Durant l?occupation allemande, Aragon, résistant à Alger, publia aux éditions de la revue Fontaine, plusieurs de ses textes, notamment La leçon de Ribérac ou l?Europe française (avril 1941), un manifeste de la résistance littéraire et le fameux Cantique à Elsa (mars 1942). S?agissant de son engagement anticolonialiste, il remontait à la période surréaliste. En 1925, lors de la guerre du Rif menée par Abdelkrim, la gauche française se solidarise des Marocains. Les surréalistes adhèrent à ce mouvement. Aragon y participe activement. En 1931, il signe les tracts contre l?exposition coloniale de Vincennes. Avec le poète Eluard, il organise les stands de l?exposition anticoloniale communiste. Durant cette période d?intense militantisme, il révèle déjà son approche ambiguë de la question coloniale. Ainsi, après avoir contribué au numéro spécial de la revue Clarté contre la guerre du Maroc. Contre l?impérialisme français (1925), il jugea utile de préciser : « Mais permettez-moi, pour cette raison même, de vous reprocher d?avoir employé (?) les expressions du langage nationaliste : indépendance, souveraineté nationale, droit imprescriptible des peuples à disposer d?eux-mêmes. Il n?y a pas de peuples pour moi, à peine si j?entends ce mot au singulier. » En déclarant cela, il mettait sur un pied d?égalité le nationalisme des colonisés et celui des colonisateurs, confondant dans son enthousiasme internationaliste la notion de peuple et celle d?humanité ! Il préfigurait sans doute ainsi son dogmatisme politique et son alignement sur le stalinisme qui lui valut bien des ruptures et son retrait du mouvement surréaliste. En septembre 1960, des intellectuels et artistes français publient le Manifeste des 121 qui s?achevait par ces mots : « La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres. » L?absence d?Aragon n?étonna pas l?intelligentsia française. Certains allèrent jusqu?à l?attribuer à son inimitié avec Sartre, qui en 1947, avait accusé publiquement Aragon de lui avoir affirmé que l?écrivain Paul Nizan collaborait avec la police avant 1939. D?autres soupçonnèrent Sartre de ne pas avoir sollicité Aragon.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : A. F.
Source : www.elwatan.com