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ATTITUDES



ATTITUDES
naiyach@yahoo.frIl est 14h, dans une heure, Fahima et son fils Sofiane décollent pour l'Espagne. Un envol qu'elle attendait depuis plus de dix ans.«Elle est courageuse», estime sa famille. La cinquantaine bien entamée, elle part, laissant derrière elle son époux, sa fille mariée, sa mère et son père. Le départ s'est décidé il y a bon nombre d'années depuis que le couple s'est vu licencier de son entreprise qui a fermé, sans percevoir aucune indemnité. Ils coulaient pourtant des jours heureux, ils aimaient leur métier où ils s'épanouissaient, ils étaient parmi les plus chanceux, ceux qui ont réussi à décrocher un job. Ils se retrouvent chèmeurs tous les deux. Et la descente aux enfers commence. Ils galèrent pour retrouver un emploi, mais toutes les portes leur sont fermées. De guerre lasse, ils ont recours à de petits métiers pour assurer la pitance de leurs enfants, aidés par les membres de leur famille. La vie devient de plus en plus pénible. Se sentir jetés par leur société à qui ils ont tout donné, ils ne l'ont jamais accepté. Marginalisé, l'époux se sentait diminué aux yeux de ses enfants. Le matin, alors que les autres papas quittent la maison, lui, le chèmeur, dort. Lui, quand il sort il ne sait pas où aller ni quoi faire de sa journée. Et quand il se retrouve le soir avec les hommes de son quartier, il crache tout son venin sur les gouvernants qu'il tient pour responsables de son malheur. «J'étais bien, j'avais un boulot, un salaire qui me permettait de nourrir ma famille, j'attendais ma retraite, et voilà que l'on me renvoie parce qu'en haut on a décidé de fermer l'entreprise. Et bien sûr les plus ‘épaulés ont perçu leurs indemnités pour ouvrir leur propre boîte. Et Boualem et les autres damnés de la terre ont eu droit à un coup de pied. C'est ça notre pays.» Au fil des ans Boualem ne peut plus supporter cette Algérie qui l'a renié, lui et ses enfants. L'idée de partir lui trotte dans la tête.Les premières tentatives furent vaines, mais il ne lâche pas prise, encouragé par son épouse. Un premier voyage leur a permis de tâter le terrain. Le second sera décisif. Après la galère des papiers administratifs, Fahima arrive au jour J-1. Elle n'y croit pas encore.Boualem doit la suivre après avoir réglé quelques petites affaires. Elle est excitée et sent un pincement au cœur. Sa fille, sa petite-fille, ses parents, toute sa famille vont lui manquer. Mais pour l'avenir de son fils de 15 ans, elle a fait son choix. Son frère bien installé l'attend de l'autre cèté de la Méditerranée.


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