Alger - A la une

ATTITUDES



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Au volant de son taxi, Amine, la trentaine, converse avec son client. Il est très contrarié par les encombrements qu'il doit subir toute la journée. Son passager prend son air le plus sérieux et comme s'il avait trouvé le fil à couper le beurre, il explique :
- Tu vois, à 18h, les bouchons diminuent parce que tout simplement les gens travaillent à Alger mais habitent à Blida, Boumerdès, Médéa, ou encore Tizi-Ouzou.
- C'est vrai, tu as raison. Alger déborde la journée, et comme par enchantement, après les heures de pointe, la ville se vide.
La conversation est interrompue par une remarque désobligeante proférée par notre chauffeur de taxi à l'endroit d'une conductrice qui n'a pas passé sa première à temps. Et les langues se délient.
- Mais c'est une calamité, on se demande comment elle a fait pour avoir son permis de conduire ! Encore une plouc qui nous vient de Chlef ou de Berrouaghia.
- Et oui, ils nous ont envahis, ces campagnards, renchérit le client.
- A ce propos, je vais te raconter ce qui m'est arrivé ce matin. J'ai accompagné une étudiante à la fac de Bouzaréah. Déjà, à la manière dont elle a claqué la portière, j'ai tout de suite compris le topo. Quant à sa tenue vestimentaire, je préfère ne pas en parler. Une plouc, comme tu dis, qui veut paraître Algéroise. Et quand elle a commencé à parler au téléphone, je n'ai eu aucun doute. Elle a glissé de sa montagne et a atterri chez nous : un désastre ! - Je te crois mon ami, avec eux, nous n'avons plus notre place, nous les Algérois.
Notre chauffeur s'enflamme :
- Ils ont tout pris. Ils ont construit des baraques, et ils ont eu leur logement, ils ont constitué leur dossier Ansej, et ils ont eu leur commerce, et nous, les vrais Algérois, nous n'avons eu que dalle. Alger appartient aux Algérois. Ils n'ont qu'à rester dans leur bled, travailler leurs terres. C'est leur faute si les prix des fruits et légumes ont flambé.
Son interlocuteur, en «grand» analyste et «spécialiste» des faits sociaux, explique :
- Mais mon ami, il faut aussi chercher pourquoi ils ont fui leurs régions. On ne leur a rien offert là -bas, ni logements décents ni emplois.
Il y a ceux qui habitent dans des villages isolés où il n'y a ni eau, ni gaz, ni électricité, les écoles sont à des kilomètres de leurs habitations, peut-être que nous, si nous étions à leur place, nous en ferions autant. En fait, ce que je veux dire c'est que ce n'est pas leur faute, c'est celle de nos gouvernants.
- Moi, je ne peux pas comprendre. Il y a ici à Alger des jeunes qui n'arrivent pas à se marier car ils sont entassés dans des F3 qui datent de l'ère coloniale, et ils n'ont pas eu leur logement. Je dis que chacun doit rester sur les terres de ses ancêtres.
De plus, ils sont à Alger, et chez eux dans leur campagne : une résidence dans la capitale, et une autre dans leur bourg pour y passer des vacances. Je trouve cela injuste.
- C'est peut-être nous qui sommes égoïstes, car tout compte fait, ce sont des Algériens, pas des étrangers, et l'Algérie tout entière, y compris Alger, appartient à tout le monde.
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