Le titre du livre de Yasmina Khadra convient-il à la situation que vit aujourd'hui l'Algérie ' Les victoires électorales des partis islamistes en Tunisie, en Egypte et au Maroc n'ont pas laissé insensibles leurs petits «frères» algériens. Et voilà que ces derniers Bouguerra Soltani, Abdelmadjid Menasra et Abdellah Djaballah se mettent à rêver à un scénario à l'égyptienne, à savoir un raz-de-marée islamiste, toutes tendances confondues, aux législatives d'avril prochain. Et pourquoi ne caresseraient-ils pas un tel rêve quand on sait que tout a été entrepris ces dix dernières années pour que leur rêve se réalise '
En effet, le terrorisme islamiste, qui a ensanglanté le pays, a été mis pratiquement à la trappe on n'en parle plus ou si peu et des espaces ont été concédés aux islamistes en contrepartie de leur renoncement à la violence. Des espaces vite occupés à l'ombre d'un pouvoir plus préoccupé par la «menace », si tant est qu'elle existe, démocratique. Le résultat est qu'ils ne se sont pas fait prier pour revenir à leurs vieux démons. On l'a bien vu à l'occasion des fêtes de fin d'année, sur des affiches placardées à Oran ou dans des prêches diffusées par la télévision d'Etat condamnant «le réveillon». Quelques mois auparavant, on avait assisté à des expéditions punitives à la Madrague et ailleurs, menées par des salafistes avant que l'un des chefs de la mouvance islamiste, Sahnouni, membre fondateur de l'ex-FIS, ne s'y mette à son tour, appelant le «peuple» à sévir contre les bars et débits d'alcool. Sans que l'Etat, dont c'est le rôle en tant que gardien des libertés, ne rappelle publiquement à l'ordre ce monsieur qui a pourtant beaucoup de choses à se reprocher quant à la «tragédie» qu'a connue le pays. Evidemment, exposées sous cet angle, on va me reprocher de «rabâcher» des antiennes. Peut-être. Reste qu'on a réussi à installer dans la tête des Algériens la culture de l'oubli. «Le passé, c'est le passé», dit-on, on n'en parle plus, il faut pardonner et passer à autre chose. Ensuite, on a réussi à insinuer le doute chez de nombreux Algériens sur la nature même du terrorisme. Et le fait que des terroristes aient été amnistiés, sans qu'ils soient contraints par la loi à s'amender, a fait que ces derniers ne se privent pas de clamer haut et fort, comme l'avait fait dans plusieurs journaux Madani Mezrag, que leur «djihad» était légitime ! Du coup, ces gens-là considèrent qu'ils n'ont rien à se reprocher. Quant au salafisme, aujourd'hui décomplexé, ne se cachant plus pour porter la bonne parole, il se développe, se propage dans la société, y compris, de l'aveu même du ministre des Affaires religieuses, au sein même de l'Etat ! A l'opposé, rien n'est fait ou si peu pour encourager la diffusion d'une culture moderniste, porteuse de valeurs universelles, de tolérance et d'ouverture d'esprit. Prenons un exemple : les œuvres du grand poète arabe du IXe siècle, Abu-Ala al Maari, sont interdites de diffusion et ne figurent pas dans les programmes d'éducation en Algérie, pays qui se targue de se revendiquer de la culture arabo-islamique. Il en est de même d'Al-Moutanabi ! Autre exemple, les conférences animées par le poète syrien, Adonis, à Alger, n'ont-elles pas coûté son poste au directeur de la Bibliothèque nationale ' On pourrait citer bien d'autres cas. En revanche, les livres de Malek Benabi sont présents dans toutes les librairies d'Alger. Pire, les livres de religieux salafistes prônant l'intolérance et le repli sur soi y sont légion. Alors que, par ailleurs, des lois sont adoptées visant à limiter toute expression démocratique. De fait, on est face à un paradoxe. Dans les années 1980, c'était au nom de l'arabisation que les livres écrits en français et qui ne plaisaient pas étaient interdits. Aujourd'hui, ces limitations et interdictions frappent des œuvres d'écrivains, de penseurs, poètes et philosophes arabes, écrits en arabe ! De crainte que cette masse de jeunes arabisés, qu'on pensait avoir mis à l'abri des valeurs dites importées, et ce, grâce à l'arabisation, n'en prennent connaissance ' Sans doute. Alors à quoi rêvent les loups ' A manger ce qu'il reste de l'agneau démocratique '
H. Z.
N. B. : A la famille de Abdou Benziane, j'adresse mes condoléances.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassan Zerrouky
Source : www.lesoirdalgerie.com