Alger - A la une

Bus de nuit contre véhicules bloqués



En promettant monts et merveilles en matière de prix à la consommation des fruits, des légumes et de la viande, les autorités ont fait « comme d'habitude ». Si cela a été entrepris cette fois-ci avec plus de solennité et d'ostentation en raison de la situation d'exception, le citoyen ordinaire ne s'est pas fait d'illusion pour autant. Ça fait longtemps que « la chose » est devenue un? mensonge rituel. On avait beau suggérer que le pouvoir était prêt à faire toutes les concessions possibles quand il ne « s'agit que de ça », on ne voyait pas vraiment quels efforts ont été consentis sur d'autres pans de la vie ordinaire pour espérer que ce Ramadhan puisse être le bon sur la question. On s'en doutait un peu, même si on a pris l'habitude d'esquisser quelques mouvements de béate crédulité en reprenant cette inusable formule du terroir : « Suivre le menteur jusqu'au seuil de sa porte .» Et on a suivi le menteur, et aucun marchand n'a vendu la banane à 220 dinars, et la viande à 900 dinars est une vue de l'esprit, et la tomate est à 160 dinars? Mais pourquoi les Algériens devraient parler de chair et de maraîchers, eux qui font écarquiller les yeux du monde depuis bientôt deux mois ' Parce qu'il en a toujours été ainsi depuis longtemps, depuis que l'atavisme s'est sédentarisé dans une société pétrifiée par la régression. Paradoxalement, ils en parlent peut-être plus que les autres années, alors qu'on pouvait espérer qu'ils fassent l'impasse sur cet épisode où ils n'ont pas le droit de lâcher la proie pour l'ombre. En plein dans l'insurrection de leur vie, ils avaient à prendre une revanche sur une réputation facile traînée comme un boulet qu'ils ne se sont pas forcément passé tout seuls à la cheville. Les gouvernants, faute d'avoir de plus belles perspectives à offrir, en jouent à c?ur joie, c'est ce qu'ils savent faire le mieux. Si leurs certitudes ont été rarement bousculées, c'était peut-être le moment ou jamais. Seulement « peut-être », parce qu'on ne se débarrasse pas aussi aisément des « certitudes », même quand elles ont quelque chose de virtuel, même quand on n'y est pour rien dans leur installation. Les Algériens ont (encore) parlé des prix à la consommation et ceux d'entre eux qui ont osé croire à un Etat déterminé à améliorer leur quotidien en ont (encore) pour leurs désillusions. Les uns et les autres ont déjà montré qu'en attendant de guérir de leurs atavismes, ils pouvaient parler de plus important en ce moment précis. Ils savent déjà qu'ils peuvent être sobres en rompant le jeûne vendredi sur l'escalier de la Grande-Poste. Ils savent aussi que les 400 bus mobilisés par les autorités pour leurs soirées de veille ne peuvent pas faire oublier les centaines de milliers de véhicules bloqués sur l'autoroute pour les empêcher d'accéder à Alger.S. L.
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