Pour la première depuis sa création, l'Agence nationale de développement de l'investissement (ANDI) a rendu public récemment un bilan concernant les projets effectivement réalisés et non pas les intentions d'investissement.
Ainsi et selon l'évaluation de l'Andi pas moins de 25 000 projets d'investissements, dont 360 étrangers ont été réalisés en Algérie entre 2002 et 2010 et ceci pour un montant global de près de 2 000 milliards de DA, soit l'équivalent de 26,5 milliards de dollars. Selon cette enquête menée sur le terrain par l'Agence nationale, les projets réalisés ont généré 226 471 nouveaux emplois directs. Sur l'ensemble des investissements réalisés, 24 655 représentant 98,6% du total des projets et qui ont mobilisé un montant de 1 243 milliards de DA, soit 64% du montant global, ont été le fait d'investisseurs nationaux. Les opérateurs nationaux ont ainsi créé 186 487 nouveaux emplois directs soit 82% de l'ensemble des emplois crées. Concernant les investissements directs étrangers (IDE) l'Agence a recensé 207 projets réalisés avec un montant de 223 milliards de dinars, équivalent à trois milliards de dollars. Les investissements réalisés par les étrangers ont permis la création de plus de 27 000 emplois. Enfin les investissements en partenariat ont été de 153 projets totalisant 483 mds de DA, soit l'équivalent de 6,5 milliards de dollars avec 12 936 emplois créés, toujours selon l'enquête de l'Andi. Mais cette évaluation de l'agence nationale de développement de l'investissement ne nous renseigne pas sur l'impact de l'introduction de la loi des 51-49% sur le flux des investissements directs étrangers depuis 2009. Selon les chiffres d'une autre institution, la Banque d'Algérie, les investissements directs étrangers (IDE) ont été les plus élevés entre 2009 et 2010, soit une année après l'adoption de la loi des 51-49%. Ainsi les données de la Banque d'Algérie nous renseignent que les IDE qui n'étaient que de 1,67 milliards de dollars en 2007 passeront à 2,54 milliards de dollars en 2009 et 3,47 milliards de dollars en 2010. Des chiffres qui réconfortent le gouvernement dans sa politique de défense de la règle des 51- 49%. Faible impact sur l'économie De 2002 à 2010 la Banque d'Algérie évalue de son côté le montant global des investissements directs étrangers à plus de 14,70 milliards de dollars. Un montant largement supérieur aux trois milliards de dollars de l'Andi. Expliquant ce grand écart entre les chiffres de l'Andi et ceux de la Banque d'Algérie, le directeur général de l'Agence nationale de développement de l'investissement dira, dans une déclaration à la presse que « les investissements étrangers comptabilisés dans l'élaboration de ce bilan ne sont pas comparables à ceux de la Banque d'Algérie qui mesure les flux financiers avec le reste du monde». Le même directeur expliquera que son agence, l'Andi comptabilise les financements des investissements d'extension par la mobilisation des dividendes des étrangers installés en Algérie». Ce qu'il faudrait savoir aussi, pour expliquer les montants élevés communiqués par la Banque d'Algérie, c'est que cette dernière comptabilise le flux total annuel des IDE en Algérie, y compris ceux des hydrocarbures, tandis que l'Andi n'évalue que le montant des investissements hors hydrocarbures. Pour revenir aux chiffres de l'Andi, il ressort que les transports occupent la 1ère place en termes de nombre de projets réalisés avec 14 644 réalisations (59%) et un cumul des «investissements de l'ordre de 172 milliards de DA et 33 132 postes de travail créés. Vient ensuite le secteur du BTPH avec 4 796 projets réalisés pour une valeur de 171 mds de DA et 72 355 emplois créés. Au troisième rang se positionne le secteur industriel avec 2 622 projets. Il est classé premier en termes de montant avec 1 205 mds de DA ainsi que par le nombre d'emplois créés avec 81 894 nouveaux postes de travail entre 2002 et 2010. Enfin les services comptabilisent 2 091 projets réalisés pour un montant de 273 mds de DA et 30 233 nouveaux emplois créés. A travers ces chiffres, on est en droit de se questionner sur l'impact de ces investissements sur l'économie nationale de 2002 à 2010 ' A première vue, ce bilan des investissements n'a pas pour autant réduit la facture des importations. Bien au contraire. Ainsi et selon les évaluations annuelles de la Banque d'Algérie, il ressort que la facture des importations de biens (marchandises) a pratiquement explosé entre 2002 et 2010. Ainsi et en 2002, le montant des importations de biens n'était que de 12 milliards de dollars. En 2010 ce montant explose et atteint les 39 milliards de dollars. Même constat pour les importations de services (commerce invisible). Les importations de services sont ainsi passées de 2,48 milliards de dollars en 2002 à près de 11,90 milliards de dollars en 2010. Enfin, la croissance économique de l'Algérie et malgré l'injection de centaine de milliards de dinars d'investissements publics est restée tout de même faible tout au long de cette période. En 2002, la croissance économique du pays a été de 4,7% et elle ne sera que de 3,5% en 2010. Ces données chiffrées nous renseigne sur la fiabilité économique et la rentabilité des investissements hors hydrocarbures engagés de 2002 à 2010. Le recul des secteurs économiques producteurs de richesses Malgré la réalisation, selon l'Andi, de 2 622 projets industriels entre 2002 et 2010, la part du secteur manufacturé ne cesse de baisser dans la formation du produit intérieur brut ces dernières années. En 2002, l'industrie manufacturière (hors hydrocarbures) pesait 7,18% dans la formation du produit intérieur brut (PIB). En 2010 cette part baissera à 5%. Même constat pour l'agriculture. La part du secteur agricole dans la formation du PIB a elle, aussi baissé durant cette période. L'agriculture qui représentait 9,20% du PIB en 2002 verra son poids baissé à 8,4% en 2010. Pourtant et tout au long des huit dernières années l'Etat a injecté des centaines de milliards de dinars pour soutenir l'activité agricole. Donc et malgré cet important soutien de l'Etat, la production du secteur agricole a vu sa part faiblir dans la formation du PIB. Les secteurs agricoles et industriels représentent l'économie réelle productrice de richesses. Et la faiblesse de ces deux activités économiques dans la formation du produit intérieur brut nous renseigne sur la grande dépendance du pays vis-à-vis d'une seule richesse, les hydrocarbures. Les contre-performances de l'industrie nationale et de l'agriculture se sont répercuté négativement sur les recettes des exportations hors hydrocarbures. En 2002 les exportations hors hydrocarbures n'ont été que de 610 millions de dollars. Elles passeront à 970 millions de dollars seulement en 2010. Concernant le tourisme, l'autre parent pauvre de l'économie algérienne, il est relevé le faible niveau d'investissement dans ce secteur. Durant la période citée plus haut, l'activité touristique a connu la réalisation de 160 projets seulement et ce, pour un investissement de l'ordre de 95 milliards de dinars et la création de près de 3 400 postes d'emplois. Malgré le riche potentiel touristique de l'Algérie, les investissements de qualité dans ce secteur restent faibles. A un moment où chez nos voisins marocains et tunisiens le tourisme rapporte plusieurs milliards de dollars annuellement, l'Algérie n'a comptabilisé que des recettes en devises avoisinant 400 millions de dollars en 2011. Par ailleurs, ce bilan de l'Andi nous renseigne sur le poids du secteur privé algérien dans l'investissement. Ainsi et à la lecture du bilan de l'Agence, il ressort que les investisseurs privés ont été à l'origine de 24 745 projets soit un taux de 99% pour un montant de 1 121 mds de DA (58% du montant global) contre 270 projets, soit 1% seulement d'une valeur de 828 mds de DA, réalisés par le secteur public. Mais si le poids du privé est écrasant dans ce bilan, il reste que la fiabilité et l'impact de ce dernier dans l'économie nationale reste faible. Le privé algérien est le plus intéressé par la création d'activités faciles et rapidement rentables à l'exemple du transport et du commerce que d'investir dans la production de richesses. Revoir la politique actuelle de soutien à l'investissement Ces dernières années et parmi les secteurs bénéficiaires des plus grands investissements de l'Etat figure celui des transports. Des centaines de milliards de dinars ont été injectés pour moderniser et étendre le réseau ferroviaire national. Trois projets de tramway sont en cours de réalisation à Alger, Oran et Constantine, tandis que pas moins d'une dizaine d'autres villes du pays bénéficieront dans un proche avenir de ce mode de transport. La première ligne du métro d'Alger est fonctionnelle depuis le début du mois de novembre de l'année écoulée, tandis qu'une quarantaine d'entreprises de transport public urbain ont été lancées à travers les différents chefs-lieux de wilayas du pays ces derniers mois. Difficile de comprendre la stratégie de l'Etat dans le secteur des transports quand le bilan de l'Andi nous apprend que pas moins de 60% des investissements qui ont bénéficié du soutien de l'Etat relève de l'activité des transports. En raison du niveau très élevé de l'engagement de l'Etat dans le secteur des transports, il est irrationnel de faire bénéficier les investisseurs privés dans cette activité des avantages de l'Andi. Concrètement et à la lecture des données chiffrées concernant l'impact du bilan de l'Andi sur l'économie algérienne entre 2002 et 2010, le gouvernement est appelé à revoir sa politique de soutien à l'investissement. Les mesures de soutien doivent être orientées vers les activités productrices de richesses. Un opérateur algérien ou étranger qui veut investir dans un projet dont les produits, en bien ou en services, sont destinés à l'exportation doit bénéficier d'avantages plus encourageants par rapport à celui dont les produits sont destinés au seul marché national. Il en est de même pour l'opérateur qui décide d'investir dans les régions des Hauts et du Grand sud par rapport à celui qui s'intéresse aux seuls régions du littoral. Selon le bilan de l'Andi et sur les 25 000 projets d'investissement réalisés entre
2002 et 2010, seulement 102 l'ont été dans le grand Sud. Ce qui est inconcevable en rapport avec le colossal effort fait par l'Etat pour améliorer les infrastructures de base et autres équipements publics dans les régions de l'extrême sud du pays. Il y a lieu aussi de souligner que l'Etat doit revoir la règle des 51-49% quand un investissement étranger veut s'implanter en Algérie pour produire des biens et des services destinés à l'exportation et soutenir par un transfert de technologie. En économie, le dogmatisme n'a plus sa place et seul l'intérêt du pays prime..
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Réda C
Source : www.lnr-dz.com