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Amor Khelif, professeur d'économie et chercheur au CREAD "Pour l'essentiel, la priorité est donnée aux exportations"



Amor Khelif, professeur d'économie et chercheur au CREAD
Contacté, M. Amor Khelif, professeur d'économie à l'université d'Alger, explique, qu'à moyen terme, l'Algérie aura un problème avec sa demande énergétique interne galopante. Il plaide pour un arbitrage extrêmement serrée entre les exportations et la satisfaction du marché intérieur. "D'abord pour garantir et sécuriser la couverture de la demande interne, il faudrait des mécanismes. Et la loi ne définit aucun mécanisme. Ça c'est la première remarque importante. Donc, il faut des mécanismes de sécurisation de la couverture des besoins à long terme du marché national. Mais ce qui se passe en vérité, c'est qu'on met en avant d'abord la satisfaction des contrats extérieurs et la couverture de la demande interne apparaît comme résiduelle. Si on peut satisfaire, on le fait sinon ! Jusqu'ici, ça se passe sans trop de problèmes, mais à l'avenir, les choses risquent de se compliquer compte tenu de cette croissance de la demande interne. Il y a concurrence entre exportation et consommation interne. Ce n'est pas un grand problème aujourd'hui, mais cela le sera dans l'avenir."Face à l'explosion de la demande énergétique, il préconise des solutions rationnelles :
- "On peut toujours satisfaire la demande interne en baissant la barre des exportations. Vous avez un niveau de production, d'offre nationale de production d'hydrocarbures, est-ce que vous mettez en avant et donner la priorité à la satisfaction de la demande du marché intérieur auquel cas ça ne poserait pas de problèmes puisque en matière de gaz naturel, Sonatrach produit 180 milliards de m3 de gaz primaire, ce qui paraît suffisant pour satisfaire la demande interne. Mais puisqu'il faut satisfaire les contrats d'exportation, cela pose un problème. Vous avez un volume produit que vous devez partager entre consommation intérieure et exportation. Surtout quand on sait que par définition, la production sera de plus en plus limitée. A qui vous donnez la priorité ' C'est une question importante à laquelle on a répondu de différentes manières dans le passé. Il y a le serpent de mer qui revient à chaque fois. Mais on ne nous donne pas les mécanismes. Je me souviens dans le passé il y avait une politique qui consisté à dire réserver une quantité de gaz naturel pour satisfaire les besoins du marché intérieur sur une quarantaine d'années. Sonelgaz était chargé, d'ailleurs, d'établir des scénarios et donner à peu près 1600 à 1700 milliards de m3 de gaz à réserver durant les 35 à 40 années à venir.
Des quantités auxquelles il ne faudrait pas toucher. Ce sont des ressources dédiées à la satisfaction du marché intérieur. Je vous parle des débuts des années 80. Aujourd'hui, on est très loin de cette politique. Toute la politique revient à dire, dans la pratique, quelle est réellement la priorité qui est donnée à l'usage et la revalorisation des ressources énergétiques produites en Algérie et, pour l'essentiel, la priorité est donnée aux exportations. Certes, la demande intérieure n'a pas vraiment posé de problèmes sur ces trois dernières années. Il n'y a pas eu de problèmes sérieux pour satisfaire la demande interne, mais dans l'avenir ça sera la question qui va être posée. Donc, à moyen terme on aura un problème avec cette demande interne galopante. Les ressources sont limitées, on ne va pas les redécouvrir de nouveau. Le renouvelable est limité. Donc à l'intérieur de ce cercle global de la production nationale, vous devez à l'avenir arbitrer de manière extrêmement serrée entre les exportations et la satisfaction du marché intérieur."
- Sur les énergies renouvelables, Khelif avance que les lobbies pétroliers ne sont pas favorables au développement de ces énergies alternatives.
- "Les énergies renouvelables sont les bienvenues. Mais les énergies renouvelables ont aussi des conditions de développement. Des conditions économiques, des conditions technologiques qu'il faut mettre en place. Tous le monde est pour les énergies renouvelables, évidement, mais dans quelles conditions ils vont se développer ' À l'échelle internationale, aujourd'hui les lobbys des compagnies pétrolières ne sont pas très chauds au développement des énergies renouvelables. Ils les développent jusqu'à un certain point.
D'ailleurs, ils sont en train de les contrôler du point de vue des investissements. Mais ils n'ont pas intérêt, aujourd'hui, à développer les énergies renouvelables parce qu'ils sont toujours implantés dans les gaz et le pétrole."
S. S.
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