L'humanité a pu, à travers les âges, connaitre et apprécier à leur juste
valeur, les aléas que lui a toujours réservée la vie sur terre, expérience
millénaire oblige!
Ainsi donc, les hommes, qui ont eu à souffrir et même à disparaître par
clans entiers, suite à des épidémies, à des périodes de disette et à d'autres
situations ardues, ont du apprendre à prévoir, à calculer, à entrevoir …. C'est
ainsi qu'en prévision des années de famine pendant lesquelles les champs
brandissent cruellement leur stérilité, une réserve stratégique des céréales
est née. Dans la continuité, d'autres ressources identifiées par les nations et
les peuples comme étant potentiellement stratégiques, ont fait l'objet d'un
«stockage», tel que les hydrocarbures, les médicaments, l'eau…. Il y'a donc pour
chaque matière vitale une réserve stratégique dont le rôle est, simplement
parlant, d'assurer la pérennité de cette matière et de pouvoir la mettre à la
disposition de la société, dans les moments ou celle ci en manquer.
Il y'a une autre ressource, non moins importante que celles citées plus
haut, considérée à juste titre par les pays développés comme exceptionnellement
fondamentale, et dont je voudrai faire part à mes concitoyens, dans ce présent
modeste article. Il s'agit en fait d'une ressource très particulière, de par
son entité même, ainsi que de par le fait qu'elle soit inhérente à un
patrimoine potentiellement menacé: c'est le patrimoine microbien!.
La préservation de ce patrimoine biologique dans toute sa biodiversité
doit constituer pour l'Algérie un objectif prioritaire eu égard à la menace de
sa disparition d'une part et d'autre part à cause de cet inextricable phénomène
de globalisation qui frappe aux portes de tous les étendards des nations,
mettant à genoux tous les peuples démunis du monde. Pour en revenir aux
réserves stratégiques et leur finalités, il faut savoir que pour constituer un
«Stock» d'une «Matière» donnée, il faut qu'il y'ait d'abord pour cette matière
une «Banque» spéciale: C'est le silo pour le blé, les barrages pour l'eau…
Dans ce même état d'esprit, pour être instituée, une réserve stratégique
de microorganismes (bactéries, levure, champignons microscopiques, etc.) doit
obéir à un schéma structurel et organisationnel des plus spécifiques, car on ne
stocke pas de la matière vivante comme on stocke des barils de pétrole, des
liasses de billets de banque ou autres…. Et la gestion de ce type de banque
requiert inévitablement un savoir faire scientifique.
En effet, c'est d'une véritable besogne de fourmis dont il s'agit car
pour garantir la pérennité des souches, la multiplication des lieux de stockage
s'impose: du «Contrefort» intouchable à la banque de travail en passant par la
banque de secours et la banque ressource!
Ainsi donc, c'est à partir d'un statut de simple collection à celui de
centre de ressources que des équipes de recherche chevronnées, auraient à
adopter des proc»dures complexes de conditionnement, de stockage et de
traçabilité.
L'ALGERIE qui a les atouts pour entreprendre et ressaisir une telle
besogne doit pouvoir actionner les leviers nécessaires afin de constituer,
d'ores et déjà, une collection nationale placée sous l'égide d'un bureau des
ressources génétiques. C'est ainsi qu'en plus de l'objectif de conservation de
la ressource, s'articule un autre objectif sous jacent; c'est le soutien à la
recherche fondamentale surtout dans le domaine des biotechnologies. Ces banques
en question auraient à recevoir toute demande de dépôt de certificat d'auteur
d'invention concernant une souche de microorganismes. Elles mettraient en dépôt
les microorganismes cités ci-dessus qui fourniraient des échantillons en vue de
leur exploitation scientifique ou industrielle. En effet elles constitueraient une
voie obligatoire de souscription pour les laboratoires Algériens qui seraient
obligés d'y déclarer les souches utilisées dans le cadre de leurs activités de
coopération internationale. De cette manière les souches identifiées et
déclarées par les banques précitées réduiraient les incohérences dues à
l'utilisation frauduleuse des souches autochtones par les industriels et autres
structures étrangères. De cette manière les brevets et les droits d'auteur
Algériens seraient juridiquement préservés avec des retombées économiques très
fructueuses pour le pays. Enfin les jeunes diplômés seront encouragés à verser
dans ce créneau de recherche tout en créant une multitude de petites
entreprises de biotechnologie.
Maitre de conférences Institut de Microbiologie Centre Universitaire de
Khenchela
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdelhak Darbouche
Source : www.lequotidien-oran.com