
Les Algériens peuvent couver des colères permanentes contre leurs gouvernants mais paradoxalement, ils adoptent volontiers beaucoup de leurs réflexes. Et quand ils ne recourent pas carrément aux «solutions» qu'ils leur suggèrent, ils vont, tête baissée, chercher celles qui en résultent quasi naturellement.On se retrouve alors souvent dans d'hallucinantes situations où les problèmes sont censés être aussi la? solution. Ou encore, le problème qui inspire la solution à ceux qui en souffrent ! Récemment, un jeune homme a été tué dans un bar de Kabylie après une bagarre entre consommateurs.Au-delà du drame qui a coûté la vie à un jeune homme de 25 ans et la colère toute compréhensible de siens, on aura remarqué que les gens du village d'où est originaire la victime n'ont pas été bien loin pour se? faire justice : ils sont allés incendier le bar.N'est-ce pas que la solution est à portée de main et qu'elle est toute indiquée pour plusieurs raisons ' D'abord parce que «se faire justice» est censé être une compensation de la? justice, inéquitable, dépendante ou tout simplement absente.Ensuite, parce les états «jurisprudentiels» en la matière ne foisonnent pas en cas de vengeance punis par la rigueur de la loi.Tant que les réactions «populaires», même violemment exprimées, peuvent assurer un minimum de «paix sociale» en calmant les esprits de citoyens dont on redoute toujours des colères plus organisées, les rappels à l'ordre pour dire que force est à la loi sont plutôt rares.Enfin parce que le «bar», de n'avoir jamais été perçu comme un espace de la vie moderne mais plutôt comme un ghetto pour marginaux porteurs de toutes les tares et de tous les dangers, sollicite à chaque moment toutes les mauvaises consciences, tout le temps.La guerre larvée faite aux «débits de boissons» devient ainsi la panacée pour moraliser une société guettée pourtant par des périls autrement plus destructifs.Comme l'Etat ne peut pas tout fermer, il délègue une partie de ses pouvoirs à des inquisiteurs prêts à en découdre et surtout heureux de défendre leurs intérêts, qu'ils soient dans le marché de la drogue ou carrément dans celui, parallèle, de? l'alcool !A Aïn Benian, sur la côte ouest d'Alger, la chose est connue de tous : ce sont les mêmes «citoyens» qui se sont mobilisés pour fermer les deux magasins de vin en ville et imposé des horaires draconiens à ceux de La Madrague qui vous proposent leurs bouteilles sur des camionnettes ou à même la chaussée, le soir venu !Personne ne leur a fait la guerre jusque-là. Tout comme on a rarement vu des? citoyens, pas même les parents d'élèves, offusqués outre mesure par les dealers qui squattent les portails des lycées, quand ce n'est pas ceux des collèges. A Mizrana, près de Tigzirt, un jeune homme est mort, poignardé dans un bar.On va incendier le bar. Parce qu'on croit que c'est une solution. Parce que c'est la seule solution suggérée. Parce que se faire justice en brûlant un bar n'est jamais puni. L'Etat ferme les bars comme il peut.Faute de moraliser la vie publique et la gestion des affaires de l'Etat, on moralise la société. En suggérant à celui qui vient de découvrir dans une revue scientifique les ravages que provoque la cigarette dans les poumons d'arrêter de? lire au lieu d'arrêter de fumer !Slimane Laouari
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com