
«Le film tranche en montrant la brutalité de l'armée française. il n'y a pas besoin de trancher c'est à l'histoire de trancher. Le film n'a pas besoin d'être militant, l'histoire joue pour elle toute seule.»Il a été présenté en ouverture samedi dernier à l'occasion des Journées cinématographiques d'Alger. Le film sortira le 14 janvier en France. C'est une adaptation cinématographique d'une nouvelle d'Albert Camus «L'hôte». Albert Camus, encore lui... Nous sommes en1954. Alors que la rébellion gronde dans la vallée, deux hommes, que tout oppose, sont contraints de fuir à travers les crêtes de l'Atlas algérien. Au coeur d'un hiver glacial, Daru, instituteur reclus alias Viggo Mortensen, doit escorter Mohamed alias Reda Kateb, un villageois accusé de meurtre.Poursuivis par des cavaliers réclamant la loi du sang et par des colons revanchards, les deux hommes se révoltent. Ensemble, ils vont lutter pour retrouver leur liberté. Tourné au Maroc à défaut de Béchar, dans des endroits escarpés, les deux hommes sont obligés de cohabiter ensemble dans cette nature hostile et faire le dur apprentissage de la vie: apprendre à se connaître, à se dompter. La parole humaniste d'Albert Camus est perceptible, palpable par moment. Un peu trop, elle transcende l'image. Excédé par la folie des hommes et leur violence, Daru l'instituteur, ex-commandant dans l'armée (a fait la Seconde Guerre) finit par se cloîtrer dans le silence. Sa situation d'entre-deux est une position claire, dont il s'accommode très bien et assume. Aux autres de l'accepter ou pas... des moments de longueurs viennent perturber le film. Mais aussi ces petites fautes d'accent de notre Reda Kateb. Daru est paradoxalement celui qui parlera le plus l'arabe dans le film.En dépit de l'histoire profondément subtile qui se nouera dans le film, la beauté des images et le jeu impeccable des acteurs, l'âme de Camus, encore lui, a trop fortement plané sur le film. L'oeuvre hélas n'a pu dépasser le maître, pas réussi à le supplanter. Sa parole se réduisait même parfois à des clichés...Petite confidence toutefois du réalisateur après la projection: «Le film tranche en montrant la brutalité de l'armée française. Il n'y a pas besoin de trancher c'est à l'histoire de trancher. Le film n'a pas besoin d'être militant, l'histoire joue pour elle toute seule.Le plus intéressant chez Camus ce sont les chroniques algériennes. C'est le Camus de la misère de la Kabylie. Camus dans les années 1930 prévoit l'effondrement du système colonial si les Français n'accordent pas les mêmes droits aux Algériens. Le Camus le plus clairvoyant c'est celui en amont.Une fois la guerre d'Algérie déclenchée, Camus se réfugie dans le silence. Ce n'est pas un texte écrit dans la confusion de la guerre, mais écrit avant, c'est ça qui me semblait intéressant. Ensuite je l'ai nourri avec les événements que j'ai appris de la guerre d'Algérie. Notamment dans la Wilaya VI historique dans l'ouest de l'Algérie le FLN a été décimé par les Français qui ont tué des gens qui étaient dans une grotte. Evénement repris dans ce film-là. Camus dans ce texte-là ne se préoccupe pas de ça. Il se préoccupe de cette situation qui, de toute façon, promet un effondrement du monde colonial.Ce qui me semble universel et connecté à notre monde et même ce qui se passe au Moyen-Orient c'est de ne pas juger sur l'histoire ou de la politique mais se mettre à la hauteur des gens qui vivent dans ces conflits qui ont des positions humanistes intuitives et qui se prennent l'histoire dans la gueule car ils sont des victimes de l'histoire. C'était ce point de vue-là qui m'intéressait, non pas de dire qui a eu raison. Il y a encore des hommes en France pour défendre les bienfaits de la colonisation. Mais l'histoire a déjà tranché. Ce qui m'intéressait c'était de voir un Algérien et un Français comment ils arrivent à se rapprocher l'un de l'autre. C'est le point de vue humaniste qui m'intéresse.»
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O HIND
Source : www.lexpressiondz.com