Alger - A la une

ATTITUDES



ATTITUDES
[email protected] /* */Il n'en croyait pas ses yeux ! «Mais où est-elle passée ' Pourtant il y a à peine 10 jours, elle était là , belle, majestueuse, imposante. Non ! ce n'est pas vrai, on ne peut pas faire disparaître une œuvre d'art.» Il se frotte les yeux, puis les écarquille. «Je me suis peut-être trompé. Mon Dieu ! même les arbres n'y sont plus. Ils l'ont fait, ils ont démoli une maison de rêves. Ils l'ont tuée. Pas la moindre trace du passé.» Des ouvriers, pour la plupart subsahariens s'attellent à ériger d'énormes voiles de béton. Salim s'arrête, les regarde, désappointé.Quel plaisir il ressentait lorsque, chaque matin, et depuis des années il passait près d'elle en se rendant à son lieu de travail. Il admirait ses murs crépis, ses fenêtres en arcades dont la couleur verte contrastait merveilleusement avec le blanc immaculé de ses trois façades. Son jardin immense où jaillissait une végétation luxuriante sur les hauteurs d'Alger. Et ses arbres !Elle ne ressemblait en rien à tous les autres bunkers qui poussent comme des champignons et enlaidissent la capitale. C'était une maison vaste sans être cossue, à un seul étage, qui donnait sur de magnifiques petits balcons aux balustrades en fer forgé taillé par des mains de maître. Ici le barreaudage n'existait pas. Plus d'une fois, l'envie de sonner à sa porte en bois massif le démangeait. Il voulait juste sentir le parfum des citrons, du jasmin qui ornaient son jardin. Il devinait la fontaine au milieu du patio. Les tommettes de la cuisine, le carrelage aux motifs végétaux. Une architecture qui interpellait ses souvenirs d'enfance. Elle passait inaperçue aux yeux des autres.Il pestait contre celui ou ceux qui l'ont vendue. Il maudissait celui qui a osé la détruire, «un parvenu, un rustre mal dégrossi». Il a anéanti le rêve de Salim, celui de construire la même. Mais, petit fonctionnaire qu'il est, il se contentait du rêve. La contempler le rendait heureux. Il regagnait son bureau en pleine forme. Mais aujourd'hui, de retour de congé, en découvrant la catastrophe, il est ébranlé et se sent trahi. Ce sont ses racines qu'on a extirpées.


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)