
En décidant de creuser des tranchées au niveau du tracé frontalier pour lutter contre le trafic entre les deux pays, les pouvoirs publics algériens se sont attiré les foudres d'une catégorie d'Algériens, les contrebandiers (ce qui est compréhensible) mais aussi les terriens, mais pas pour les mêmes raisons.Les agriculteurs de la tribu des Ouled Mellouk (notamment les familles Mezouar, Bouhassoun et autres') dont les terres sont sur ledit tracé, crient au scandale. «Autant nous avons été contents que les autorités algériennes aient décidé d'empêcher les trafiquants en tous genres de saigner davantage notre économie, autant nous sommes en colère contre ces mêmes autorités qui ont creusé des tranchées, en sacrifiant des centaines de nos oliviers et en laissant une grande partie de nos terres aux Marocains, qui n'en demandaient pas plus'», déclare Ahmed Belkheir, président d'un comité de quartier et au fait des conflits entre les fellahs algériens et marocains. Pour comprendre cette situation, il faut se déplacer sur les lieux.
En effet, ces fameuses tranchées n'ont pas été creusées précisément sur le tracé frontalier mais bien avant la frontière proprement dite. «Inexplicablement, en procédant de la sorte, nos responsables ont cédé plus de 100 mètres de nos propriétés aux Marocains. Ceux-là se frottent les mains. La preuve, ils se sont rapidement attelés à travailler des terres qui nous appartiennent de père en fils'», explique, médusé, Rachid Bouhassoun, agriculteur. «C'est comme si on avait dit aux Marocains, voilà maintenant, nous avons tracé officiellement les frontières. Imaginez qu'avec ces tranchées, on n'a pas le droit de circuler sur notre propre territoire», renchérit ce dernier. Il y a cinq ans, des militaires chérifiens avaient ramené des engins pour construire une route sur les mêmes lieux, à dessein de permettre à leurs agriculteurs d'exploiter les terres.
Des fellahs, dont Bouhassoun, Mezouar, Belkheir, s'y étaient fermement opposés, obligeant nos autorités de la wilaya de Tlemcen de réagir et d'arrêter les militaires de l'autre rive de continuer leur politique «expansionniste». 24 heures plus tard, des experts fonciers sont arrivés d'Alger pour constater de visu le litige, procéder à un lever topographique et rassurer les riverains algériens. Plusieurs années après cette visite, non seulement on n'est plus rassurés, mais nos terres ont été «offertes» aux Marocains.
Aujourd'hui, nous ne savons quoi faire'», gronde M. Bouhassoun. Il faut noter que sur les lieux, sur le territoire algérien, des gardes frontières nous ont empêchés de bouger et de prendre des photos, nous condamnant à rester plus de deux heures sous un olivier, encadrés par quatre gendarmes armés. «Ce sont les ordres !», nous a intimé un gradé. Pourtant, on avait bien laissé nos cartes d'identité au niveau d'un premier poste militaire, puis notre carte professionnelle sur un deuxième. Devant notre obstination à vouloir n'accomplir que notre mission de journaliste, nos soldats nous ont, en fin de compte, autorisés à ne pas nous approcher des tranchées, de ne pas prendre de photos et de ne parler que d'agriculture sans faire allusion au conflit avec les Marocains. Drôle d'attitude !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Chahredine Berriah
Source : www.elwatan.com