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Après six mois d'arrêt à cause du Covid-19 : Une rentrée sociale annoncée très difficile



Septembre s'annonce avec une rentrée sociale pas comme les autres en raison de la persistance d'une crise sanitaire qui met à nu les profonds dysfonctionnements structurels qui affectent les différents secteurs d'activité.Les conséquences de près de 6 mois d'arrêt des activités économiques, éducatives, sportives, culturelles et sociales sont énormes. Une première évaluation effectuée par un comité interministériel et présentée par le ministre des Finances, le 18 juillet dernier, a montré que sur trois mois à peine, il a été observé que «l'étendue des dommages subis sur l'économie du fait de la pandémie, dans un contexte de raréfaction des ressources publiques et de déséquilibres macroéconomiques persistants, militent pour l'adoption de mesures économiques minimisant le recours aux ressources budgétaires et recherchant un impact optimum sur toute l'économie ». Il a été démontré que « les secteurs les plus affectés sont le transport des personnes, la restauration, le tourisme, l'hôtellerie, le commerce et les professions libérales et artisanales ». Les rédacteurs du document ont estimé qu'« il convient d'ajouter à cette liste, le secteur de l'énergie, compte tenu de son impact sur toute l'économie ». Leur constat : « détérioration de la trésorerie à cause de l'absence de recettes engendrées par la suspension provisoire des activités de ces secteurs », qu'il faille par conséquent en « compenser les manques à gagner (...) ». Entre autres mesures d'urgence : « paiement des situations en attente et anticipation sur celles non activées à terme, déblocage immédiat des créances détenues par les entreprises sur l'Etat, annulation de leurs pénalités de retards, report du paiement de leurs factures des services publics, annulation des impôts et taxes (IRG, IBS et autres), prise en charge de leurs charges sociales par le Trésor public, et des salaires de leurs employés (pour les entreprises sous tutelle), revoir le rôle de la CNAC pour la prise en charge des situations de chômage temporaire pour les propriétaires des micro-entreprises (....)».
En quête «d'épargne domestique et de financements extérieurs»
Le Gouvernement affirme, en conclusion, qu' «en l'état actuel des finances publiques, la mobilisation de ressources supplémentaires extra budgétaires est impérative en dégageant une épargne domestique ou en mobilisant des financements extérieurs». Contrairement à ce qui est avancé par le discours politique des plus hautes autorités du pays, les financements extérieurs ne sont, donc, pas exclus, même si le mode «d'endettement» n'est pas déterminé, du moins publiquement.
La rentrée sociale est surtout synonyme de rentrée scolaire et universitaire. Fixée au 4 octobre prochain, la rentrée des classes prend ainsi tout un mois de retard puisqu'elle a toujours été entamée au début de chaque mois de septembre. Les enseignants qui ont signé leur procès-verbal de « reprise » font part d'un scepticisme déroutant. « Nous avons trouvé les classes dans un état lamentable, c'est sale, il n'y a pas d'eau (...) », nous renseigne une institutrice d'une école à Sidi Abdallah, banlieue à l'ouest d'Alger. Nombreux sont les enseignants qui doutent d'une reprise des cours avec à peine une vingtaine d'élèves par classe. « J'en avais 35, l'année dernière mais avec beaucoup de difficulté pour ne pas permettre à la directrice de m'en rajouter, comment et avec quels moyens les responsables vont-ils pouvoir avoir des classes de 20 élèves seulement, le rêve ! », s'exclame une enseignante d'une école à Ain Benian. L'Université n'est pas en reste de bouleversements qui remettent tout en cause. « La situation sanitaire actuelle impose un changement de paradigme dans l'exercice et l'organisation de l'acte pédagogique », ont noté les responsables du secteur dans le document qu'ils ont rédigé, à cet effet. Mis au point en juillet dernier, à l'issue des regroupements régionaux « par lesquels tous les représentants du secteur étaient concernés », le mode opératoire de « gestion de la fin de l'année universitaire 2019-2020 et la rentrée universitaire 2020-2021 sous COVID-19 » risque de subir d'importants changements - de dates notamment- en raison des difficultés de sa mise en ?uvre avec les moyens existants mais aussi les conséquences toujours menaçantes de la pandémie. En effet, si les enseignants universitaires ont signé « à distance », le 23 août dernier « le procès-verbal de reprise en format numérique avec l'engagement de poursuivre les actions pédagogiques entreprises en EAD (Enseignement à distance) depuis mars 2020 », la reprise des doctorants et des étudiants M2 prévue pour le 1er septembre (mardi), comme noté dans le document est, d'ores et déjà, remise en cause.
Une rentrée sociale chahutée par les problèmes
Le conseiller du ministre de l'Enseignement supérieur a expliqué, vendredi dernier, que « la première proposition fixant la date de la prochaine rentrée universitaire au 1er septembre avait été avancée puis délaissée à l'issue des diverses réunions d'évaluation de la situation épidémiologique, eu égard aux multiples nouveaux défis inhérents à l'ouverture graduelle des plages, des mosquées et des restaurants et d'autres activités commerciales (...) ». Il a avancé qu'« après concertation avec les partenaires sociaux du secteur, le 19 septembre prochain a été proposé comme date potentielle de la prochaine rentrée universitaire». Toutes les dates retenues dans les trois annexes relatives au « planning de reprises des activités pédagogiques des différentes filières et paliers universitaires » vont alors être bousculées. Rien n'est ainsi sûr. Tout devient aléatoire non seulement à cause du risque sanitaire mais aussi en raison des dysfonctionnements qui minent tous les secteurs depuis de longues années. Ceci, sans compter que le fameux EAD, seule méthode d'enseignement plausible, en temps de contagion, dépend étroitement des moyens « numériques » du pays et des étudiants. «Beaucoup de mes étudiants, dans les communes de la wilaya, n'ont pas de tablette ou de micro-ordinateur pour pouvoir suivre les cours à distance, en plus l'Internet est un luxe dans ces contrées déshéritées », nous disait hier un enseignant de l'Université ‘Hassiba Benbouali' de Chlef. « Je ne sais même pas combien d'étudiants suivent mon cours, s'ils sont nombreux ou pas, sans compter que le débit Internet est tellement faible et les coupures du réseau ne manquent pas...» renchérit une enseignante de l'Université d'Alger.
Le pays a toujours eu cette même école et université qui fonctionnent avec des classes et des amphis qui débordent d'élèves et d'étudiants, des programmes qui ne sont jamais terminés parce que les syndicats décident de planter leur piquet de grève, ces suppléants qui, mal formés, sont chahutés ou boycottés par les élèves et leurs parents, des examens qui, une fois retardés, renvoient la rentrée universitaire à des dates imprécises. Pour cette année, c'est le retardement de l'examen du BAC qui repousse cette rentrée -particulièrement des premières années- à une date inconnue.
L'affolement de la mercuriale, tous produits confondus, marque ces jours-ci le mécontentement des ménages dont le pouvoir d'achat est déjà assez érodé par la faiblesse des salaires ou leur retard pour cause de confinement, de congés spéciaux, de manque de liquidités.... Autres difficultés, les coupures d'eau récurrentes dans plusieurs régions du pays. Les limogeages en série de responsables auxquels a procédé récemment le ministre des Ressources en eau n'ont pas servi à grand-chose. Le problème est en évidence ailleurs, dans les projets de raccordement gelés ou inachevés, la détérioration des conduites, la vétusté des équipements, la faiblesse de la pluviométrie durant toute l'année. La reprise de la contestation dans plusieurs wilayas prévient d'une rentrée sociale chahutée par l'enchevêtrement de problèmes que seuls la compétence et le bon sens sauront gérer.
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