La caméra de Souheila nous fera partager des moments sensibles volés aux Cairotes lesquels entreront incontournablement dans l'histoire.
Après avoir été projeté la semaine dernière sur la chaîne égyptienne On TV, le film documentaire Bonjour Le Caire conçu par la réalisatrice et journaliste algérienne Souheila Battou, vient enfin d'être présenté en avant-première cette semaine à Alger.
Un film documentaire de 50 mn réalisé en janvier 2011, au coeur de la révolution arabe, succédant à la chute du régime de Ben Ali. D'ailleurs, c'est le printemps du Jasmin qui devait être au départ le sujet du film avant de bifurquer vers l'Egypte, suite à la précipitation des événements là-bas. «J'ai vu une image d'une vidéo, celle d'un jeune qui défiait un camion d'eau, soudainement j'ai compris, qu'il ne fallait pas trop tarder, j'ai senti le besoin, à cet instant précis, d'aller en Egypte, celle-ci était prête à affronter son destin. Je suis arrivée le 27 et le 28, c'est tout le peuple égyptien qui s'était soulevé», a confié la réalisatrice vraisemblablement bien émue lors du débat.
Alors, munie de sa caméra et de son portable qu'elle rechargeait dès qu'un des deux venait à lâcher, la réalisatrice part tourner là-bas en mettant sa vie en danger. L'histoire en marche s'écrivait désormais sous ses yeux. Car il y a des instants où l'on ne doit pas trop se poser des questions mais foncer. Aussi Souheila avait un trait d'avance sur les Egyptiens, les images bouleversantes qui ont hanté et continuent de hanter son esprit depuis 1988 à celles et surtout de la tragédie nationale des années 1990. «Je savais que je vivais un moment historique, tout en ayant de la distance pour en parler...
La mémoire et la peur sont des sujets qui m'ont toujours interpellée», dira-t-elle. Aussi, Souheila va sillonner le Caire durant toute cette tempête, ce vent de liberté qui soufflait, tel un désir ardent de changement non sans risque et de sacrifice pris par son peuple.
De El Adjouza, à Miser El kadima, au Zamalek, pour enfin arriver à la place El Tahrir, il lui faudra beaucoup de courage, de la malice pour se frayer un chemin, soit à l'abri dans un taxi, ou à pied, rencontrant sur son passage différents profils de la société égyptienne, hommes et femmes confondus, venant d'un peu partout pour crier leur révolte à l'unisson et dire «stop» à la dictature de Moubarak.
La caméra de Souheila volera ainsi aux Cairotes des instants d'éternité qui entreront dans l'Histoire, puisqu'ils pourront servir plus tard comme matière d'archives incontournables. Souheila avait commencé par filmer la révolution en Tunisie, puis s'est rendue en Egypte...
De par sa relation privilégiée avec ce pays où elle a vécu pendant des années, elle décidera de travailler sur cette oeuvre qui se trouve être, également, sa première réalisation documentaire du genre, non sans perdre de vue son premier travail entamé en Tunisie, avec le concours de la journaliste algérienne Farida Aït Kaci résidant alors en Tu-nisie. Bonjour Le Caire constitue d'ailleurs la première phase d'une trilogie laquelle suivra par un autre documentaire incessamment sur la révolution du Jasmin intitulé El Bidaya et un troisième qui fera le parallèle entre la Tunisie et l'Egypte. Un an après, Bonjour Le Caire transpire le trop-plein de sentiments mitigés que vivait l'Egypte à la veille du départ du président déchu Hosni Moubarak.
Comme dans le bouleversant film Le Chaos de Youssef Chahine, les Cairotes crient leur mal-être, leur ras-le-bol mais leur espoir d'une meilleure vie et de bien-être aussi, témoignant à chaud de ce qu'ils vivaient. Souheila filme un peuple en expectative où tout est remis entre les mains de Dieu et de ses hommes... mais avec comme principale mission, de changer les choses!
Bonjour Le Caire est un film délicat, impressionnant, prégnant et poignant, qui montre des images de catastrophe, de guerre, une population qui fait face à l'armée, à la police, qui s'entre-tue, laissée-pour-compte, blessée dans son âme, sa dignité et sa chair mais déterminée à aller jusqu'au bout de sa lutte. «Je n'ai pas montré le sang, c'était un choix esthétique», souligne la réalisatrice.
Et de confier la gorge nouée: «Les années 1990 m'ont marquée, j'ai l'impression d'avoir raté quelque chose... en Egypte j'ai retrouvé cette même tension vécue jadis à Alger. Les gens ne s'aimaient plus. Qu'on le veuille ou non, l'Egypte est une grande civilisation qui peut fléchir par moments mais ne se rendra jamais.. Je crois en la détermination sans faille des Egyptiens et en leur foi. Pendant des années on parlait des Frères musulmans et bien qu'on voit ce qu'ils ont à nous proposer sur le terrain, l'avenir nous le dira...»
Des images brutes, de gens simples, lettrés ou pas, femmes et hommes, jeunes et moins jeunes priant dans la rue ou courant dans la rue, jeune rebelle, décidé à camper dans la rue s'il le faut, Bonjour Le Caire, transpire le vécu immédiat, le sensible à fleur de peau, un an après, ces images crues et vraies rappellent encore plus que la lutte doit continuer et qu'il ne faut pas abdiquer devant les forces du mal mais bien persévérer, car tôt ou tard la paix reviendra. Les grandes victoires, le changement et le progrès n'aboutissent souvent que grâce à des idées folles.
Amoureuse de l'Egypte mais aussi de liberté, comme tout Algérien portant en lui la notion d'engagement pour son pays, Souheila Battou a conscience, en effet, qu'elle fait un métier à risque «à pile ou face», dit-elle, mais sait aussi que faire son rôle est une tâche ardue à prendre au sérieux, car le plus important est de pouvoir faire avancer les choses.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O HIND
Source : www.lexpressiondz.com