
Brahim Beledjrab (69 ans), l'élève de l'un des monuments de la musique andalouse, Sid Ahmed Serri, le confident et accompagnateur du Cheikh Annani Slimane, un artiste humble qui rasait les murs de son vivant, tout en étant efficace dans son travail et «encaisseur» des coups bas, a été enterré mercredi dernier après la prière du Dhor (14h00) au cimetière de Koléa, en présence d'une gigantesque marée humaine, constituée des mélomanes et des membres des associations musicales venus de nombreuses wilayas du pays.Très affecté par le décès de son épouse cette année 2016, Brahim Beledjreb n'avait pas pu supporter le poids de la perte de la maman de ses enfants, qui l'avait accompagné dans son parcours jalonné de joies et de tristesses. Brahim Beledjreb est un introverti qui ne manifeste pas ses sentiments.Il ne dévisage pas sa colère. Il fait partie du patrimoine de l'art musical andalou. Il avait été toujours fidèle aux invitations de la défunte Association des journalistes de la wilaya de Tipasa. Il se présentait à chaque fois lors de la célébration de la Journée internationale de la liberté d'expression et de la presse en compagnie d'un monument du savoir, en l'occurrence Cheikh Annani Slimane.Réaliste et pragmatique dans ses démarches, il observait les «man?uvres» d'abord avant de se situer ensuite par rapport à ses relations. Brahim Beledjreb aimait rassembler ses amis de l'univers culturel dans son domicile, notamment de l'art musical andalou. Les autorités locales lui avaient toujours refusé l'attribution d'un local pour son association.Son maître, Sid Ahmed Serri, l'assistait et lui confiait certaines missions au niveau national et à l'étranger. Victime d'un malaise dans la matinée mardi passé, Brahim Beledjreb a rendu l'âme le jour même dans l'après-midi, afin de rejoindre son épouse, son maître Sid Ahmed Serri et son ami Cheikh Slimane Annani. Au mois d'avril 2006, Brahim Beledjreb était l'un des principaux organisateurs d'un grand événement culturel et musical qui avait été organisé par le ministère de la Culture sous l'ère de Khalida Toumi.La manifestation organisée au centre Grand Bleu à Chenoua (Tipasa) avait suscité un énorme intérêt chez les chouyoukh de l'art musical andalou. Les grands maîtres des 03 écoles algériennes de la musique andalouse avaient répondu présent. Un travail sérieux et approfondi sur la musique andalouse avait été entrepris, suivi d'un débat au sein d'une assistance à laquelle participaient les universitaires, chercheurs et les maîtres. «Dans un moment d'émotion, il m'est difficile de parler d'un grand homme qui avait introduit et je le précise bien, introduit la musique andalouse à Koléa», nous confie Abdelouahab Nefil, le président de l'association El Fekhardjia d'Alger.«Je me rappelle de Brahim Beledjreb, qui avait assuré le rôle du principal organisateur et celui de soutien logistique de la manifestation organisée au mois d'avril 2006 à Tipasa, qui avait regroupé les grands maîtres algériens de la musique andalouse, Brahim avait tout donné pour la musique andalouse, c'était un grand militant de l'art musical andalou, je souhaite que ses élèves assureront la relève afin de perpétuer le patrimoine musical andalou», ajoute-t-il, «Brahim Beledjreb fait partie des rares personnes qui sont demeurées fidèles à la musique andalouse jusqu'à leur mort, il avait continué à travailler et s'était sacrifié jusqu'à sa disparition pour perpétuer la musique andalouse, en dépit des conditions de travail très difficiles, cela relève d'un défi», enchaîne-t-il.«Avec notre maître Sid Ahmed Serri, Brahim et moi-même, nous avons fait 2 fois le tour d'Algérie pour fédérer toutes les associations de musique andalouse autour d'une plateforme dans l'intérêt du patrimoine musical andalou en Algérie, le projet se trouve quelque part et voyez-vous comment nous perdons les initiateurs du projet sans que personne daigne se pencher sur notre travail. Il y a trois jours, j'avais téléphoné à Brahim afin qu'il se prépare avec ses élèves pour effectuer une tournée à Béchar avec son association Fen-El-Açil, hélas, nous venons de l'enterrer, pour moi et mes amis, c'était brutal », conclut Nefil Abdelouahab.L'ex-ministre, Lamine Bechichi, le musicologue Nordine Saoudi et moult grands artistes étaient présents lors de l'enterrement. Le wali de Tipasa, fortement escorté, est arrivé en trombe pour assister à l'enterrement avant de repartir comme il était venu avec son escorte, gyrophare et sirène en action, pour quitter les lieux sous le regard des citoyens. Le ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, s'est rendu au domicile du défunt dans la soirée de mardi.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M'hamed Houaoura
Source : www.elwatan.com