Alger - Revue de Presse

Bonjour Monsieur le Maire !



Un ami contrariériste et rebelle sur les bords, à l'occasion d'un débat autour des récentes élections locales, m'avait lancé un défi de pouvoir lui citer au moins dix « maires » de nos villes contrairement à mon aisance de pouvoir lui citer tous les walis d'Algérie. De lui citer en outre quelques maires de villes françaises contre un ou deux noms de préfet. J'avoue que l'exercice était difficile. Explication. C'est toute une multitude générationnelle qui fait la différence entre Monsieur le Maire et Monsieur le Président de l'Assemblée Populaire Communale. Il y a de surcroît toute une charge d'idéologie qui renforce politiquement cette différence. Du maire à ce président, il y a eu également une guerre, des atrocités et beaucoup de malheur. Par ailleurs, la différence est aussi à contenir dans l'approche, la démarche et surtout l'envergure fonctionnelle du poste. Le président de l'assemblée communale, par abréviation le P/APC, a pris à travers le temps et au fur et à mesure de l'exercice de ses fonctions, tous les sens péjoratifs liés à cette noble représentation qui, par principe de droit, accorde à son titulaire le rang de premier magistrat de la ville. Le sarcasme national, dû essentiellement au mauvais mariage de la personne à élire au personnage à incarner. Et le P/APC devient ainsi un humour tournant le plus souvent à la dérision. Il ne s'agit pas d'un sigle d'étude notariale ou d'une officine pharmaceutique. Il est loin d'être un code-barres d'un produit manufacturé dans les caves froides d'un atelier clandestin situé aux abords d'un tronçon d'autoroute. Il s'agit en fait de toute une histoire. Celle d'une ville pleine de cités, de cauchemars et de saleté. Elle a vu le jour au moment où les Grecs créaient le suffrage universel. De bouche à oreille, de main à main telle la course à relais dans les joutes olympiques, elle s'est transmutée de génération en génération pour se répandre comme une traînée de poudre à travers toutes les urnes communales. Elle ne se raconte que tous les cinq ans. L'oubli durant l'intervalle de la souvenance est réservé dans le silence de la salle des délibérations à des règlements de compte, à des discussions byzantines ou aux cacophonies de la tour de Babel. Trente-deux parlent, un seul les écoute. Le P/APC peut être aussi un petit bulletin. Sans notation ni observations d'un quelconque conseil pédagogique ou de professeurs. Les seuls critères d'identification restent des initiales, un chiffre et une date. Il était d'abord à un état de brouillon. L'on y griffonnait tout. De l'appréciation générale à l'assiduité personnelle passant par la ponctualité verbale, ce bulletin transitait comme un dossier électoral d'une instance à une autre. Tiens ! Il y une photo. Celle-ci est destinée comme une carte majeure pour ne pas confondre toutes les photos. Elle est apprêtée par avance à être lacérée, déchirée, hachée et raturée. Elle va servir pour les observateurs comme un sondage physique de l'opinion locale. Mais après que son collage eut servi de source de rémunérations aux publicistes et colleurs de spots, elle s'offrira altière et certainement souriante comme vidoir à toutes les mélancolies et les ennuis journaliers des passants peu pressés, des riverains mécontents ou des rivaux envieux et anxieux. Le P/APC, autrement et il est facilement pratique de l'être, sera celui qui saura s'éloigner des problèmes. C'est-à-dire qui ne les crée pas ni participe à leur création. Il ne lui sera en aucun cas demandé de résoudre ceux qui existent déjà. Le logement et l'emploi ne sont pas des problèmes. Encore s'ils le sont, ils ne sont pas de sa compétence. Ce sont une affaire d'Etat. Que lui restera-t-il donc à résoudre ? Rien. Enfin les dissidences en son sein. Les luttes de clans y compris celle du sien. Il pourra par contre éluder les obstacles impératifs dans son parcours quinquennal à défaut de motion de défiance avec retrait d'une certaine confiance mal déposée déjà en les auteurs, en veillant à garder intact sa crédibilité ne serait-ce que sur le plan comportemental. La fonction qui par principe engendre l'organe ne devrait point lui faire miroiter le besoin d'adapter la fonction à sa personne. C'est l'inverse qui est vrai. Le président de l'assemblée communale comme le maire, étant un personnage important, à charge donc pour la personne « élue » de pouvoir rentrer dans la peau de la personnalité convoitée. Sans fracas, ni disjonction personnelle et qualitative. Car la fonction élective de maire ou président, de par sa légitimité génésiaque, confère au grand jour des pouvoirs, outre qu'ils sont tracés par la loi, le sont aussi par le panache personnel du commandeur de la ville. Ailleurs, le chef d'une ville jouit justement de cette majorité qui l'a porté aux rênes de la commune et lui octroie par conséquent d'autres pouvoirs de sensibilisation, de mobilisation et d'implication de tous dans le processus de développement local, objectif électoral. Il devance la doléance par la solution. La crise par le dialogue anticipé. Dans nos villes, le maire-président omet, une fois élu, sa qualité de citoyen. Ce citoyen vif observateur, incisif critique à l'égard de ses représentants à qui aussi il déniait cet honneur. Le citoyen qu'il était avait idée sur tous les détails de la ville. Des monuments historiques aux placettes et fontaines publiques. Le maire-président qu'il est n'a d'oeil, hélas, que sur « les grands dossiers », l'orthodoxie budgétaire ou les projets structurants. Pour réussir, la meilleure manière reste celle de pouvoir résister à épouser un autre personnage que le sien. Et faire éterniser la présence de ce citoyen le plus longtemps possible dans la peau du maire-président. Le pire, serait de s'en dissocier. Seul l'administrateur et ceux qui ne sont pas nommés par les urnes auront toute la latitude, obligation de réserve prime, de discerner entre l'un et l'autre. Un wali, en exercice de ses fonctions, doit oublier selon une certaine logique sa qualité de citoyen. Un maire, non. Le premier a été désigné, dépositaire de l'autorité légale de l'Etat eu égard à certains critères; le second dépositaire légal de l'autorité populaire, a été élu pour représenter justement les citoyens. Cette qualité lui interdirait donc tout glissement vers le cercle autoritaire de l'Etat et l'obligerait à se figer davantage dans celui de la citoyenneté. Ainsi, il devra faire du détail, n'importe quel détail local, une importance au même titre que celles inscrites ailleurs comme telles. Osant revêtir un caractère de supercitoyen, accordons-le lui, le maire-président ne sera jamais un haut ou moyen fonctionnaire. Ainsi, il est clair que tous les deux (wali et maire-président) agissent pour le peuple à la grande différence que l'un le fait au nom de l'Etat, l'autre au nom du peuple. Tout maire est censé avoir été un jour un potentiel candidat. Tout candidat est aussi censé avoir été tout le temps un simple citoyen. Le paradoxe dans cette trinité c'est que, citoyen, l'on a idée à voir critiquement les choses dans leur fin détail, du simple nid-de-poule à une lampe grillée. Candidat l'on voit prometteusement ces détails en termes de programme. De la réhabilitation des voies et réseaux divers à la réfection de l'éclairage général. Une fois élu chef de l'exécutif, le citoyen d'avant-hier et le candidat d'hier s'effacent et s'anéantissent par-devant « le responsable » de ce jour. Une réalité fortement amère. La critique citoyenne et la promesse du candidat, laisseront place hélas à autre chose, que l'on qualifiera de « plus important ». Là, le maire-président devient sans le vouloir et malgré lui otage d'un système truffé de normes et de procédures. Il perd toute la vitalité qui l'animait peu avant son investiture. Il se trouve déjà placé ainsi dans une mauvaise posture de future cible que tout citoyen dénigre, espérant à sa façon devenir candidat pour se faire élire maire. Le paradoxe se meut de la sorte en un cercle cycliquement vicieux. C'est en finalité ce « piège », véritable traquenard post-électoral, qui fait dire, postérité en témoigne, que tous les maires se ressemblent. Une distinction notable dans l'envergure intuitu-persona et la poigne personnelle serait cependant à constater entre les uns et les autres. Mais il sera toujours ainsi autant que le « détail » ne puisse accéder au rang de mission permanente et studieuse. Que la gestion participative et citoyenne ne puisse se contenir dans un trait d'union formel ou s'avachir dans un esprit d'autogestion. Avec les clichés sporadiques que l'on se fait de nos présidents d'APC, les trivialités journalières auxquelles ils sont destinés, il ne faudrait peut-être plus stimuler davantage leur élan à aller vers une théorie d'échec leur faisant croire qu'ils sont les faiseurs de bonheur. Le bonheur ne se crée pas au bureau du maire. Il y transite. Pour dire qu'il ne peut provenir qu'à travers les bras et le coeur de ses citoyens quoique passant évidemment par la tête du maire. Aidons-les donc et disons-leur, bonjour Messieurs les Maires !
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