La production gazière en Algérie devrait faire face dans les prochaines années à deux périls majeurs.Le déclin des gisements matures conjugué à une croissance exponentielle de la demande sur le marché interne devrait mettre en péril les capacités des Algériens à maintenir leurs exportations à leur niveau actuel et représente ainsi une véritable menace sur les recettes budgétaires du pays. D'où l'intérêt de réviser la politique des prix et des subventions dans le secteur.
C'est du moins les conclusion d'un récent rapport de l'Apicorp (Arab Petroleum Investment Corporation), organisme multilatéral basé en Arabie Saoudite créé par l'Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole dans l'objectif de favoriser l'accès aux financements pour l'industrie arabe des hydrocarbures.
Le rapport explique ainsi tout l'intérêt de se pencher sur l'industrie gazière en Algérie du fait que le gaz naturel occupe une position dominante dans le bilan énergétique algérien, en plus de constituer 56% du volume des hydrocarbures exportés. Cependant, expliquent encore les rédacteurs du document, l'industrie gazière algérienne devra désormais faire face à de nombreux défis, tandis que la politique des prix ne correspond plus aux réalités du secteur. Ils précisent que les prix du gaz appliqués sur le marché interne sont réglementés et fondés sur «l'hypothèse obsolète de coûts de revient insignifiants».
Dans une situation où la production brute de gaz se contracte, cette politique des prix a renforcé le risque de voir se prolonger «des modes de consommation non viables, déjà manifestes dans la façon dont la demande intérieure se renforce au détriment des exportations». Les analystes de l'Apicorp estiment ainsi que la baisse de la production brute de gaz est perceptible dans la mesure où celle-ci est passée de 201 milliards de mètres cubes en 2008 à 189 en 2012. Il en est de même pour la production commercialisée, laquelle est passée de 88 milliards de mètres cubes en 2006 à 82 en 2012.
Les exportations ont suivi cette tendance en enregistrant un recul de 15 milliards de mètres cubes depuis 2000, souligne encore l'organisme arabe, avant d'expliquer que la «contraction des exportations de gaz a été plus prononcée dans le sillage de la crise financière mondiale».
Fait d'autant plus grave que «comme la production commercialisée est en baisse et la consommation intérieure en accélération, Sonatrach, qui n'a pas été en mesure de profiter des dernières opportunités de forte croissance dans les marchés mondiaux de GNL, pourrait manquer la reprise de la demande de gaz éventuelle en Europe», note encore le rapport. Chiffres à l'appui, le document explique ainsi qu'au cours des 10 dernières années, la consommation de gaz a augmenté à 4,3% par année de 20,2 milliards de mètres cubes en 2002 à 30,9 en 2012. Aussi, les prévisions officielles tablent sur l'accélération de la demande avec une croissance de 5% par an induisant une consommation de 45,2 milliards de mètres cubes en 2019 et de 70 en 2030.
Dans un contexte de déclin des grands gisements matures et du potentiel de production des nouveaux gisements conventionnels jugés trop petits et donc insuffisants, Apicorp juge difficile d'aboutir à un équilibre durable de l'industrie gazière en Algérie, à moins de freiner la consommation et de modérer la demande interne via une révision de la politique des prix et des subventions. S'il est admis que les nouveaux textes réglementaires ont permis la création d'organes de régulation, en plus de l'introduction d'un mode de calcul économiquement raisonnable et assis sur les coûts de revient et de transport, le rapport critique «l'inertie des politiques énergétiques et l'opportunisme politique dont pâtissent les régulateurs». L'organisme estime qu'il est temps pour les décideurs d'outrepasser le déni et d'admettre que cette situation ne peut aboutir à rien de positif.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Roumadi Melissa
Source : www.elwatan.com