Le propos s'apparente à une passe d'armes à distance. Pour sa premièresortie dans un média français à grande audience, le chef du gouvernement,Abdelaziz Belkhadem, ne s'est pas gêné outre mesure pour répliquer sèchement àNicolas Sarkozy. Alger ne restera pas de marbredevant toute valorisation du passé colonial. C'est, en gros, le sens du messagequ'il a voulu envoyer en direction de Paris à la faveur d'une interview aujournal «Le Monde». Sur le ton de la mise en garde, il a rappelé qu'un remakede l'épisode du 23 février 2005 -loi vantant le «rôle positif» de la colonisation-sera inacceptable. Et ne manquera pas de susciter, à Alger, des réactionscourroucées. Les propos de Belkhadem ont étérecueillis alors que les Français s'apprêtaient à choisir qui de Ségolène Royalou de Nicolas Sarkozy a vocation à siéger à l'Elysée. Le chef du gouvernementsuit-il la joute hexagonale? «On ne peut pas être indifférent à ce qui se passeen France, même si nos relations sont des relations d'Etat à Etat». Les Français sont «libres» demettre en oeuvre les choix et les politiques «qu'ils souhaitent», souligneBelkhadem. Qui avertit aussitôt: «que l'on ne compte pas sur nous pour noustaire dès lors qu'il s'agit de porter un jugement sur une tragédie que nousavons vécue», allusion à la colonisation. «Nous ne pouvons pas rester silencieux». A une remarque de Jean-PierreTuquoi, l'envoyé spécial du «Monde» qui lui rappelait que Sarkozy veut «tournerle dos à la repentance», le SG du FLN a usé d'une réponse sous forme de taclecontre le président de l'UMP. «Il veut aussi réhabiliter l'OAS», accuse-t-ildans une allusion à la teneur d'une lettre adressée par le candidat à uncollectif d'associations de rapatriés. «L'OAS était une organisationcriminelle, une organisation terroriste du même type qu'Al-Qaida aujourd'hui». Dans son évocation de la relationalgéro-française, le chef du gouvernement ne se projette pas dansl'après-Chirac. Pour tout élément de réponse, il assure que l'Algérie souhaite«toujours» la signature d'un traité d'amitié avec la France. A condition,s'empresse-t-il de préciser, que la France officielle se démarque des «crimesde la France coloniale».«La colonisation a été abominable. On ne peut pas secontenter de gestes symboliques pour la condamner. Il faut que ce soit écritnoir sur blanc. Parce qu'un écrit reste», dit-il, le ton exigeant. Belkhademconfirme le constat du «Monde» selon lequel la charge contre la colonisationn'est «plus» au menu du discours officiel algérien. «Il ne sert à rien d'enrajouter», explique-t-il. Pour autant, «nous gardons en mémoire tout ce qui aété dit en France. Nous n'avons rien oublié et, pour nous, on ne peut pasparler d'aspect positif de la colonisation. Prétendre le contraire, c'est diredes insanités». Le devenir du traité d'amitié a été brièvement évoqué lors dela présidentielle française. Après avoir observé que l'amitié n'avait pasbesoin d'être consignée dans un traité, Sarkozy a affirmé qu'il n'y était pasfavorable, dans sa lettre aux rapatriés. Royal n'en a pas soufflé mot, mais sonconseiller spécial, Jack Lang, s'est dit convaincu qu'elle en fera un de seschantiers, une fois installée à l'Elysée. Tout au long de la campagnehexagonale, l'Algérie officielle s'est gardée de tout choix -même allusif-entre les deux prétendants. Elle avait reçu Sarkozy dans les habits de ministrede l'Intérieur - et néanmoins candidat- ainsi que Jack Lang, conseiller spécialde Ségolène Royal. L'un et l'autre avaient été reçus longuement à El-Mouradiapar le Président Abdelaziz Bouteflika. Au plus fort de la période«boumédieniste» et des années Chadli, l'Algérie, sans s'en cacher, avait «voté»socialiste. En 1974, elle avait soutenu -en vain— François Mitterrand contreValéry Giscard d'Estaing. Avant de rééditer une prise de position similairelors de la victoire du «peuple de gauche» en mai 1981. L'alignement d'Alger surle fondateur du PS s'était manifesté également aux présidentielles de 1988 queMitterrand avait disputées à Jacques Chirac. A l'époque, ce choix semblait«couler de source» au regard de la lune de miel entre l'Elysée et El-Mouradia. A la différence de la périodeconflictuelle de Giscard, marquée par un premier tour de vis contrel'immigration, une campagne d'attentats contre les ressortissants algériens etun engagement politique et -un moment- militaire dans le conflit du SaharaOccidental, celle de Mitterrand avait été perçue chaleureusement. Vue d'Alger,la relation bilatérale avait connu, sous Mitterrand, une chaleur sans précédentdepuis la signature des accords d'Evian. Sous les effets d'un ballet de visitescroisées - dont celles de Chadli et de Mitterrand -, le dialogue politiques'était nourri comme jamais auparavant. La coopération avait progressé à unrythme inespéré. Les désaccords - contentieuxgazier et problème des couples mixtes - avaient été réglés. L'immigrationalgérienne avait profité des engagements électoraux de Mitterrand au premierrang desquels l'institution, en 1983, d'une carte de résidence de dix ans.Quant à la perception des problèmes du monde, les deux capitales étaientquasiment sur la même longueur d'ondes. Premier effet lourd de la crisealgérienne, le départ forcé de Chadli et l'interruption du processus électoraln'ont pas été du goût de Mitterrand, qui l'avait fait savoir directement ou parla voix de ses communicants. Le locataire de l'Elysée avaitqualifié, en des termes à peine voilés, le départ de Chadli de coup d'Etat. Iln'en fallait pas plus pour provoquer le courroux d'Alger. Smaïl Hamdani, alorsambassadeur, avait été rappelé momentanément à Alger «pour consultations» selonla formule consacrée des crises diplomatiques. Cas manifestement rare dansl'histoire diplomatique internationale, son successeur, Sid Ahmed Ghozali,avait attendu plusieurs mois avant que l'Elysée ne le programme pour lecérémonial de remise des lettres de créances. Cette succession de faits,ajoutée à un appel de Mitterrand à ses pairs européens pour une conférence surl'Algérie, avaient fini par rompre irrémédiablement le lien algéro-socialiste. En mai 1995, c'est sans surprisequ'Alger avait pris fait et cause pour Chirac dans sa compétition contreJospin. Et c'est, sans surprise, qu'elle avait joué, une nouvelle fois, lacarte du fondateur du RPR contre le chef de file des socialistes.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : L'un De Nos Correspondants A Paris: S Raouf
Source : www.lequotidien-oran.com