L'économie politique est une construction moderne. Elle n'apparaît qu'au XVIIe siècle. La réussite des sciences économiques d'aujourd'hui (qui l'ont supplantée) est incontestable bien en deçà des espoirs des pionniers (Mandeville, Turgot, Smith; pour renvoyer respectivement aux Lumières anglaises, françaises et écossaises). Et, bien que l'évolution vers l'unité de la discipline ait été compliquée par les exigences d'une mathématisation salutaire des outils et des questionnements (loin cependant de la recherche fondamentale des laboratoires de sciences exactes où le calcul propositionnel prête main-forte aux élaborations non-probabilistes des dynamiques non-linéaires - utiles aux approches des physiciens et astrophysiciens), les économistes sont bien obligés de donner des noms à ce qu'ils décrivent - alors que ce qu'ils nomment , ces « choses économiques » ne sont pas identiques.
Il en va ainsi par exemple des catégories empiriques «banque» (centrale ou primaire), «marché» (marchandises, travail, capitaux). Ou encore de «taux de change» (du dollar, de l'euro - et du dinar algérien quand on «blasphème»).
L'assertion: «le taux de change du dinar sur le marché ou à la banque» (BEA ou Banque d'Algérie, par exemple), cette simple assertion est stricto sensu: un non-sens économique pour l'économiste orthodoxe (du domaine-spécialité monnaie, banques et finance). Le taux de change de l'euro, du yen ou du dollar: nous savons ce que c'est ! Car l'euro, le yen ou le dollar sont librement convertibles... partout dans le monde. Mais prenons nos dinars et allons n'importe où, par exemple en Amérique latine si anti-impérialiste: personne ne ?'comprendra' ce que sont ces «papiers» dans vos mains, et personne ne vous les échangera contre la monnaie locale. Même à Cuba, chez les Castro !
Ainsi cette toponymie des «choses»(1) - ici, économiques - est une construction humaine toute relative. Pourquoi en effet classer comme «devises» (ou monnaies internationales) l'ensemble des monnaies (nationales comme le yen ou le dollar ou supranationales comme l'euro), comptes courants bancaires (nationaux ou supranationaux) et autres placements (nationaux, supranationaux et internationaux, ceux-là !) situés dans l'hémisphère Nord (y compris Japon où ne pas travailler est la pire dégradation humaine... même pour un retraité !) ? Cette «discrimination» est donc chargée d'histoire, d'épaisseur historique lourde. Tout autant que l'est la discipline.
Mais elle est aussi pleine de motivations humaines... inavouées, inavouables. Bref, les «fondamentalistes des marchés» (pour citer Inacio Lula da Silva, le président brésilien), que l'actualité de la tourmente qui sévit sur le système financier international ces dernières semaines est venue solennellement démentir, continuent à s'imposer. Très naturellement chez nous comme: le sujet numéro un de nos débats (2). Sans chercher à bannir (3) le stéréotype du Dinar «musulman» (donc arriérée), et s'il faut souligner la nécessaire appartenance de l'Algérie aux règles et lois de l'économie de marché, l'on ne doit certainement pas faire siens les recommandations (et études, évaluations et méthodologies qui leur servent de soubassement) et le langage de leurs législateurs: FMI, Banque mondiale et OMC.
Les différentes «sémantiques et sémiologies» des économistes sont elles aussi davantage des constructions institutionnelles historiques que des entités analytiques atemporelles.
Nous ne pouvons en faire le Livre des livres, l'Archétype du Livre de la discipline. Pourtant beaucoup de nos collègues, une fois perchés là-haut, en parlent comme s'ils détenaient la «vérité» juste, car dite valide et scientifique, correcte et experte (à 3800 euros homme/jour; comme l'ont été rémunérés nos anciens étudiants de Paris recrutés par une agence londonienne de notation - et aussi de conseil et d'audit - rencontrés incidemment à Alger - et l'on nous demande, à nous, de publier gratuitement... dans notre domaine... puisque nous aurions tellement de choses à dire !).
Qu'aujourd'hui, partout dans le monde, l'on cherche de nouvelles règles. Et, incidemment, des sanctions et des responsables de la déroute dans laquelle se trouve le système monétaire et financier international. Le discours des «fondamentalistes du taux de change réel effectif» - d'équilibre : dans leur imagination; de long terme : dans les arrangements statistiques et économétriques (où les matrices de stock du capital, des prix... doivent «se comporter correctement» - pour réciter Joan Robinson - afin que soit déduit des PIB potentiels algériens; mais qu'est-ce au fait ?) -, ce discours-là mérite quelques explications.
Et ce n'est pas, comme au dernier lundi (22 septembre 2008) à Alger, en choisissant une petite enceinte où tous les journalistes ne pouvaient être reçus que les «choses» s'amélioreront... dans notre beau pays.
Le Quotidien d'Oran, premier journal francophone, n'a pas été... sollicité, dit-on.
Désiré, assurément. Faute de place ? dit-on. Faute de réponses claires de la part du premier responsable. Assurément.
* Economiste
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Fouad Hakiki *
Source : www.lequotidien-oran.com