
Les fans continuaient hier encore à affluer vers le domicile de Amar Ezzahi, enterré jeudi en présence de milliers de personnes.Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Cette fois, la rumeur était donc fondée. L'icène de la chanson chaabie est décédée. Jeudi, quelques heures avant l'annonce officielle de sa mort, des journalistes qui se trouvaient sur place pour tenter d'en savoir plus sur l'évolution de sa santé apprenaient que le chanteur était déjà dans un état critique.«Il est pratiquement absent», affirmait alors un jeune voisin adossé au mur de la petite épicerie qui jouxte l'immeuble où habite Amar Ezzahi. Impossible d'en savoir plus, cependant. Le voisinage de la célébrité met un point d'honneur à garder jalousement les secrets du maître qui, toute sa vie durant, avait préféré vivre dans l'ombre, évitant les médias, les télévisions en particulier, et tout ce qui pouvait ouvrir une porte sur sa vie intime.Un employé du célèbre café où Ezzahi descendait presque chaque soir pour partager un moment avec ses amis était déjà furieux à ce moment : «Il a été donné pour mort à plusieurs reprises, les gens ne guettent que cela, c'est un homme normal, laissez-le tranquille, il va bien, je vous dis.» Mais un autre jeune attablé maintient : «On nous a dit qu'il va très mal. On dit même qu'il est décédé.»Jeudi en fin d'après-midi, une information rapportée par l'agence de presse officielle annonçait officiellement son décès. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre mais beaucoup osent encore à peine y croire. Sur place, le doute n'est pas permis. Quatre voitures de police sont stationnées le long de la ruelle qui longe sa demeure. Un groupe de jeunes est debout devant le portail de la bâtisse où vivait le chanteur. Ce sont des voisins, des amis qui se désignent tous comme étant les «enfants de Amar Ezzahi». «Oui, dites-le, nous sommes tous ses enfants ici, Ezzahi est le père de tous les pauvres, et nous sommes tous orphelins aujourd'hui.» Sur place, leur rôle est de filtrer toutes les personnes qui se présentent à la demeure mortuaire. Les médias ne sont naturellement pas admis. La volonté d'Ezzahi doit être respectée aujourd'hui plus qu'hier. Respectueux des traditions, les jeunes vigiles nous laissent cependant franchir le portail sans être refoulé. Sans caméra ni micro à la main, une femme ne présente aucun danger à leurs yeux.Ces courts moments «àl'intérieur» permettent d'entrevoir qu'un deuxième groupe de vigiles a été posté. Ce sont les plus intimes chargés d'accueillir les plus proches amis de Amar Ezzahi. Ils ont disposé une table où sont entreposées des tasses à café et des plateaux de dattes qui seront distribuées un peu plus tard à la foule qui attend devant la porte. Très vite, ils renoncent cependant à nous laisser aller plus loin en raison de notre qualité de journaliste. Mais l'un d'eux se prête volontier aux questions qui lui sont posées. Toufik Hamoudi se présente comme étant l'un des intimes du chanteur.«Je dormais avec lui. Amar Ezzahi vivait avec nous, la famille Hamoudi, tout le monde pourra vous le confirmer, il me considérait comme son véritable fils.» Toufik nous présente son frère aîné : «Il a passé onze ans à le suivre chaque nuit dans les fêtes qu'il animait.» «Ezzahi est mort peu de temps après la prière d'El-Asser, poursuit-il, j'étais là , il a ressenti un grand malaise qui l'envahissait, il a prononcé la profession de foi, la Chahada, et s'est éteint.» Il rappelle que le célèbre chanteur avait toujours refusé l'aide de l'Etat algérien pour se soigner. Cette fois cependant, témoigne Toufik, il avait pourtant accepté d'être transféré pour des soins en France comme le lui avait proposé «El-houkouma». «Il devait être transféré jeudi, mais le destin en a voulu autrement, et c'est peut-être mieux ainsi, car Ezzahi était dans un état qui ne lui permettait pas de juger les choses.»Toufik et les jeunes vigiles disposés devant la porte ont envie de parler, de rapporter, de dire tout ce que l'homme incarnait, représentait à leurs yeux, lui le «père des pauvres», «l'homme rebelle qui avait rompu avec tout ce qui fait référence à l'Etat pour marquer sa désapprobation de la manière dont sont traités les artistes algériens», un «self made man qui a su s'élever au rang, peut-être dépasser les plus grands maîtres du chaâbi». Toufik hésite : «Vous voulez vraiment monter là haut, dans sa chambre, vous voulez le voir '» La décence qu'impose le moment, le respect de la volonté du défunt qui a toujours refusé les rencontres avec les médias et encore moins de dévoiler la modeste chambre (sur une terrasse) où il vivait incitent à renoncer au «scoop».Toufik et ses amis prennent rendez-vous pour le lendemain jeudi. Ce sont eux qui se chargeront des funérailles de leur «père», «les autres (entendre représentants de l'Etat) seront des invités comme le reste de la foule». Et la foule grossit justement à la rampe Vallée (actuellement Louni-Arezki) ; Des dizaines de jeunes, mais aussi d'importants groupes de personnes plus âgées sont debout derrière les barrières de police dressées pour la circonstance. La veillée va être longue.Certains ont passé la nuit devant la porte du domicile mortuaire. Mais leur espoir d'être au premier rang de la foule qui s'ébranlera vers le cimetière d'El-Kettar disparaîtra vite. Des milliers de personnes, au sens propre du mot, vont participer aux funérailles du maître. Ses fans sont venus de plusieurs wilayas du pays. Vers 10h30, des personnalités commencent elles aussi à arriver.Benflis, leader du parti Talaiou El-Hourryat est là pour présenter ses condoléances. Le célèbre Rachid Souki et bien d'autres figures connues de la chanson sont là également pour accompagner Ezzahi à sa dernière demeure. Un admirateur de Amar Ezzahi déclame devant les journalistes un poème spécialement écrit la veille en l'honneur du défunt. Un vieil homme qui l'accompagne lance une phrase qui résume à elle seule toute la personnalité d'Ezzahi : «L'homme était connu, reconnu, mais totalement méconnu.»Une télévision espagnole (TVE) venue couvrir l'évènement, enregistre la moindre déclaration de ceux qui se présentent comme des amis du défunt.Un autre de ses amis raconte l'un des plus célèbres mariages animés par Amar Ezzahi. «C'était en 1970, le maître allait animer la soirée de mariage de l'un de ses meilleurs amis, surnommé Boualem la France. A l'époque, le directeur de la prison Serkadji avait accepté de prêter la terrasse du pénitencier pour la circonstance. Des centaines de personnes étaient présentes. Cette soirée est l'une des plus célèbres qu'aient connues ses fans. Les gens ont tellement dansé “el-haddi” (danse algéroise qui s'effectue en tapant du pied) que la terrasse de la prison a été fissurée. Le directeur était furieux le lendemain.»L'assistance est suspendue à ses lèvres. C'est un moment d'histoire. Un moment où l'on apprend un peu plus sur ce maître qui a su s'entourer du mystère le plus épais. Le temps passe. Très vite, et en dépit du dispositif policier mis en place pour le bon déroulement de l'évènement, l'immensité de la foule obstrue tout champ de vision.Une heure plus tard, une véritable débandade s'installe. L'agitation est à son comble. C'est le moment de la levée du corps. Les vigiles repoussent les caméramans qui tentent toutes les ruses pour filmer ces moments historiques. Une grande bagarre s'ensuit. Mais la foule d'admirateurs désireux d'imposer les règles que s'est toujours fixées Amar Ezzahi prête main-forte aux voisins du maître. Il faut un long moment pour frayer un chemin au cercueil. Il est recouvert de l'emblème national. Un long moment d'émotion s'ensuit. La foule s'ébranle sous les youyous des femmes et des cris de «Allah Akbar». Difficilement, le cercueil parvient à la mosquée de Bab-Djedid où un important dispositif a été mis en place. La rue est fermée pour permettre à l'assistance d'effectuer la prière du mort. Près de vingt minutes passent. Le cortège prend la direction du cimetière d'El-Kettar.Selon ses proches, Amar Ezzahi a émis le vœu d'être enterré près d'El-Anka. Toufik Hamoudi et les rares privilégiés qui portent le cercueil ont du mal à fendre la foule. Sur tout le parcours, des femmes aux fenêtres ou aux balcons lancent des youyous.La circulation est fermée aux automobilistes de l'axe Louni-Arezki à El-Kettar. Il est bientôt 13h. Amar Ezzahi est enterré selon son souhait. Près de la tombe d'une autre icène : El-Anka.La foule commence à se disperser lentement. Une heure plus tard, des petits groupes se forment à nouveau devant le domicile du défunt. Ses amis évoquent des moments méconnus du public. Un coin du voile se lève sur la vie méconnue de Amar Ezzahi.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A ”ˆC
Source : www.lesoirdalgerie.com