A la différence des autres tenants du jeune roman arabophone, Bachir Mefti ne pense pas qu?on puisse se débarrasser si facilement du temps, soit en brouillant les modes, soit en le remplaçant par un temps immobile. Pour lui, le temps ne possède pas une simple valeur de contenant : il tient aux fibres mêmes de notre être qui se manifeste, bien entendu, à travers lui, dans un rapport dialectique dont l?autre terme serait la manifestation du temps à travers nous. En dehors du « temps », Bachir Mefti suggère l?existence d?un « sous-monde », doué d?une vie grouillante et frénétique, qui serait le vrai monde des rapports humains. Il forme le tissu du roman, de même que, la parole ayant été donnée à l?homme pour déguiser sa pensée, il existe sous la surface de la communication une « sous-conversation » (gestes qui contredisent la parole, silences, sous-entendus, inflexions, attitudes du corps, expressions du visage), qui constitue la vraie communication. Loin de s?en tenir aux apparences, c?est au contraire ces apparences qu?il faut percer et dont il faut montrer la vraie signification, révéler les lignes de force. Par cette analyse, Bachir Mefti atteint aux sources d?une vie élémentaire mais complexe d?où naissent les formes du sentiment, les efflorescences de la psychologie de ses personnages, notamment dans ses romans : L?archipel des mouches et Les arbres de l?apocalypse(1). Dans ces deux romans, l?auteur montre que non seulement les hommes ne se gouvernent pas selon la raison ou leurs principes, mais ils ne sont même pas parvenus à conquérir leur individualité. Ce qui l?intéresse, c?est le tissu commun de leur existence, les rapports grossiers (d?adaptation, d?agressivité, de défense), ou subtils et inexprimables, qu?ils entretiennent entre eux et avec le monde. La gamme de ces rapports est aussi étendue et aussi diversifiée que la gamme des situations humaines où ils s?exercent. Dans L?archipel des mouches, le plus brillant des livres de l?auteur, ce « sous-monde » se laisse mieux voir sous ses aspects métaphoriques, en même temps que les individus y sont plus visibles. Chacune des individualités du roman se meut, autonome et fermée, à l?intérieur d?un système où elles s?attirent, se heurtent, se repoussent, le plus souvent avec une grande violence. Dans son autre bon roman Les arbres de l?apocalypse, l?auteur montre que les jugements de ses personnages, qui paraissaient les mieux fondés, sont sujets à toutes les variations. Les mots mêmes ne sont pas sûrs. Le doute s?attaque aux vrais caractères de la réalité. (1) Editions Barzakh, Alger
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Djilali Khellas
Source : www.elwatan.com