abandonné.
Douze années plus tard, les jeunes pousses du football algérien continuent toujours à être coachées par des entraîneurs qui n'ont pas les compétences pour le faire. L'autre raison qui fait que nos jeunes en football n'arrivent pas à progresser est liée au manque de terrains pour les entraînements. Ces joueurs ne s'entraînent donc pas assez. Dans la plupart des cas ils partagent le terrain dont ils disposent avec d'autres équipes et sont voués à faire du bricolage plutôt qu'un vrai travail pour progresser.
Il y a enfin le manque de moyens. Depuis des années l'accent est mis sur la négligence des catégories de jeunes dans les clubs. Il n'y en a que pour les seniors. L'Etat met de l'argent dans l'affaire, impose aux clubs de l'orienter essentiellement vers la formation mais ces clubs agissent comme bon leur semble sans être jamais inquiétés.
Les émigrés sauvent la mise
Plus de terrains vagues, des formateurs qui n'en sont pas, absence de terrains pour s'entraîner et finalement des moyens rudimentaires pour travailler, comment veut-on que notre football puisse sortir une élite de joueurs face à un tel constat ' Et on ne parle pas du sport à l'école pratiquement inexistant. Par conséquent, s'il n'y pas de sélections performantes au niveau des jeunes catégories, il n'y a guère d'espoir à attendre de l'équipe senior. Celle-ci ne peut être destinée qu'à faire de la figuration.
Ce qui n'est pas le cas de l'Algérie qui a la chance d'avoir une très forte émigration à l'étranger. Pour pallier la carence du football national en matière de formation, la FAF et l'entraîneur national des A sont forcés d'aller voir du côté de cette émigration pour avoir une équipe capable d'obtenir de bons résultats.
Ce faisant ils couvrent la médiocrité du travail effectué par les clubs qui pensent qu'il faut continuer de la sorte. Qu'on le fasse alors et dans 20 ans on continuera à comptabiliser les échecs des sélections des jeunes catégories. Mais si l'équipe nationale A venait à remporter un titre, qu'on y prenne garde : les clubs algériens n'auront rien à voir dans ce résultat.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A A
Source : www.letempsdz.com