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Ali Benflis



Ali Benflis
Après les palabres de mon dernier article, qui se voulait comme une introduction et une mise en perspective de la pertinence de la candidature de M. Benflis, j'aimerais m'attarder cette fois sur la justesse de son programme économique.M. Benflis ne s'est pas seulement contenté de se présenter face aux Algériens pour l'investiture suprême, il a réfléchi à un programme crédible aux yeux de toute la communauté pour asseoir sa légitimité. A tous les détracteurs qui lui reprochent son long mutisme, je voudrai leur rappeler que faute de débat démocratique, M. Benflis a profité de ces quelques années pour sillonner toutes les wilayas pour dresser un constat lucide sur la situation socio-économique. Accompagné de son équipe électorale, ils ont pu dresser un programme de reconquête sur tous les grands blocages que l'Algérie rencontre aujourd'hui et qui sont un véritable frein à son développement. A travers cet article je vais tâcher de mettre en perspective le travail accompli durant les travaux de rédaction du programme économique. De plus, j'invite tous les détracteurs à s'attarder à critiquer le fond et non plus la forme. Car les Algériens méritent un peu de respect et de considération intellectuelle. Comme mentionné dans mes précédents écrits, la rentre pétrolière nous a aveuglés et rendu incapables de faire face à nos besoins les plus primaires. On a préféré laisser cette tâche à d'autres par le biais des importations, quelle cruelle facilité que le destin nous a offert. Ce qui aurait pu et dû être notre force pour pouvoir bâtir une économie pleine et performante, nous a bien au contraire rendu faibles et vulnérables. Alors comme le préconise M. Benflis, il est temps de construire plus que des routes et des ponts mais bien des usines et des pôles d'excellence intellectuelle à même de porter ce renouveau. Pour ce faire rentrons dans le fond pour savoir comment la nouvelle politique économique va être mise en place. Tout d'abord, le programme se décompose autour de trois grands thèmes, à savoir : - la libération des initiatives privées à même de permettre la création d'emplois pérennes ; - la ré-industrialisation de l'économie pour répondre aux besoins primaires des Algériens et dans un second temps la réinsertion des entreprises algériennes dans le commerce international ; - la modernisation de l'appareil étatique dans la gouvernance économique du pays. Ces grands thèmes s'articulent entre eux et sont indissociables les uns des autres, pour la simple et bonne raison que le succès des uns conditionne le succès des autres. Les politiques actuelles n'ont pas ou ont peu produit de résultats, en effet, entre 2006 et 2011, les dépenses publiques ont été multipliées par 2,4, passant de 2 452 milliards de dinars à plus de 5 800 milliards. La croissance n'a pas pour autant suivi, puisqu'elle n'a été que de 2,6% en moyenne sur cette période, même si la croissance hors hydrocarbures s'est élevée à environ 5%. Sur la période 2001-2011, le taux moyen de dépenses publiques rapportées au PIB a été de 12%, et la croissance du PIB d'un peu plus de 2%. A titre comparatif, ces chiffres étaient respectivement de 5% et 4% en Indonésie, 9% et 5,5% au Vietnam, 9% et presque 6% au Nigeria. Les chiffres ne trompent pas, le constat est amer, car c'est autant de ressources dilapidées et qui ne pourront plus être investies dans des programmes productifs. Les pays cités ne sont pas plus développés que nous, ni moins corrompus mais juste un peu plus organisés dans cette quête de progrès et de croissance. L'autre fait marquant de cette croissance atone est la faible création d'emplois durables et à forte valeur ajoutée, l'emploi trop longtemps soutenu par le secteur public ne fournit pas assez d'emplois qualifiés pour faire face aux bataillons de nouveaux diplômés. Ainsi, chaque point de taux de croissance supplémentaire ne génère que 0,5% d'augmentation du taux de création d'emplois, contre 0,65% dans le reste du monde arabe et plus de 1% en Asie, en Amérique latine ou en Europe de l'Est. Au vu des chiffres, le gouvernement actuel ne peut en aucun cas se prévaloir d'une quelconque réussite dans ce domaine. Le renouveau du secteur industriel permettra de façon durable de faire face à cette offre constante de nouveaux diplômés, par la diversité des emplois mais aussi par les salaires proposés. Cette élévation du niveau de rémunération profitera par ricochet à tous les pans de la société. Ainsi, à la fin d'un cycle de 5 à 7 années, on arrivera à un quasi-doublement du niveau de vie en Algérie. De plus, il faudrait restreindre de façon significative les importations, il est vrai que cela représentera un véritable sacrifice pour les Algériens qui se sont habitués à un confort qui n'est pas le leur. Mais ce sacrifice est nécessaire pour permettre aux acteurs locaux de monter en puissance et de capitaliser sur un marché local large et rémunérateur. Pourtant, le potentiel de créativité, d'innovation et de compétitivité de nos chefs d'entreprise et de notre force de travail est considérable. Ce blocage ciblé des importations aura pour conséquence de transformer radicalement notre économie : - fin de la dilapidation des ressources en devises du pays ; - relance de l'appareil productif du pays ; - rééquilibrage des entrées fiscales entre impôts locaux et ceux tirés des hydrocarbures et des douanes ; - fin du marché informel nourri par les importations ; - fin des diplômes bloqués dans des emplois sans avenir ; - augmentation des investissements étrangers pour capter les profits disparus des importations ; - relèvement généralisé du niveau d'emploi et de rémunération des salariés ; - frein à la corruption par manque d'apport de devises étrangères. La liste des bienfaits est aussi longue que celle des méfaits, alors ayant le courage de dire stop maintenant pour préserver les chances qu'on a de relancer définitivement notre modèle économique. Le renouveau industriel devra se baser sur une discipline stricte à savoir : - appui total des administrations publiques ; - accompagnement dans la gestion et le management du nouvel appareil industriel ; - formations par des experts internationaux ; - création d'écoles d'excellence pour satisfaire la demande des chefs d'entreprises et des multinationales ; - création de cités administratives pour simplifier les démarches des entreprises ; - cloisonnement des circuits de financements pour un traitement juste et égalitaire des dossiers, basé uniquement sur la pertinence des projets ; - fin de la dilapidation des deniers publics à travers le programme Ansej. Aujourd'hui, avant de regarder ce que le voisin peut nous offrir en échange de nos ressources, on doit avant tout regarder ce que l'on a et ce dont on a réellement besoin. Je ne cherche en aucun cas à mettre l'Algérie en autarcie mais bien au contraire, de l'armer de sorte qu'elle puisse aller négocier seulement le nécessaire et non plus le superflu. Une vision pragmatique de l'économie veut que l'on négocie seulement d'égal à égal sinon on sort du schéma de négociation pour entrer dans celui de la soumission. Aujourd'hui, à travers le candidat Ali Benflis, je défends le patriotisme économique, qui sera se révéler à terme comme le remède aux problèmes sociétaux. Aujourd'hui, le mot à rétablir entre les citoyens, les entreprises et l'Etat est confiance, la confiance est en effet essentielle dans le traitement des maux de la société dans son ensemble. Sans confiance mutuelle entre tous les acteurs, il est impossible de relancer la machine économique. Ainsi, le rétablissement de la confiance exige aussi de développer l'équité fiscale et d'étendre l'assiette de collecte d'impôts. Le déficit de confiance sociale est l'un des facteurs à l'origine de cette situation, en l'absence d'une bonne gouvernance point de salut. Autres mesures phares - Mettre fin à la règle 51/49 qui sera seulement maintenue dans les secteurs « dits » stratégiques ; - renforcement de toutes les démarches administratives par voie numérique, pour accélérer les procédures, renforcer l'égalité de traitement, simplifier les processus de traitement ; - règlement des litiges financiers et commerciaux simplifiés et accélérés à travers le renforcement des tribunaux de commerce ; - standardisation des entreprises publiques sous les normes ISO pour qu'elles puissent répondre à de meilleurs niveaux de gestion et pour augmenter leurs visibilités à l'international ; - dépénalisation de l'acte de gestion ; - exiger des grandes entreprises ainsi que des entreprises désirant accéder aux marchés publics d'envergure, de publier et de faire auditer leurs états financiers selon les normes IFRS. Cette mesure vise à amener les entreprises à plus de transparence ; - renforcement du rôle des banques dans le financement des PME ; - introduction progressive des entreprises publiques à la Bourse d'Alger pour augmenter son poids, son influence et surtout permettre un effet boule de neige pour les entreprises privées désirant financer leur croissance à travers les marchés financiers. Pour mener à bien sa politique de relance de l'industrie, M. Benflis lancera au 1er janvier 2016, le programme accéléré de renouveau Industriel «PARI 2019», qui vise à porter la part de l'industrie et des services à haute valeur ajoutée dans le PIB à 15% à l'horizon 2019, contre environ 5% en 2013. Ainsi la mise en ?uvre de ce programme fera l'objet d'une large consultation entre les opérateurs institutionnels et les opérateurs économiques privés et publics. Pour mener à bien ce programme, il faudra s'attarder sur la libération du foncier industriel, pour ce faire, il faudra s'appuyer sur l'autoroute Est-Ouest pour préempter les terrains susceptibles de faire face à la demande des entreprises. L'attribution se fera là encore par l'intermédiaire d'une bourse nationale du foncier industriel qui sera gérée par le biais de l'Aniref. La dématérialisation des démarches permettra de casser les effets de collusions et de corruptions propices à ce genre d'activités. L'Etat se voulant facilitateur et garant de la bonne marche des entreprises, sera en charge de la viabilisation des terrains pour éviter toute anarchie, et permettra aux entreprises de jouir d'espaces fonctionnels à la pointe de la connectivité (réseau fibre optique). Pour prémunir tout acte délictueux, il est impératif de mettre en place une taxe sur le foncier économique non utilisé, calculée sur les prix de marché des terrains. Cette taxe s'appliquera dans un premier temps dans les zones industrielles, zones d'activité économique et zones d'extension touristique, où le constat de non-utilisation des lots ou d'utilisation à des fins autres que celles définies par les cahiers des charges où les contrats d'allocation, sont aisés à établir. Comme décrit dans un précédent article, il faudra mettre en place un numéro d'identification fiscale unique qui doit servir de référent pour l'administration et permettre de connecter l'ensemble des fichiers administratifs pour les entreprises (CNRC, DGI, Cnas, Casnos, Douanes, BA, ONS, etc.) et les différentes bases d'impôts. Ce numéro d'identification fiscale unique sera transformé en identifiant national numérique entreprise, dès la mise en ?uvre des identifiants nationaux numériques (entreprises, citoyens), dans le cadre du plan algérie numérique. Toujours dans un souci de productivité, de réactivité et de frein à la corruption qui entrave la bonne marche des entreprises. Enfin, dernière initiative et non des moindres pour asseoir définitivement la création du renouveau industriel. Faire en sorte d'accroître l'effet d'entraînement des dépenses publiques pour que la commande publique serve de socle au développement d'un tissu industriel plus dense, et faire émerger de grandes entreprises algériennes dans le domaine industriel. Pour ce faire, il faut absolument revoir les objectifs et le mode de mise en ?uvre de la commande publique : - inscrire la commande publique comme un levier de développement du secteur industriel ; - établir une concertation avec le secteur productif national pour organiser au mieux le lancement des projets publics et lui permettre d'y répondre ; - assurer un découpage de la commande publique de manière à ce que les PME puissent répondre aux appels d'offres ; - réserver une part de la commande publique des collectivités locales et des ministères aux petites entreprises ; - réduire les délais de paiement des contrats publics à 60 jours ; - réserver une partie de la commande publique aux entreprises innovantes, notamment dans les TIC. Ces mesures n'ont rien d'exceptionnel, elles sont même l'apanage de la première puissance économique à savoir les Etats-Unis à travers le «Américain Buy Act», qui réserve une part de la commande publique aux PME et entreprises nationales. Les Français dans les années 60 et 70 ont procédé de la même manière, ce qui leur a permis de créer des champions internationaux comme Airbus, Alstom, Areva, EDF. En s'inspirant de ce qui a marché ailleurs, on pourrait avec un peu de volonté, permettre à l'Algérie de se doter d'une véritable industrie. Ces quelques mesures mises en avant sont le fruit d'une longue réflexion qui nous amène à nous questionner sur la pertinence des programmes des autres candidats en lice à cette élection présidentielle. Bien évidemment lorsque M. Benflis sera élu, il se chargera de réunir toutes les forces vives, pour un débat national qui devra déboucher immédiatement d'actions concrètes car malheureusement pour nous tous on a déjà perdu beaucoup trop de temps. Enfin, pour conclure cette article, je terminerai par cette phrase : l'économie a cette particularité de ne jamais être figée dans le temps, à l'image des dunes qui composent notre désert, elle est en perpétuel mouvement, elle peut créer les plus belles choses comme elle peut se révéler dévastatrice comme une tempête de sable. A nous de faire en sorte que le 17 avril soit le début d'une nouvelle ère.


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