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Banques-entreprises : le grand malentendu



Il arrive fréquemment que banques et entreprises ne se comprennent pas. Mais pourquoi en est-il ainsi ' La question a été abordée au cours d'une conférence-débat sur le thème "La modernisation et le développement du secteur bancaire" qu'a organisée hier à Alger le Care (Cercle d'action et de réflexion autour de l'entreprise).Dans une communication qu'il a présentée à cette occasion, Rachid Sekak, ancien DG de HSBC Algérie, a souligné que les chargés des clients au niveau des banques "ne connaissent pas le mode de fonctionnement des entreprises" et les "contraintes" que celles-ci rencontrent, relevant la "faiblesse" des crédits qui leur sont alloués.
Il a ajouté qu'il existe un climat de "défiance" entre les entreprises et les banques et que ces dernières ont "peur du risque". Rachid Sekak a expliqué également que les dossiers financiers révèlent une "sous-capitalisation" de l'entreprise et des "gestions financières opaques". À cela, a-t-il poursuivi, s'ajoutent des "problèmes de gouvernance", un business plan "peu crédible" et des dossiers de crédit mal préparés.
L'expert a, par ailleurs, noté que les exigences en garanties formulées par les banques "sont trop élevées". En résumé, banques et opérateurs économiques se heurtent à des incompréhensions mutuelles. Cela se répercute négativement sur le développement et des banques et des entreprises. Rachid Sekak a, du reste, estimé que le rapport des banques envers l'entrepreneur et la configuration actuelle des banques ont fait que le "pays n'a pas réussi à dégager une croissance à deux chiffres".
Combien de temps cela va-t-il encore durer ' L'expert prédit une "dégradation de la qualité des portefeuilles" des banques. En 2017, les créances non performantes ont grimpé à "12,3%", a-t-il révélé. Tempérant cependant sa critique, il fera remarquer qu'il y a "amélioration du dispositif de supervision et du cadre macro-prudentiel (RS)".
Présent à cette rencontre, Mohamed Nazim Bessaïh, vice-président de la commission banque-ICC Algérie et directeur du Réseau des Centres d'affaires/Corporate de Société Générale Algérie, s'est attardé, lui, sur l'évolution des PME et sur la nécessité, pour les banques, de trouver de "nouvelles sources de ressources" et des "relais de croissances". Mohamed Nazim Bessaïh a avancé que la population globale de la PME est composée à plus "97%" de TPE (moins de 10 salariés), suivie de la petite entreprise (2,57%) et de la moyenne entreprise (0,31%).
De son point de vue, le secteur des PME reste "bon sur le plan quantitatif" mais "faible sur le plan qualitatif". Et de rappeler que l'objectif d'un million de PME a été atteint fin 2017. Cela constitue, a-il dit, un "gisement de croissance", notamment en cette phase de transformation du modèle économique, et les banques devraient en tirer profit. Et d'ajouter que les relais de croissance sont dans le secteur agricole, dans le pétrole et le gaz, dans l'industrie manufacturière ainsi que dans les services.
Mohamed Nazim Bessaïh a relevé que l'évolution des parts de marché des banques privées dans le secteur économique privé est tributaire du "développement de l'écosystème" et qu'il y a une "forte dépendance de l'économie étatique et de la commande publique", notamment. Aussi a-t-il proposé de mettre en place un "écosystème favorable" au développement des financements via le marché et des "solutions technologiques" pour améliorer la négociabilité et la liquidité du marché.
L'expert a expliqué, en référence à ce qui se fait ailleurs, que, pour ce qui est des PME, le financement relève, dans de nombreux pays, du "rachat" et de la "vente de créances et d'affacturage" (gestion des comptes clients d'une entreprise par un organisme extérieur spécialiste du recouvrement et du contentieux). Ces solutions, a-t-il noté, permettront d'accompagner le développement des PME malgré la faiblesse des niveaux de fonds propres avec des solutions déconsolidantes.

Youcef Salami
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