
Les deux groupes algériens de production d'hydrocarbures et d'électricité, y compris les énergies renouvelables, vont recourir aux financements internationaux pour les projets de développement futurs.C'est ce qu'a déclaré ce week-end à Washington en marge des réunions annuelles des institutions de Bretton Woods, le ministre des Finances Abderahmane Benkhalfa. Selon le ministre, Sonatrach et Sonelgaz sont sur une option de mobilisation de financements préférentiels sur le marché international pour la poursuite de leurs projets d'investissement.Prudent, il précise qu'il ne s'agit pas d'un endettement. «Sonatrach et Sonelgaz étudient la possibilité de mobiliser des financements concessionnels et préférentiels à l'international». Le ministre des Finances explique qu'il s'agit «d'un financement spécial ciblant des projets menés avec des partenaires étrangers, et qui sont en mesure de générer leurs propres liquidités une fois mis en exploitation». L'entreprise mixte qui sera créée à cet effet prendra ensuite en charge le remboursement de ce financement qui n'est pas comptabilisé dans l'endettement global du pays, ajoute-t-il avant de préciser que «nous sommes loin de l'endettement classique mais plutôt sur des financements préférentiels, ciblés et adossés à des grands projets rentables». Au passage, il remet sur le tapis sa stratégie financière pour stimuler la croissance. Il dira en effet que cette voie «est salutaire pour l'Algérie qui opte pour un nouveau mode de croissance» axé sur «l'efficience budgétaire, la mobilisation des ressources locales via un recours au marché financier et l'élargissement de l'assiette fiscale qui sera mené sans augmenter les taux d'imposition».Les propos du ministre des Finances viennent quelques semaines après que le ministre de l'Energie Salah Khebri a avancé l'hypothèse des financements externes pour mener les grands projets de Sonatrach et Sonelgaz. M. Khebri avait, fin mars, évoqué un recours probable à l'emprunt à l'extérieur pour le financement des projets de Sonatrach. Il a rassuré que ces emprunts extérieurs, qui seront conclus conformément à la règle des 51/49%, seront avantageux. Les déclarations du ministre des Finances à Washington donnent une tout autre tournure au dossier des financements des projets dans l'amont pétrolier au moins, dans une conjoncture de baisse des recettes pétrolières et du recours à l'endettement interne pour le financement des projets de développement. Même le projet du grand port du centre du pays devrait suivre la même voie, celles des financements externes, probablement avec des partenaires chinois. Il n'empêche que les propos de Benkhalfa contrastent avec les toutes récentes déclarations du P-DG de Sonatarch, A. Mazouzi, qui a estimé que son groupe n'a pas besoin d'aller vers le marché international pour financer ses projets d'exploration d'hydrocarbures. Le 8 mars dernier à Alger, lors de la journée dédiée à Sonatrach de la conférence Afrique du Nord pétrole et gaz (Napec), A. Mazouzi a indiqué que le groupe pétrolier algérien n'aura pas de grosses difficultés pour la mise en ?uvre de son programme de développement 2016-2017. «Nous financerons notre plan de développement sans recours à l'endettement extérieur. Le recours aux financements étrangers évoqué par la tutelle n'est qu'une proposition», a¬ t-¬il expliqué en faisant référence aux déclarations du ministre de l'Energie sur l'éventualité de financements externes des projets de Sonatrach. Cependant, le volume des investissements du groupe pétrolier algérien ont été revus entre-temps à la baisse, passant de 120 milliards de dollars avant 2014 à 80 milliards de dollars aujourd'hui, avec une priorité à l'exploration et la recherche de nouveaux gisements. Avec un réel tassement des recettes pétrolières, un prix du brut à moins de 45 dollars/baril, et un marché financier interne atone, la voie des financements externes avec un partenariat judicieux sur certains segments reste cependant, de l'avis de spécialistes, une option incontournable dans l'état actuel des finances du pays. En fait, l'intervention du ministre des Finances devant les Majors de la finance internationale et des grands banquiers, lors de la ‘'messe'' traditionnelle de printemps du FMI, de la BM et de l'OMC, n'est pas fortuite, mais est perçue comme un appel de l'Algérie pour les grands investisseurs, qu'ils soient des groupes industriels, des banques ou des institutionnels détenant d'importants portefeuilles dans le secteur de l'énergie. Toujours optimiste, Benkhalfa a par ailleurs assuré que «l'Algérie est loin de la détresse économique dans laquelle se trouvent beaucoup de pays impactés par la crise» des prix du brut et a souligné que «le gouvernement était en train de desserrer les contraintes financières sur l'investissement et d'agir sur plusieurs leviers comme l'amélioration de la gouvernance des entreprises publiques et l'encouragement des IDE pour accompagner la sphère de l'activité économique».Sur le dernier rapport du FMI sur les difficultés financières de pays pétroliers, il a indiqué que «cette période mettait sous pression le niveau de liquidités dans les banques», après une décennie de sur-liquidités engendrées par les revenus pétroliers importants. «Les ressources existent mais il faut les mobiliser», a ajouté le ministre qui a souligné à ce titre l'énorme travail qui doit se faire au niveau de la bancarisation de l'économie en Algérie ou l'argent empruntant le circuit informel avoisine les 1.300 milliards de DA selon les estimations de la Banque d'Algérie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mahdi Boukhalfa
Source : www.lequotidien-oran.com