«Les buffets de gare sont des endroits où l'on sert à des voyageurs qui passent des aliments qui eux, ne passent pas.» Pierre Veron
La bonne santé économique d'un pays s'évalue dans chacun des secteurs qui composent une activité multiforme. Dans les pays bien organisés, on essaie de remédier à toutes les défaillances qui peuvent contrarier un processus de production ou altérer un rythme de vie. S'il y a un segment d'activité qui n'arrive pas à se mettre au diapason de la modernité, c'est bien le secteur des transports. Et ce n'est pas une question de technologie: on a beau importer de nouvelles machines, tracer de nouvelles routes, remettre sur les rails un tramway avec 50 ans de retard, les conditions de transport restent aléatoires. Le tramway étant confiné à un itinéraire réduit, les usagers restent toujours les otages d'un secteur privé qui n'a cure du service public. C'est une question de mentalité: c'est la remarque que m'a faite un commensal quand je protestai mollement contre la lenteur d'un bus qui s'éternisait aux arrêts, essayant de collecter le maximum de naufragés pour rentabiliser un itinéraire que la canicule avait rendu désert. Mais ce qui se passe sur les routes des banlieues d'Alger ne reflète pas la totale réalité de l'état des transports dans le pays. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à faire un saut à la veille des départs en vacances vers le centre nodal des transports routiers. La gare routière est cette immense infrastructure desservie par deux importants axes routiers attenants à la capitale. Son imposante architecture donne déjà une idée du rôle important qui est le sien dans un secteur névralgique. A l'extérieur, bus et taxis déchargent et chargent leurs lots de passagers, sujets à une crise de nomadisme constant en cette saison particulière. Des agents de sécurité postés à l'entrée fouillent méticuleusement les bagages des voyageurs qui s'engouffrent par groupes dans ce hall immense qui déborde d'activité. C'est une Algérie miniature qui est là à attendre l'heure du départ. Certains habitués s'attardent aux boutiques de souvenirs ou de friandises tandis que d'autres brûlent une cigarette sur le comptoir d'une buvette en attendant l'heure du départ. Ceux qui ne sont pas habitués arrivent, hésitants, demandant à la première personne rencontrée le guichet idoine vers une lointaine wilaya. Pourtant, chaque guichet est muni d'un écran de télévision où sont affichés les heures de départ, les noms des transporteurs et les destinations. Des receveurs du secteur privé servent de rabatteurs pour séduire les candidats au voyage. Cela donne lieu à des joutes oratoires en prose ou en vers entre des concurrents qui semblent avoir du temps à perdre au milieu d'une foule empressée. Des bancs en quantité insuffisante accueillent des naufragés dont la lassitude se lit sur les visages froissés. Les groupes de policiers patrouillent de long en large, formant des taches noires dans cette foule bigarrée, et croisant au passage les techniciens de surface qui n'en finissent pas d'essuyer les immondices laissées par une négligence manifeste. Les fast-foods sont encore, en cette heure matinale au stade du nettoyage.Tout est prévu ici pour que le voyageur trouve dans cette oasis, les accommodements qui lui adouciraient les rigueurs d'un voyage. Il ne manquerait cependant qu'une poste, une banque ou un cybercafé. C'est peut-être à ce dernier lieu de rencontres virtuelles que pensent les jeunes qui ont échoué sur les larges marches d'escaliers qui mènent au premier étage. Mais quelle est donc cette odeur de benjoin et de gomme arabique qui monte de ces marches' Servirait-elle à masquer une odeur plus suspecte'
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Selim M'SILI
Source : www.lexpressiondz.com