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ATTITUDES



ATTITUDES
[email protected] /* */On l'appelait Monsieur le Directeur. Le port altier, élégant, toujours tiré à quatre épingles, il inspirait l'autorité et savait mener son équipe d'une main de fer. Il faut dire qu'il donnait l'exemple ! Il était à son bureau à 7h et le quittait à 20h, parfois au-delà . Souvent, il rentrait chez lui les bras chargés de dossiers importants qu'il consultait, car ces jours-là , il avait tenu des réunions successives et n'avait pas trouvé le temps de les parcourir. Il les potassait jusque tard dans la nuit en avalant des tasses de café qui lui permettaient de rester éveillé. Ni ses enfants ni son épouse ne réussissaient à lui faire entendre raison. Le lendemain, il se réveillait aux aurores, prenait sa douche pour filer en ingurgitant debout sa dose de caféine. Un rythme infernal qui a duré presque toute sa carrière, sans parler des missions à l'intérieur du pays. Il revenait exténué et rejoignait directement son bureau pour faire le point.La grippe, le rhume, même la toux, il les traitait en avalant quelques comprimés de paracétamol et reprenait vite sa besogne. Il refusait de consulter le médecin. Pour lui c'était une perte de temps. Sa femme lui répétait sans cesse : «Tu te prends pour un superman, tu ne te rends pas compte que tu n'as plus 20 ans. Fais travailler les autres, tu ne portes pas l'Algérie sur ton dos, c'est ta santé qui en pâtit, tu vas la perdre et crois-moi, tu ne la retrouveras jamais !» Il ne l'écoutait pas et pour toute réponse il lui lançait : «C'est cela, à quelques mois de la retraite je vais tout foutre en l'air. Tu n'as pas compris que si je ne suis pas toujours derrière mes éléments, ils ne font rien. Tous des tire-au-flanc !» Les jours passent, Ahmed se croyant infaillible, redouble d'efforts. Et ce qui devait arriver arriva.Un jour qu'il présidait un conseil d'administration, et après une nuit blanche à le préparer, une douleur lui serre la poitrine. Ne la prenant pas au sérieux, il continue dans des débats enflammés, puis tout d'un coup il ne sent plus son bras gauche, n'arrive plus à articuler une parole, puis perd connaissance. Paniqués, ses collaborateurs tentent de le ranimer, en vain. On appelle une ambulance qui le conduit à l'hôpital. Le diagnostic tombe : AVC.Après une semaine d'hospitalisation, il sortira de l'établissement sur une chaise roulante, avec une paralysie partielle. Commence alors un combat acharné contre la maladie.Les médecins qu'il ne voyait jamais lui seront alors familiers. Les médicaments qui étaient ses pires ennemis seront ses fidèles amis. Sa femme n'aura que ses yeux pour pleurer, et lui sa volonté pour retrouver l'usage de son bras, de sa jambe et de la parole. Les premiers jours, les visites se feront nombreuses et régulières, puis de plus en plus rares. Il se fera vite remplacer par son ennemi juré, un tire-au-flanc qu'il méprisait. «Le roi est mort, vive le roi !»Ahmed ne veille plus. Il ne rédige plus des rapports, n'épluche plus des dossiers. On ne l'appelle plus au téléphone à des heures indues, le week-end, pour un travail urgent. Les séances de rééducation, les visites chez le cardiologue et le diabétologue sont désormais son lot quotidien.


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