Alger - A la une

Calamiteuse santé!



Cela a commencé comme un fait divers, pour devenir un révélateur des immenses anomalies qui traversent les services de santé algériens. Un fait divers, dans la mesure où tout se déclencha par une «usurpation» d'identité dans un hôpital de la capitale. Si ce fait divers - enfin si c'en est un - a retenu l'attention de la presse au début du mois de juin c'est surtout du fait de la personnalité de l'un des acteurs (malgré lui) de cet improbable malentendu et de ses suites: la plainte du ministre de la Santé, Abdelaziz Ziari, contre X pour usurpation d'identité. Pourquoi, pour quel motif ce citoyen s'est-il ainsi laissé aller à une faute en soi répréhensible, celle «d'emprunter» le nom de quelqu'un d'autre' Que s'est-il passé' Une femme, arrivée à terme s'en va à l'hôpital Nefissa-Hamoud (ex-Parnet) accompagnée de son mari. Le personnel de l'hôpital refuse de la recevoir sous prétexte que la maternité était en surcharge. Il y avait urgence, mais le personnel dit non! Que faire' Un parent de la femme, face à l'impasse, se fait passer pour le fils du ministre de la Santé. Du coup, les portes de l'hôpital s'ouvrent et la dame eut le traitement que nécessitait son cas. Par son action, le jeune homme a sauvé une vie, plutôt deux, la mère et son bébé. C'est qu'il y avait à retenir. Y a-t-il réellement dilemme' On savait nos hôpitaux dans un état désastreux, on ne savait pas en revanche que ceux-ci faisaient le distinguo entre les citoyens. Selon que tu sois riche ou pauvre... Le fait est qu'une fois le choc passé, et plainte déposée - la cour de Hussein Dey accorda, en première audience, le non-lieu au jeune homme - M.Ziari a dû réfléchir sérieusement. Ce qui le conduisit à s'enquérir par lui-même et voir ce que tous les Algériens savent: l'incroyable décrépitude des hôpitaux, leur sous-équipement, leur non-adaptation aux conditions hospitalières et surtout constater le parti pris du personnel médical. Reconnaissant à M.Ziari qu'il eut le courage de dire publiquement la honte qu'il éprouva au constat des dysfonctionnements de nos hôpitaux. Ce sont là les événements qui ont fait l'actualité de la santé dans notre pays le mois dernier. Depuis jeudi dernier est venu s'y ajouter un nouvel élément, le rapport du Conseil national de l'Ordre des médecins de France (Cnom) qui indique que près d'un quart des médecins inscrits à l'Ordre et exerçant en France sont d'origine algérienne (24,1% du personnel médical de France) et ont été formés en... Algérie. Absurde! Voilà que l'Algérie forme des médecins et spécialistes en médecine qu'elle exporte vers des pays desquels on pouvait s'attendre à l'inverse. Le fait est là: l'Algérie forme et exporte les disciples d'Hippocrate vers l'étranger. Des spécialistes' Au moins deux d'entre eux - de réputation mondiale - formés à la faculté de médecine d'Alger exercent en France et aux Etats-Unis. Le premier, Kamel Senhadji, est sans doute l'Algérien, dont les travaux de recherche sur le sida, dans les hôpitaux de Lyon en France, font autorité dans le monde. Le second, Elias Zerhouni, radiologue, est devenu mondialement célèbre quand l'ancien président américain, George W. Bush, lui confia en 2008 la direction et la gestion du prestigieux National Institutes of Health (NIH, qui couvre le système de santé et de recherche américain), avec la gestion de 13 Instituts nationaux et un budget de 27 milliards de dollars. Des centaines de leurs collègues plus ou moins qualifiés font aujourd'hui le bonheur des hôpitaux et instituts de la santé en France, aux Etats-Unis et au Canada en particulier. Au regard de la terrible régression des hôpitaux en Algérie et l'hémorragie de leurs cadres que seraient devenus MM.Senhadji et Zerhouni s'ils n'avaient pas quitté leur pays' Sans route d'autres patrons aigris et sans perspective d'avenir. Ou faire dans la différentiation entre Algériens selon qu'ils soient nantis ou pas. Outre les médecins, des milliers de cadres (entre 100.000 et 500.000) ont quitté l'Algérie entre 1980 et 2000, souvent parce qu'ils se sont trouvés dans l'incapacité de se réaliser au plan professionnel et sociétal dans leur pays. Tout cela doit faire réfléchir sur le devenir de l'Algérie lorsque son intelligentsia, d'un même élan, coupe les liens avec la patrie. L'Algérie qui a investi des sommes énormes dans la formation de ses cadres ne fait, curieusement, rien pour les garder. Prendre conscience de l'état des lieux comme le fit le ministre de la Santé est une bonne chose. Essayer d'y remédier sans délai, c'est encore mieux, dès lors que nos hôpitaux sont devenus de vrais mouroirs.
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