Les algériens sont conviés demain, jeudi 10 avril 2012, à choisir leurs députés à l'assemblée populaire nationale. Combien seront-ils à répondre à l'appel pressant du pouvoir, renouvelé avec emphase le 8 mai à Sétif par le président Abdelaziz Bouteflika ' C'est la principale question d'un scrutin sous haut risque d'abstention. Le forcing de Bouteflika qui a convié les jeunes à prendre la main car sa « génération a fait son temps » aura-t-il un effet ' Entre les promesses d'ouverture et "l'indicateur Kherba", les algériens vont juger...
Le taux de participation constitue le principal intérêt des élections législatives qui se tiennent, demain, en Algérie. Les autorités qui ont mené campagne pour une forte participation n'ont pas hésité à mettre à contribution les médias publics et les imams pour convaincre les algériens, peu enthousiastes, d'aller aux urnes. Le président Abdelaziz Bouteflika a profité de la commémoration du souvenir des massacres du 8 mai 1945 pour faire le forcing auprès des électeurs algériens désabusés et convaincus que cela « ne sert à rien ». Le chef de l'Etat algérien a tenté de convaincre les algériens que ces élections sont « exceptionnelles » et a mis en avant les « garanties mises en place » qui font qu'elles « seront propres et transparente ». Avec un message particulier aux jeunes algériens, encore plus abstentionnistes que leurs parents, pour les convaincre que sa génération qui a exercé une tutelle ininterrompue sur le pays va passer la main.
« Ma génération a fait son temps »
« Les jeunes doivent prendre le témoin car ma génération a fait son temps » a-t-il indiqué dans un message qui n'est pas vraiment nouveau. Le discours des dirigeants sur l'impératif de « passer le flambeau » aux nouvelles générations est aussi vieux que leur pouvoir. Bouteflika a renouvelé le message pour tenter de créer une impulsion à une envie de voter qui s'est régulièrement émoussée en Algérie. La campagne électorale n'a jamais pu créer un élan chez les algériens qui ont retenu surtout et sur le mode de la moquerie la légèreté des partis soudainement agréés à quelques semaines des élections. Les partis plus ancrés ont eu de la peine devant cette soudaine inflation de partis à créer les conditions d'un débat politique alors que selon les promesses du pouvoir une révision de la Constitution se profile. La multiplication des listes n'aura pas non plus permis un recentrage des débats. Pire, l'arrestation d'un militant de la Laddh et du comité national de défense des chômeurs, Abdelkader Kherba, venu exprimer pacifiquement son soutien aux greffiers en grève, a été perçue, par les algériens les plus politisés, comme un indicateur des limites drastiques de l'ouverture politique promise.
L'indicateur Kherba
« L'intérêt des algériens pour la politique et les élections dépendra des actions concrètes que prendra le gouvernement pour aller dans le sens de l'ouverture politique. Or, manifestement, les signaux envoyés ne vont pas dans cette direction », indique un activiste des droits de l'homme qui souligne que le comportement abstentionniste n'a « pas besoin d'être soutenu, le pouvoir s'en charge mieux que quiconque ». Le niveau de l'abstention sera donc le fait le plus attendu d'une élection législative à laquelle sont conviés quelques 21,6 millions d'électeurs pour choisir 462 députés parmi les candidats de 44 partis. La moitié de ces partis ont été autorisés quelques semaines avant le scrutin.
Le signal canadien
Pour rappel, la participation n'a pas dépassé les 35% au cours des dernières élections législatives tenues en 2007. Premier indicateurs, un sondage réalisé par internet au Canada, indique un taux d'abstention élevé de 72,4%. Un chiffre de mauvaise augure pour le gouvernement même si comme le souligne le correspondant du journal El Watan à Montréal, un taux de participation de 27,6% serait le double de celui de 2007 où il n'était que de 14%. Certaines rumeurs font état d'un sondage réalisé par un centre d'analyse public qui donne un taux de participation de 38%. C'est mieux que les 27% du Canada et le pouvoir pourrait s'en contenter en estimant qu'il a évité pire. L'humour des algériens s'exerce. Sur facebook, un confrère a posté : « Elections législatives algériennes, les médias belges et suisses se préparent à donner le résultat avant 20h ». Gros succès.
Sur "l'indicateur Kherba" voir : Le cas Abdelkader Kherba illustratif des libertés bridées en Algérie
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salim Rabia
Source : www.maghrebemergent.info