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C'est qui l'Etat '



C'est qui l'Etat '
À Versailles, dans les allées des jardins enchanteurs et une débauche aurifère qui souligne les fastes de la monarchie, Louis XIV ne se contentait déjà plus de son statut de roi de droit divin. À ce niveau de béatitude, la loi de l'attraction universelle ne s'applique plus et, les pieds n'étant plus retenus au sol, une lévitation extatique fait sortir l'homme de sa coquille d'hominidé rotant et «flatulent» pour une ascension vers les cimes d'une déité qu'il croyait sincèrement méritée. Sous le règne du Roi Soleil, l'Etat devint fort, l'économie prospéra et la grandeur se mesurant à l'étendue du territoire, l'expansionnisme guerrier recula les frontières du royaume. Mais l'absolutisme était malgré tout éclairé et le roi s'entoura des meilleures compétences de l'époque, à l'image de Mazarin, Colbert et Vauban qui passèrent à l'histoire comme le maître qu'ils servaient. Avec un bémol pour Colbert qui échoua à réfréner la folie dépensière de son roi. Plus tard, un autre Louis de la même lignée dira qu'on ne peut être roi si on est animé des mêmes sentiments que les autres humains. Son auguste devancier, au sommet de la gloire et de la puissance, n'avait-il pas proclamé : «L'Etat, c'est moi !» ' Nous y voilà, c'est un intarissable et grand débat que celui sur l'Etat et son incarnation. C'est qui l'Etat, finalement ' Certainement pas un homme seul. Les trappes de l'histoire regorgent de despotes et d'autres qui le furent moins, mais qui se voulurent tous, à un moment ou un autre, les seuls et uniques dépositaires d'une autorité personnelle suprême qui confondra pouvoir, attributs de pouvoir et prérogatives étatiques dans un même syncrétisme, qu'il fut dictatorial et «républicain», absolutiste et monarchique ou clérical. Au passage des révolutions, des guerres civiles et des révoltes populaires, le progrès humain en général finira, chez les nations avancées, par sonner le glas des pouvoirs personnels. Pas malheureusement dans le monde arabo-islamique où, aux pouvoirs dictatoriaux, sont en train de succéder, pire qu'eux, des pouvoirs religieux, archaïques et moyenâgeux. L'Algérie, pour le moment, semble échapper à cette déferlante qui va faire reculer de plusieurs décennies les pays qu'elle a touchés. Il ne dépend que de l'Etat de pérenniser cette extraordinaire chance en éloignant définitivement, par des mesures fortes et courageuses, le spectre de cette terrible désolation à laquelle nous assistons en direct via les télévisions. Encore faut-il que cet Etat affirme son existence, se manifeste et fixe un cap. Combien de fois, pendant cet été survolté, les «unes» de nos journaux n'ont-elles pas été barrées de ces titres à la fois inquiétants à force de répétition et révélateurs d'une série de malaises qui dépassent de loin le symptôme du dysfonctionnement : «Où est l'Etat» ' «Que fait l'Etat» ' «L'Etat absent». D'aucuns mettront cela sur le compte du pouvoir qui a gouverné sans prévoir et a toujours perdu du temps à essuyer les plâtres de gestion -les mêmes ou les précédentes - qui se renouvellent dans l'incompétence et le massacre des missions de service public. Pouvoir, gouvernement ou pouvoirs publics, toutes ces appellations ont la même signification aux yeux du peuple qui a raison de ne pas faire de différence entre «Daoula» (Etat), «Houkouma» (Gouvernement) et «Soulta» (Autorité). La «crise de l'électricité» n'ayant été, tout compte fait, qu'une étincelle de plus ou de trop dans l'expression violente du mécontentement populaire, il y a décidément beaucoup à dire sur notre Etat, dans son sens générique, globalisant. Boumediene, en dictateur traversé par des fulgurations éclairées et homme d'Etat incontestable, voulait un «Etat qui survive aux événements et aux hommes». Qu'on le veuille ou non, sous son règne l'autorité de l'Etat y était et elle s'exerçait assez efficacement, y compris contre la liberté d'expression et le reste des libertés individuelles et collectives. Peut-on en dire autant de l'Etat d'aujourd'hui, dispersé, faible face aux lobbys, laxiste devant les clans de petits délinquants, accommodant avec les responsables médiocres, dispensés de rendre des comptes quand bien même leur gestion hasardeuse, tout en étant très dépensière, est génératrice d'émeutes et de saccage des biens publics 'Au lieu et à la place de quoi, au final, nous avons un Etat auquel ont survécu les hommes et les événements et dont la marque de fabrique est le dysfonctionnement permanent, un dysfonctionnement intégré dans la régulation politique et sociale, sans souci pour le danger qu'une stratégie d'équilibrisme ténu peut induire. Chacun aura remarqué, à ce propos, le délestage (honni soit qui mal y pense) par les pouvoirs publics d'une de leurs prérogatives fondamentales et qui consiste à agir à temps pour prévenir des atteintes graves à l'intérêt de la collectivité.L'administration est légalement habilitée à agir par des mesures conservatoires, en réquisitionnant la force publique, contre toute une série de transgressions et de violations de la loi. Laisser faire, refus d'assumer ou complicité, elle ne le fait que très rarement ou alors sur injonction venue d'en haut. Exemple d'actualité démonstratif de cette impéritie, les branchements illicites qui contribuent notablement, nous dit-on, au problème des coupures d'électricité. Dans la première ville du pays, Alger, partout, des marchands de fruits qui n'ont plus rien d'ambulant tirent des câbles à partir de poteaux électriques et éclairent leurs étals sans rien devoir à personne et surtout au vu et au su de tout le monde.Alors, dans l'Etat algérien, il y a, certes, de l'électricité dans l'air. Mais avant cela, qu'y avait-il ' De l'eau dans le gaz. La question de départ est restée sans réponse, ou alors se laisse-t-elle deviner. Mais à défaut de dire clairement qui est l'Etat, on se contentera de savoir déjà d'où il tire son énergie et sa longévité : du gaz et de la matière fossile liquide à laquelle il est indexé, question prix.
A. S.
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