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"Amal" de Mohamed Siam projeté à l'IFA



Ce documentaire de Mohamed Siam raconte, à travers le regard d'une adolescente, le combat d'une génération dont l'enfance a été confisquée dans une Egypte post-révolution.Les 25 et 26 juin dernier, l'Institut français d'Alger (IFA) a proposé, dans le cadre de ses activités culturelles, une carte blanche sur "Aflam", les rencontres internationales de cinéma de Marseille. À cette occasion, la première journée a été marquée par la projection de deux films jeunesse En attendant la neige (Maroc, 2009) de Yassine El-Idrissi et Pot de colle (Tunisie, 2014) de Kaouther Ben Hania.
Tandis que la deuxième soirée a été ponctuée d'un documentaire puissant, de 83 mn, dont la sortie en 2017 a été interdite dans les salles égyptiennes. Amal de Mohamed Siam est un long métrage composé de plusieurs chapitres, qui relate le parcours d'une petite fille de l'âge de 14 ans jusqu'à ses 20 ans. Loin d'être une adolescente ordinaire, Amal est un petit bout de femme dont l'enfance a été littéralement confisquée lors de la révolution de janvier 2011. Pour raconter les espoirs et le combat d'une génération qui a soif de liberté, de changement et d'un avenir prospère, le réalisateur a posé sa caméra pendant six ans face à cette gamine dont la vie tumultueuse dépeint magistralement une société désabusée.
Jean, basket et veste à capuche, Amal est restée durant un mois sur la place Tahrir où elle s'est fait malmener et violenter par la police. Traînée par les cheveux sur cette place mythique, la protagoniste garde en elle des séquelles psychologiques malgré toutes ces années écoulées. Accompagnée d'un groupe de jeunes garçons, elle a su s'imposer et faire entendre sa voix, dans un milieu où le mâle "domine", car révoltée par la dictature de Moubarak, elle a décidé de se battre et de laisser sa féminité entre parenthèses. Vacillant entre présent et flash-back, Mohamed Siam dans son montage met en avant une facette d'Amal, celle d'une petite fille qui, dans un passé récent, était heureuse alors qu'au présent nous faisons face à une âme déchirée.
Ce passé est narré à travers des vidéos familiales, plus précisément ses anniversaires, avant le décès de son papa qui, d'une manière indirecte, a forgé la personnalité de cette enfant remplie d'indignation pour les dirigeants de son pays et une société misogyne. Nous découvrons dans ce film une personne pleine de vie, une chipie jouant face à la caméra de son père, qui soufflait les bougies de ses gâteaux avec confiance, à un âge où l'insouciance était le maître mot. Rapidement désillusionnée, à dix ans, elle perd son repère, sa force, qui l'"abandonne" pour affronter les démons qui la gouvernent, aux côtés de millions de jeunes partageant les mêmes rêves et ambitions.
Comme dans un livre, le docu se compose de plusieurs chapitres sur Amal. Après la révolution, nous découvrons d'autres étapes auxquelles elle a dû faire face, à savoir l'arrivée au pouvoir des frères musulmans, la découverte de sa féminité, l'amour, la dictature militaire, les études? D'une manière intimiste, le spectateur se retrouve carrément projeté dans cet environnement morose, qui éclaire avec beaucoup de sensibilité et de tendresse sur la post-révolution, qui a engendré une jeunesse égyptienne complètement désabusée d'ailleurs ; cette dernière se retrouve confrontée à choisir entre deux voies : "soit appartenir au système ou alors en être exclu".
"Amal, le miroir de l'histoire égyptienne"
À l'issue de la projection, Mohamed Siam était présent pour animer un débat face à un public qui semblait secoué par les images qui venaient de défiler sous ses yeux. Sur la genèse de ce film, le réalisateur a indiqué qu'au début des manifestations, il avait l'envie de faire un documentaire sur la jeunesse. "J'ai été dans les rues pour réaliser un casting sauvage, mais je n'avais pas d'idée précise sur ce que je voulais faire. Alors j'ai rencontré cette ado. Au début, je n'arrivais pas à discerner si c'était une fille ou un garçon à cause de son look."
Et de renchérir à propos de sa découverte : "Je n'ai jamais rencontré une personne aussi forte, elle ne ressent aucune peur, ni de la police ni de l'environnement qui l'entoure ! Alors en commençant à travailler avec elle, je ne savais pas réellement ce que j'allais faire de mon film. Mais au bout de la première année, j'ai décidé de continuer, car Amal est le miroir de l'histoire du pays."
Sur l'interrogation "que devient Amal '", Siam a indiqué qu'elle est maman d'un bébé et qu'elle occupe le poste de policière. "Depuis l'arrivée d'Adem, elle est heureuse, elle mène une vie tranquille mais elle n'a pas changé, toujours égale à elle-même. J'ai l'intention de réaliser un autre film avec Amal, de raconter son quotidien en tant que policière." Enfin, le réalisateur qui a partagé six ans avec sa protagoniste a insisté sur le fait qu'"Amal n'est pas un personnage simple, elle n'arrête pas de nous surprendre. Malgré son jeune âge, elle était un leader lors de la révolution".

H. M.
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