Alors que les auditoires algériens des télés françaises viennent de suivre avec intérêt le stimulant feuilleton d?un ministre des Finances soumis à démission parce que l?hebdomadaire Le Canard enchaîné a débusqué ses frasques d?atteinte au droit, notre Premier ministre veut soumettre une validation d?élus par le Conseil constitutionnel à ses jeux politiciens. Faire démissionner d?un bloc des élus d?une seule région, la Kabylie, pas vraiment plus « indus » que ceux produits dans la série depuis l?indépendance. En mettant le cadeau en monnaie d?échange dans ses tractations avec l?organisation des archs, gonflée indûment en représentation de la région, M. Ouyahia creuse un peu plus la fosse réservée aux textes de loi. L?Etat de droit, ce n?est pas seulement une construction de la société civile ; c?est aussi des devoirs, en particulier des hauts commis de l?Etat. En voulant casser, par détour et bricolage, l?échafaudage du Conseil constitutionnel, le troisième personnage de l?Etat ajoute une grave dérive à une actualité marquée par l?avancée d?une marée de non-droit. En particulier le laisser faire laisser passer accordé aux jeunes pratiquants du commerce informel, sous prétexte de réduire le chômage, entrant en totale contradiction d?abord avec les projets d?amarrer le pays à l?Union européenne et à l?OMC. Plus grave, ce climat délétère génère des conditions de développement de bandes de jeunes communautaristes, imposant leurs propres tracés de l?espace urbain squatté. A l?exemple de l?action menée par une centaine de jeunes, samedi dernier, contre la mairie de La Casbah d?Alger qui aurait délivré des autorisations de trabendo à « des jeunes venus de Oued Koriche et même de Bou Saâda », se plaignent-ils. En achetant à tout prix la paix de l?espace urbain par des compromissions auprès de jeunes exclus du travail s?instaure une banalisation « naturelle » des atteintes aux règles de droit. Le danger est de voir se renouveler, joué par d?autres acteurs, le scénario de guerre au droit menée par les islamistes au début de la décennie 1990 pour imposer le leur. Le fils du psychiatre Boucebci assassiné rappelle ces terribles mots (Liberté, 5 mars) proférés par Anouar Haddam : « Ce n?est pas un assassinat, c?est une sentence prononcée et exécutée. » Sa question est : « Peut-on passer en pertes et profits tant de souffrances, de disparitions, d?injustices et d?iniquités ? »
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Belkacem Mostefaoui
Source : www.elwatan.com