Alger - A la une

ATTITUDES



ATTITUDES
[email protected]/* */Quand on lui demandait la cause du décès de sa mère qui venait de boucler ses 80 ans, il demeurait perplexe. L'étonnement était unanime. «C'était une femme robuste, qui ne souffrait d'aucune maladie. Elle aimait la vie, une vraie pince-sans-rire. Je lui ai rendu visite il y a à peine une semaine, lorsqu'elle est arrivée. Elle avait la pêche. Elle a préparé elle-même le café et des bradj. Nous avons papoté et je l'ai laissée dans toute sa forme», témoignait la voisine de palier. Tous ceux qui ont connu Hadda enviaient sa robustesse. Et on jurait par tous les dieux qu'elle enterrerait tous les vieux et qu'elle vivrait plus de cent ans. Et pourtant, elle s'est éteinte sans crier gare, par une belle journée de printemps, et de la façon la plus inattendue.Hadda était une femme autonome. Laver son linge, ranger, dépoussiérer, astiquer, et surtout mijoter les bons petits mets à son fils étaient pour elle de la rigolade. Et lorsque de ouled-djellal, elle se rendait à Alger chez son fils, elle s'en donnait à cœur joie.Le disait souvent, en se confiant à la voisine d'en face devenue son amie : «Enfin je vais gâter mon pauvre enfant de ces bons plats de notre terroir, sa Russe de femme n'y connaît rien, et d'ailleurs elle n'a jamais voulu apprendre. Maintenant c'est moi la maîtresse de maison. Je profite qu'elle soit partie dans son pays. En général elle et moi, on ne se voit pas souvent. Et puis peu importe, ce qui compte pour moi, c'est mon fils.»En ce beau jour printanier, elle s'est levée à l'aube. Elle avait décidé la veille de préparer une bonne chekhchoukha accompagnée de beaux morceaux de viande de mouton qu'elle avait ramenés avec elle ; une viande tendre, réputée pour sa saveur. à cette occasion, elle avait convié sa fille établie elle aussi à Alger, ainsi que ses enfants. Elle voulait les réunir comme au bon vieux temps.Une table royale était dressée, au centre de laquelle régnait une grande djefna en bois, remplie d'une pâte feuilletée, fine et dorée, grossièrement émiettée, arrosée d'une sauce rouge, le tout agrémenté de légumes de saison et de gros morceaux de viande. Les convives se régalèrent, et la soirée s'est poursuivie dans une ambiance festive, autour d'un bon thé biskri. Hadda n'avait jamais était aussi joyeuse.Les bons souvenirs ont été déterrés et ses éclats de rire résonnaient dans toute la maisonnée. Elle riait à gorge déployée et ne pouvait s'arrêter. On eut cru qu'elle allait étouffer. Le verre d'eau qu'elle avait bu ne la soulagea pas. Les rires cessèrent tout à coup et firent place à une panique générale. Hadda s'affala sur le fauteuil. Elle avait du mal à respirer, son visage devint blême. Elle ferma les yeux. Sans plus attendre, on la transporta à l'hôpital. Mais il était trop tard. Hadda rendit l'âme une demi-heure après son admission au service des urgences. Son cœur avait lâché.«Ma mère est morte de rire.»
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)