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Amel Chaouati, auteur de Les algériennes du château d'Ambroise



Amel Chaouati, auteur de Les algériennes du château d'Ambroise
Amel Chaouati est une jeune algérienne ayant décidé de remonter le temps à contresens. Installée en France depuis 1992, elle tente depuis toujours de retracer les racines qui lieront toujours l'Algérie à la France, ou l'inverse.Croisée il y a quelques jours lors d'une escale à Alger, Amel Chaouati a bien voulu raconter la trame de son dernier ouvrage Les algériennes du château d'Ambroise, paru aux éditions La Cheminante. Une trame qui se situe entre 1848 et 1852, époque où les femmes et les enfants de l'Emir Abd el-kader ont été emprisonnés en France.Le Temps d'Algérie : Les algériennes du château d'Ambroise est votre second ouvrage, peut-on en savoir plus 'Amel Chaouati : Mon premier livre était sur la romancière Assia Djebar. C'est un ouvrage collectif qui vient d'être édité chez Sedia éditions. Mais Les algériennes du château d'Ambroise est en effet mon premier ouvrage. J'ai choisi de raconter l'histoire des femmes et des enfants et de la suite de l'Emir Abd el-kader durant leur emprisonnement en France entre 1848 et 1852. Essentiellement au Château d'Ambroise, où ils ont passé quatre années de leur vie.Pourquoi avoir choisi cette partie de la vie de l'Emir Abd el-kader et qui sont ces femmes 'Ce sont les femmes de la suite de l'Emir Abd el-kader. Une suite composée en premier lieu de la mère du fondateur de l'Etat algérien moderne. De ses trois épouses, de ses enfants, de ses belles-s?urs, des femmes de ses compagnons et de tous ceux qui étaient prévus dans son exil en orient à cette époque-là. Ils se sont retrouvés à la suite d'une trahison enfermés et emprisonnés en France. Pourquoi j'ai choisi cette partie de l'histoire de l'Emir qui est en fait très limitée dans le temps ' Parce qu'en fait, justement j'ignorais qu'il existait cette partie de l'histoire dans la vie de l'Emir Abd el-Kader. On ne m'avait jamais enseigné que l'Emir Abd el-Kader avait été emprisonné en France. J'ignorais surtout qu'il y avait été emprisonné avec des femmes et des enfants. Donc, quand je suis allée chercher, me documenter, je me suis rendue compte que personne n'avait travaillé sur ce pan de l'histoire. Et c'est pour cela que j'ai voulu combler cette période-là.Elles étaient combien et dans quelles conditions ont-elles été emprisonnées 'Elles étaient environ une cinquantaine. Forcément, les conditions d'emprisonnement étaient extrêmement difficiles et douloureuses parce qu'elles ne s'attendaient pas à arriver en France car elles devaient se rendre en orient. Donc, c'était un premier choc pour elles de se retrouver sur le sol chrétien. C'était au 19e siècle, les femmes n'avaient pas l'habitude de voyager de cette façon. Et puis ce n'était pas un voyage mais un exil forcé d'abord et un emprisonnement. Par ailleurs, ces femmes ont souffert plus que les hommes parce qu'elles étaient doublement recluses et il ne fallait surtout pas qu'elle soient vues par les hommes, les étrangers. Du coup, elles sont restées tout le temps confinées. Elles ont donc subi les affres du climat qui était très rude. Elles sont arrivées un mois de décembre en France. Elles ont souffert du froid mais aussi de l'enfermement. Les bilans médicaux de l'époque attestaient que ces femmes dépérissaient de dépression. Ce n'est pas le mot qu'on utilisait à l'époque, on parlait de maladie de langueur mais c'était de la mélancolie ou de la dépression en ce temps-là.D'après vous, pourquoi a-t-on ignoré cette partie de l'histoire 'Au 19e siècle, la place de la femme n'avait pas beaucoup d'importance dans l'écriture de l'histoire. Et ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que les premiers à avoir écrit notre histoire sont les français. Et ces français, à l'époque, ne considéraient pas la femme comme citoyenne. Elle n'avait pas de véritable place dans l'écriture de l'histoire. Par ailleurs, l'Emir Abd el-Kader occupait quand même une grande place. Il avait une aura extraordinaire. Donc, celui qui intéressait les historiens, c'était quand même la personnalité militaire, politique et tout simplement l'Emir. Il ne faut pas aussi oublier que c'était à cause d'une trahison. C'était très difficile de reconnaître ce qu'ils avaient commis, en l'occurrence enfermer des femmes et des enfants qui étaient innocents.Avez-vous rencontré des difficultés pour l'écriture de votre ouvrage 'Aucune. Les archives étaient disponibles en France, bien sûr. Malheureusement, parce que les archives étaient essentiellement françaises et en France. Je ne suis pas chercheur affilié à une université, j'y suis allée en tant que personne lambda qui s'est simplement rendue aux archives, qui a voulu travailler. On m'a ouvert les portes sans aucune difficulté.Est-ce que vous avez fait appel à un historien pour valider vos recherches 'J'ai effectivement demandé des conseils surtout pour vérifier certains faits historiques. D'ailleurs avant d'écrire mon ouvrage, j'avais écris un article scientifique. N'étant pas une historienne sortie de l'université, n'ayant pas un diplôme d'historienne, je me devais aussi de vérifier au niveau de la méthodologie.Comptez-vous vous spécialiser dans l'écriture biographique de personnages qui ont marqué l'histoire de l'Algérie 'J'ai l'espoir de poursuivre le travail de ce livre dans un projet cinématographique.Entretien réalisé


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