Et c'est reparti
comme en quarante, heu non, disons comme en soixante, ne provoquons personne…
Il y a des moments où l'on se demande si une partie de la droite française ne
prend pas son peuple pour un ramassis de naïfs et de gens manipulables à
souhait. La burqa, puisque c'est de la sorte que le niqab est désigné dans le
débat actuel - ce qui n'est pas neutre car cela renvoie à l'Afghanistan et aux
Talibans - est ainsi devenue la recette miracle pour faire oublier le reste, à
commencer par une situation économique qui n'est pas loin de ressembler à celle
de la Grèce mais chut…
Faisons un petit retour en arrière. Le ton
était donné dès le soir du second tour des élections régionales, qui ont vu,
comme vous le savez, la défaite de la droite. A vingt heures une, nous avons vu
apparaître le visage fermé de Jean-François Copé, le président du groupe Union
pour un mouvement populaire (UMP) à l'Assemblée nationale française.
Invité à commenter la fessée électorale reçue
par son camp, l'homme qui se voit président de la République en 2017 a commencé
par cette phrase : " il faut que nous revenions à nos fondamentaux en nous
dépêchant d'interdire la burqa. "
Personne n'a pensé à demander au Maire de
Meaux ce qu'il entendait par fondamentaux. Personne non plus n'a cherché à lui
demander si l'état budgétaire de la France, la faiblesse de ses exportations,
la dégradation de ses systèmes éducatif et de santé ou l'aggravation des
inégalités sociales n'étaient pas des dossiers bien plus urgents et
préoccupants que l'existence sur le sol français de quelques milliers de femmes
portant le voile intégral. Le fait est que nous nageons en plein délire avec un
gouvernement français qui joue aux apprentis sorciers en croyant que c'est en
montant en épingle un fait sociétal, réel mais ô combien marginal, qu'il va de
nouveau siphonner les voix de l'extrême-droite.
Si cela continue ainsi, je suis même prêt à
parier que Marine Le Pen sera présente au second tour de l'élection
présidentielle de 2012. C'est peut-être ce que souhaite une partie de la
droite. Faut-il donc s'attendre à une alliance à l'italienne avec un Front
national qui deviendrait soudain fréquentable ? Désormais, tout est possible y
compris des rapprochements qui paraissaient impensables il y a encore quelques
mois. C'est cela l'effet Sarkozy. Un pays qui est en train de perdre la boule
et qui voit tous ses repères moraux brouillés.
Soyons clairs. Je ne vais pas défendre la
burqa. Ce voile intégral, cette " prison ambulante " pour reprendre l'expression
d'un ancien confrère du Quotidien d'Algérie, ne correspond pas à l'idée que je
me fais de la femme ou de la religion musulmane. De même, et je l'ai déjà
écrit, je comprends le malaise voire même la peur que ce genre de costume peut
engendrer chez des Français qui ne sont pas pour autant des racistes, des
xénophobes ou même des islamophobes. C'est juste que cela ne cadre pas avec
leurs habitudes, leur environnement culturel et social habituel.
Si je dis cela, c'est parce qu'il faut aussi
reconnaître l'existence d'une certaine jubilation dans les propos provocateurs
tenus par celles qui portent la burqa (ou par leurs maris). On sent bien
qu'elles sont, quelque part, heureuses de narguer une société qui ne sait quoi
penser d'elles. Il est évident que certaines d'entre elles sont forcées de se
cacher le visage mais on ne peut pas nier que d'autres le font par conviction à
commencer par nombre de converties.
Mais il faudrait être naïf pour croire que le
ramdam actuel ne concerne que la burqa. Il est évident que l'affaire va bien
au-delà et qu'elle a des implications pour tous les musulmans de France. Copé
et ses amis nous jurent que ce n'est pas l'islam qui est stigmatisé mais qui
est vraiment dupe ? En s'attaquant à la burqa, une partie de la classe
politique française émet un autre signal, bien plus large et surtout autrement
plus grave. C'est une manière de dire aux musulmans : il y a des cases dans
lesquelles vous devez rester. Bougez et vous aurez affaire à nous.
L'affaire du niqab tombe donc à point nommé
pour permettre une diversion vis-à-vis de l'échec total des politiques de
Sarkoy et des négociations difficiles qui s'annoncent à propos de la réforme
des retraites. Mais c'est aussi une bonne occasion de signifier à une
communauté - en réalité, des communautés - déjà fragile, à peine intégrée, que
rien n'est acquis et qu'il faudra multiplier les preuves d'allégeance.
Car c'est bien de cela qu'il est question :
l'allégeance. Reste à savoir s'il s'agit d'une allégeance à la République
française ou bien alors à une certaine manière de voir cette République et le
reste du monde.
" Le fiasco des élections régionales
derrière lui, Nicolas Sarkozy va s'attaquer à la 'réforme des retraites'.
L'enjeu social et financier étant considérable, on sait déjà que le
gouvernement français s'emploiera à distraire la galerie en relançant le 'débat
sur la burqa' ", écrivait le mois dernier le journaliste Serge Halimi dans
Le Monde Diplomatique (1).
C'est vrai mais ce n'est pas tout. L'affaire
de la burqa ressemble fort à une tentative de mise au pas, peut-être même
préventive, des musulmans de France pour leur signifier qu'ils demeurent sous
surveillance et qu'il leur faut remiser leurs possibles ambitions de participer
à la vie de la cité.
(1)
Burqua-bla-bla, Le Monde Diplomatique, avril 2010.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Paris : Akram Belkaid
Source : www.lequotidien-oran.com