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ARABIE SAOUDITE



ARABIE SAOUDITE
L'ambassade d'Arabie Saoudite à Alger était quasiment impossible à joindre hier. Le téléphone sonne dans le vide ou se perd dans de longues attentes que des interlocuteurs pressés ne parviennent pas à transférer. Les Saoudiens sont sous le coup d'évènements inattendus survenus samedi soir dans leur pays. Onze princes et des dizaines de ministres ont été arrêtés sur ordre du prince héritier.Abla Chérif - Alger (Le Soir) - L'affaire a choqué, tétanisé la région, rendu perplexe les Etats voisins et envahi les Unes des journaux à travers le monde. Le jeune prince surnommé MBS (Mohamed Ben Salmane) a opté pour la manière forte en déclenchant une opération spectaculaire, sans aucun doute destinée à prouver à qui en doutait encore que le royaume était décidé à mener une révolution qui allait le débarrasser de toutes les chaînes qui l'entravaient jusque-là .
Les informations annonçant la purge dans les rangs princiers et ceux de hauts responsables ont fait l'effet d'une bombe. Les télévisions arabes, celles à capital saoudien en particulier, sont les premières à annoncer d'un ton grave l'arrestation de onze princes et de dizaines de ministres, anciens ou en poste.
Ces arrestations et limogeages ont eu lieu dans les heures ayant suivi la mise en place d'un organisme chargé de lutter contre la corruption dans le pays. Il s'agit, en fait, d'une commission créée par décret royal et dirigée par le prince héritier ayant pour objectif de «préserver l'argent public, punir les personnes corrompues et ceux qui profitent de leur position». Parmi la liste des personnes limogées figurent ainsi les chefs de la Garde nationale, de la Marine et d'une force d'élite intérieure.
Quatre autres ministres en exercice ont par ailleurs été arrêtés en même temps que onze princes parmi lesquels figure le célèbre milliardaire Al-Walid Ben Talal, propriétaire, entre autres, de l'hôtel George V à Paris. Celui-ci est connu pour ses liens avec les milieux d'affaires internationaux. Le prince héritier a-t-il voulu ainsi signifier la fin d'une époque en faisant sauter l'un des symboles de la sphère économique saoudienne ' Les noms figurant parmi les personnes arrêtées pourraient laisser accréditer cette thèse.
L'ancien ministre saoudien des Finances ainsi que des hommes d'affaires puissants liés à des entrepreneurs étrangers ont également fait l'objet de la même mesure. Pour éviter que certaines personnalités ciblées ne réussissent à prendre la fuite, ordre a été donné d'empêcher le décollage d'avions privés à partir de Djedda. Et tout indiquait, hier encore, une probable poursuite de l'opération dans les prochains jours.
La commission anti-corruption a été en effet chargée d'enquêter, geler des avoirs, suivre les fonds et empêcher leur transfert par des entités ou personnes quelles qu'elles soient et enfin d'identifier des crimes, infractions et leurs auteurs. Etrangement, le palais royal s'est abstenu de tout commentaire sur le sujet. Le prince héritier a préféré agir, laissant au Conseil des religieux le soin de s'exprimer officiellement en affirmant que la lutte contre la corruption était «aussi importante que le combat contre le terrorisme».
Depuis samedi soir, les lectures et analyses autour de ces évènements se multiplient, cependant. Analystes et spécialistes émettent hypothèses et pistes susceptibles d'éclairer sur des évènements peu communs. Au cours des heures ayant suivi le déclenchement de l'affaire, beaucoup ont interprété les faits comme étant un «coup» destiné à étouffer la contestation interne. Une manière aussi et surtout, affirment de nombreux experts du dossier saoudien, d'asseoir définitivement son pouvoir dans un pays où les traditions culturelles et économiques ont la peau dure.
Auteur de nombreuses réformes (notamment en direction des femmes et des jeunes) visant à insuffler un nouveau souffle au sein d'une société restée en marge de toute évolution moderniste, le prince héritier «dérange l'ordre établi», commentent d'anciens diplomates bien au fait du dossier saoudien. «Propulsé par son père, le Roi Salmane, en contradiction avec la règle adelphique qui veut que la succession obéisse à des droits d'aînesse, Mohamed ben Salmane a très vite été perçu comme étant une véritable menace pour l'ordre établi.
Sa manière de faire et d'agir, sa volonté, sans doute réelle, de moderniser l'Arabie Saoudite nécessitant de lui qu'il fasse sauter des verrous bien ancrés lui ont certainement attiré de nombreux ennemis. Il s'est transformé en menace.
L'opération menée samedi soir est une révolution qui ressemble étrangement à ce qui s'est déroulé en Turquie après le coup d'Etat raté contre Erdogan. Mais là aussi les informations sont rares. Le monde ne reçoit que des bruits de palais.»
Mohamed Ben Salmane aurait-il agi de la sorte pour précéder un complot le visant ' Quelques heures avant le déclenchement de l'opération, un membre du cabinet royal tweetait sur son compte un message intrigant : «Il n'en subsistera personne.»
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