Alger - Revue de Presse

Carte bleue et carton rouge



Tout l'espace géographique de la Communauté européennes'apprête, au début de l'année prochaine, à mettre en circulation la fameusecarte bleue, une sorte de permis de séjour et de travail accordé aux immigrantshautement qualifiés.

Longtemps cogitée et préparée dans les «officines» deBruxelles et adoptée par l'ensemble des Etats membres de la Communauté européenne, l'oninsiste sur le fait que l'héritière de la carte de résidence a même reçu l'avaldes experts de l'OCDE et de la Commission européenne. L'objectif, selon les concepteurs dela nouvelle politique d'immigration applicable à l'intérieur de l'espaceSchengen, est d'inverser une tendance jusque-là trop favorable au pays del'Oncle Sam qui attire à lui seul plus de 55 pourcent de la main-d'oeuvre expatriée hautement qualifiée, contre 5 pour centseulement qui daignent monnayer leur matière grise aux pays du Vieux Continent,la France et la Grande-Bretagne enpremier.

Pour les chefs de l'UE, il n'est plus question que l'Europedevienne le déversoir de toute la misère du monde lorsque l'envahissant alliéaméricain, grâce à une politique d'immigration plus ingénieuse, s'attire lacrème du gotha des compétences scientifiques et technologiques mondiales etcapitalise leur savoir à son seul profit.

Mais le poison mortel qui se cache dans le «pain bénit» quel'Europe veut faire manger aux immigrants hautement qualifiés est cette énièmehémorragie qui pourrait s'abattre sur le pays (déjà exsangue d'une bonne partiede son intelligentsia) avec le déplacement annoncé de vagues entières dediplômés, déçus du marché algérien de l'emploi et des perspectives «peulisibles» de l'avenir, vers l'autre rive de la Méditerranée.

Pour de nombreux observateurs, la mise en circulation dunouveau sésame européen n'est en fait rien d'autre qu'un alignement pur etsimple sur l'idée crânement défendue par le locataire de l'Elysée et néanmoinssémillant président de l'Union européenne. Une façon froide et bien cynique dedire aux «autres» : «Nous voulons de vos cadres les plus qualifiés mais surtoutlaissez votre misère à l'intérieur de vos frontières».

Mais si la paix est la continuation de la guerre pard'autres moyens, l'Europe veut le (dé) montrer dans les faits en affichantclairement son intention de «dévider» les pays en développement de leur sèvevitale pour, ensuite, ériger à ses frontières terrestres et maritimes unbouclier antihumain infranchissable contre les contingents de boat people ouceux que l'on appelle, injustement d'ailleurs, les harraga,c'est-à-dire ceux-là mêmes qui n'ont rien à apporter au Vieux Continent, pasmême de l'huile de coude à bon marché dont l'Europe exprime pourtant un besoindes plus pressants. Taillables et corvéables à merci, essorés jusqu'à l'os, lesmilliers d'ouvriers issus de la vieille immigration (dont l'Algérie) sontaujourd'hui renvoyés chez eux avec une ridicule aideau retour.

Si les pays ciblés par cette «éviscération» programmée deleur force de frappe scientifique et technologique restaient les bras ballants,les retombées, à peine imaginables, seront plus que catastrophiques dans unpays comme l'Algérie qui a déjà bien du mal à convaincre ses meilleurs cadres àne pas déserter le pays, sans parler des milliers de cerveaux qui ont levél'ancre en quête de cieux plus gratifiants. Beaucoup d'ingénieurs, de médecins,d'enseignants et d'informaticiens (on parle de 3.000 informaticiens algériensémigrés au seul Canada) attendent le moindre signal pour «sauter le pas».

Le dernier coup de sang du Conseil national des enseignantsdu supérieur, en réaction violente au triplement de la solde des parlementairesqu'il a qualifié «de discriminatoire et inique», ne présage rien de bon pour lepays.


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