Initialement prévue le lundi 12 janvier, la conférence sur «La
Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et la Dignité Humaine» a été
finalement donnée ce jeudi (22 janvier) au CCF de Tlemcen par Me Ali Yahia
Abdennour, président d'honneur de la LADDH, en l'absence du président de cette
dernière Me Bouchachi Mostéfa, comme annoncé.
D'entrée de jeu, le conférencier situera le problème de l'Algérie en
faisant sa genèse depuis l'indépendance. «L'Algérie a obtenu sur le plan
national son indépendance mais elle n'a pas libéré l'homme», soulignera-t-il.
Il estime que depuis 1962, «on a eu des dirigeants qui ont un peu déconsidéré
le socialisme en mélangeant le socialisme et le capitalisme d'État, en
mélangeant le socialisme national et le national socialisme et au lieu de
régler les problèmes, ils éliminent ceux qui en posent, ils ne règlent pas les
contradictions, ils éliminent les contradicteurs...». Depuis cette date,
l'Algérie est confrontée, selon lui, à deux problèmes : le peuple n'est pas
souverain dès lors que ce n'est pas lui qui désigne ses représentants à toutes
les institutions élues de l'État. «L'Algérien est resté un sujet et non un
citoyen parce qu'il ne participe pas à la vie politique au niveau de la
commune», dira-t-il. Il fera une transition en évoquant la décennie 90 marquée
par l'ouverture dans le Sud de camps de détention (au nombre de 9), où
«certains étaient détenus pour simple délit de prière». L'ex-président de la
LADDH rappellera l'instauration, un 9 février 1992 avec l'arrivée de Boudiaf,
de l'état d'urgence toujours en vigueur (17 ans) dont il fustigera le maintien.
«On ne peut pas manifester, même pour la question de la Palestine, alors
que tout le monde a manifesté, même en Amérique, même en Israël, chez nous on
ne nous a pas permis de manifester», déplorera-t-il. Me Ali Yahia Abdennour
regrette que des manifestants qui ont marché pacifiquement soient poursuivis en
justice. «Ça ne cadre pas, ça ne peut pas tenir, ça ne peut pas tenir»,
fulmine-t-il. Il clouera au pilori les trois partis de l'alliance (FLN, RND et
MSP) qui ont essuyé un échec en termes de mobilisation à l'occasion de leur
meeting de solidarité avec Ghaza. L'hôte du CCF exhumera la «question» de la torture
pratiquée à la faveur de la décennie 90: «Ce qu'on a reproché au colonialisme
français pendant la guerre d'Algérie, je vous affirme, et je pèse mes mots, on
l'a dépassé... Une nation ne peut pas pardonner à ceux qui ont fait ça...». Le
militant des droits de l'Homme octogénaire (aujourd'hui âgé de... 88 ans)
évoquera non sans humilité son militantisme dans le domaine «des droits de
l'Homme qui sont mésestimés» : «Je prends mon cas, j'ai défendu tout le monde,
sans prendre un sou». Abordant le champ des libertés, Me Ali Yahia Abdennour
mettra en exergue l'importance de la liberté de l'information dans l'exercice
du pouvoir, une liberté muselée à ses yeux : «On ne permet pas l'information,
tout est bloqué, on ne permet pas aux gens d'apporter leur contribution... une
télévision unique, une radio unique, qui ne parlent que de gouvernement, moi ça
fait 25 ans que je ne suis pas passé à la télévision...», constate-t-il ulcéré.
S'agissant de la corruption, le conférencier estime qu'« actuellement sur le
plan économique et social, il y a deux Algérie : une qui va mourir de faim et
une autre d'indigestion... ».
Et de citer à l'appui de ses propos « des enfants de la nomenklatura qui
dépensent chaque jour jusqu'à un million dans les boîtes de nuit... ». L'avocat
plaide pour une solution pacifique des problèmes en « donnant maintenant le
pouvoir à la génération (que nous avons) formée depuis l'indépendance : ces
Algériens ont des capacités intellectuelles, du patriotisme, de la motivation,
de l'énergie...». Vraisemblablement marqué par les événements de Ghaza,
l'orateur estime qu'il y a une régression en matière d'humanisme dans le monde
par rapport à l'avancée d'après la Seconde Guerre mondiale «quand nous voyons
que l'Amérique détruit un peuple (les Irakiens), qu'Israël détruit un peuple
(les Palestiniens), que les Européens pensent à leurs intérêts seulement, que
la France, le pays des droits de l'Homme, ne l'est plus...».
Par ailleurs, le militant des droits de l'Homme n'omettra pas de parler
des prochaines élections présidentielles: «Est-ce qu'on peut faire d'abord un
bilan de ces dix ans (deux mandats), avec tout l'argent dont on a disposé,
est-ce qu'on a décollé économiquement, est-ce qu'on a permis aux Algériens de
vivre dans la dignité, l'honnêteté et la décence...». Le président d'honneur de
la LADDH juge qu'il y a concentration de pouvoir synonyme de dictature: «Le
pouvoir est personnalisé, centralisé, nous vivons une monarchie républicaine
qui ne répond pas aux règles, on est revenu non pas à Bonaparte mais à
Napoléon, c'est-à-dire si on prend ce qui se passe en Égypte, on revient aux
pyramides et aux Pharaons...».
Aussi, faut-il changer de régime politique ou opérer un changement dans
le régime ? Est-ce qu'il faut un changement de politique ou continuer la
politique ? Deux questionnements en guise de mot de la fin...Le débat qui s'en
suivra aura permis aux présents d'intervenir sur divers points tels que la
Palestine, le principe de compétence universelle, Amnesty International, le
MTLD, les syndicats...
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Allal Bekkaï
Source : www.lequotidien-oran.com