
Regardez bien autour de vous, levez les yeux vers les balcons décrépits des immeubles haussmanniens résiduels laissés par les colons, ouvrez grandes vos oreilles et prêtez attention à la nouvelle langue d'échange et de «trading», puis entre un trottoir, plus massivement et solidement occupé par le trabendo semi-légalisé que le Golan syrien par Israël, et une chaussée disputée aux voitures par des «piétons marcheurs», tentez de vous frayer un chemin vers votre destination si vous en avez une. Et là quoi ' Rien, pour ceux qui ont mis des ornières et comblé leurs orifices auriculaires avec de la gomme insonorisante. Ceux-là n'entendent ni ne voient ni ne parlent. Depuis qu'ils ont compris que leur tranquillité morale est à ce prix, ils traversent la foule sans la voir, ne faisant en cela qu'appliquer un enseignement-proverbe des anciens paysans de la Mitidja : «Qui trop se fait de souci meurt de colère». Les Algériens qui appartiennent à cette espèce en voie de disparition ne sont pas parmi les plus mal lotis, même si leurs c'urs sont lourdement chargés de ce dépit moral qu'aggrave la nostalgie d'une certaine Algérie presque heureuse et qui n'était pas l'Algérie de la colonisation. Mieux vaut le préciser, à tous ces jeunes devenus adultes -et bientôt vieux-, dans un temps qui se déroulait sans eux et parfois contre eux. Un temps assassin de valeurs et destructeur, comme une mite, des fibres du tissu social. Ils ne vous suivent pas quand vous leur dites que cette Algérie presque heureuse de'normalité assumée et préservée, c'était l'Algérie post-indépendance. Regardez les têtes de chouette effarouchées qu'ils font quand vous leur dites qu'en ces années-là une lettre postée à Bab El Oued arrivait chez son destinataire à El Harrach dans les 24 ou 48 heures, que les rues d'Alger étaient lavées chaque soir à l'eau de mer, ramenée dans des camions citernes du port tout proche, que la plupart du temps le maire, le sous-préfet ou le procureur répondait au courrier des administrés' La longueur d'onde faisant la différence, ils ne peuvent pas vous suivre. Vous apostrophiez un inconnu par un déférent «Si Mohamed» ou un affectueux «khouya», eux vous interpellent par un «Hadj» ou «Hadji» naguère réservés aux seuls vrais musulmans qui ont effectivement accompli le pèlerinage. Vous jurez par Dieu et dites «Ouallah», ils disent «Qassaman âadhaman», des vocables venus d'ailleurs, une langue que nos parents ne parlaient pas.Mais il faut bien finir par ouvrir les yeux sur votre environnement, aussi funeste soit-il. Ecarquillez-les donc bien, vos yeux et ne fuyez plus le spectacle des mutants qui vous agressent sans vous offenser, vous offensent sans vous agresser, vous rappellent cette triste condition générale d'anomie sociale et politique qui fait que, pour tous, l'anarchie générique (sic) a bel et bien acquis un statut de régulateur. Plutôt une anomie, diraient les sociologues, c'est-à-dire exactement le contraire de la normalité malgré la similitude que peut suggérer une incomplète assonance formée par cinq lettres en partage. Est-ce vraiment une blague, l'AGM est là, vous le croisez et rencontrez quotidiennement partout où des humains se côtoient par la force des choses ' Il est donc là l'AGM, l'Algérien génétiquement modifié. Il est reconnaissable à son aisance dans l'anarchie et une prédilection sans bornes pour les incivilités qui, souvent, lui servent de royal gagne-pain. D'où vient l'AGM ' Si le maïs du même nom résulte d'une modification scientifiquement contrôlée censée être sans danger pour la santé humaine et animale, l'AGM, lui, est né de manipulations génétiques culturelles menées sous le seul couvert de la force du pouvoir. En cinquante ans seulement d'indépendance, la culture de l'Algérien a été modifiée, tirée vers l'arrière, épousant toutes les formes de la régression et de la domination des archaïsmes. L'AGM est à la fois l''uvre de l'école -sinistrée-, du monolithisme politique, de la médiocratie triomphante, de la mentalité de rapine «démocratisée» et installée à tous les étages du pouvoir'Un proviseur d'un grand lycée d'Alger, pressentant le sinistre du système éducatif algérien, avait fait, dans les années 60-70, une mise en garde qui se vérifie partout, aujourd'hui. Il avait eu ces mots : «Demain, on refera les ponts mal bâtis, mais pas les têtes mal construites». Que Dieu ait son âme et qu'il repose en paix.
A. S.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A Samil
Source : www.latribune-online.com