Alger - A la une

ATTITUDES Fanfaronnade



naiyach@yahoo.fr
Avec son nez pincé, son visage émacié, sa voix fluette, ses gestes maniérés, Amina avait tous les ingrédients pour épater son petit monde. Invitée à une cérémonie de mariage, une réunion familiale ou tout simplement pour une visite de courtoisie, elle s'arrange toujours pour arriver la dernière et faire son entrée triomphale, suscitant l'admiration de tous.
Elle jouissait de voir les yeux exorbités de l'assistance rivés sur son nouveau tailleur, sa nouvelle couleur de cheveux, sa coupe relookée ou son nouveau rang de perles. A 55 ans, elle a préservé sa taille de guêpe qui fait toute sa fierté. Elle entendait ses belles-sœurs parler sous cape de sa silhouette, qu'elles enviaient, elles qui supportaient mal leur embonpoint. Elle choisit la meilleure place, de façon à dominer les convives, elle ôtera délicatement son écharpe qu'elle posera soigneusement près d'elle, croisera ses jambes pour laisser paraître ses jambes fines et sa nouvelle paire de chaussures noires vernies ; et tiendra le crachoir. Elle parlera du mariage de son neveu qui s'est déroulé dans une somptueuse salle des fêtes dans l'un des meilleurs hôtels de la capitale, que la mariée est arrivée dans une limousine blanche, que les gâteaux étaient un délice, commandés chez la plus grande pâtissière d'Alger pour ne pas dire du pays. Elle s'étalera ensuite sur le trousseau de son futur petit-fils qu'elle est en train de préparer. Elle est outrée de ne pas trouver grand-chose «que de la contrefaçon, j'ai dû commander toute la layette, crèmes et shampooings de l'étranger» ! Elle discourra ensuite de la semoule qu'elle a fait griller pendant tout un après-midi au four, parce que c'est la meilleure manière d'avoir une tommina dorée et croustillante, de la chambre de bébé qu'on a peinte «d'un bleu pastel, c'est un designer qui a conçu toute la déco, il prend cher mais c'est un pro. Il a fait ses études à l'étranger». L'assistance, la connaissant, commence à se lasser de ses discours qui n'intéressent plus personne, de son snobisme à deux sous. C'est le moment de servir le café. Amina, après avoir goûté la première gorgée de son café noir, le rendra avec un sourire jaune, elle se confond en excuses : «Je suis désolée, mon café je le prends très chaud, merci de m'en resservir un autre.» On lui offrira un autre pour faire bonne figure, accompagné d'un makrout au miel, elle réclamera une petite fourchette : «J'ai horreur de toucher le miel avec mes doigts.» On cèdera à ses caprices, sachant pertinemment que Amina, chez elle, à l'abri de ceux qui la regardent, mange son makrout avec ses doigts en les léchant goulûment, que la fourchette et le couteau n'existent pas pour elle quand elle dresse sa table, et que sa nourriture, elle la mange avec ses doigts. Aujourd'hui, Amina n'épate plus personne, sauf elle peut-être !
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